Madiba's Day !

Nous commémorons aujourd'hui la journée internationale Nelson Mandela ou "Nelson Mandela Day", proclamée par l'UNESCO le 10 novembre 2009. Le 18 juillet correspond à la naissance de ce personnage politique hors du commun qui, toute sa vie, a lutté contre la discrimination raciale en Afrique du Sud. Nelson Rolihlahla Mandela (1918-2013) dont le nom du clan tribal est "Madiba", militant, premier président noir d'Afrique du Sud, élevé au rang de patrimoine commun de l'humanité, Prix Nobel de la Paix, ardent défenseur des droits de l'homme fêterait également ce jour son centenaire. Happy birthday Mister Président !

Les infirmiers que nous sommes ne peuvent honorer cette journée particulière sans parler d'Albertina Sisulu surnommée affectueusement "Ma Sisulu", infirmière, sage-femme et également ardente militante anti-apartheid sud-africaine dont le centenaire sera célébré le 21 octobre prochain.

Tu t'appelleras Albertina !

Albertina Sisulu née Nontsikelelo Thethiwe voit le jour le 21 octobre 1918 en Afrique du Sud dans un petit village près de Cofimvaba dans le Transkei. Son père, ouvrier dans les mines d'or meurt lorsqu'elle a 11 ans. Sa mère, gravement touchée par l'épidémie de grippe de 1918, est incapable de gérer seule l'éducation de ses enfants. C'est donc Albertina  qui s'occupe de ses frères et sœurs. Ce qui lui vaudra d'avoir deux années de retard dans ses études. Les missionnaires blancs de son école presbytérienne trouve son nom difficile à prononcer. Ils la rebaptisent Albertina. Élève brillante, elle obtient une petite bourse d'études qui couvre ses frais de scolarité lorsqu'elle entre au collège.

Elle termine ses études en 1939 et fait le choix d'aller travailler pour aider sa famille. Ses deux parents décédés, elle doit subvenir aux besoins de ses frères et soeurs. Un prêtre de la mission catholique lui propose de poursuivre des études d'infirmière. En 1940, elle obtient un poste de stagiaire à l'hôpital réservé aux personnes de couleurs de Johannesbourg. Elle deviendra ensuite infirmière puis sage-femme.

En 1941, elle a 26 ans lorsqu'elle rencontre Walter Sisulu, agent immobilier, activiste anti-apartheid et membre de la Ligue de la jeunesse de l’ANC (Congrès national africain). Ils se marient en 1944. Nelson Mandela, grand ami de Walter et son épouse sont les témoins de ce mariage. Cinq enfants naîtront de cet union et deux autres (les enfants de sa soeur décédée) seront adoptés.

ANC mon Amour !

Très vite, Albertina participe aux réunions de l'ANC. En 1954, elle est nommée membre de l'exécutif de la Fédération des femmes sud-africaines. Elle rejoint la Ligue des Femmes du Congrès National Africain (ANCWL) en 1955 et participe la même année à l'élaboration et à la ratification de la Charte de la Liberté (freedom charter).

Le 09 août 1956, elle est à la tête des 20 000 femmes qui manifestent devant le bureau du Premier ministre à Prétoria. Le gouvernement ségrégationniste veut alors étendre aux femmes de couleurs le port d'un laissez-passer obligatoire pour aller et venir à l'intérieur du pays. Suite à cette marche pour la liberté, Albertina sera emprisonnée trois semaines avant d'être relâchée. Cette journée du 9 août 1956 est devenue la Journée des femmes en Afrique du Sud.

Le 21 mars 1961, la population noire se masse devant le commissariat de Sharpeville pour manifester à nouveau contre l'obligation d'un laissez-passer.  Affolés, les policiers dégainent leurs armes. Bilan : 69 morts et plusieurs centaines de blessés par balles... touchés dans le dos. Aucune des victimes n'étaient armée. L’état d’urgence est instauré et tout mouvement d'opposition au régime en place est interdit. A la suite de ce massacre, l'ANC lance la lutte armée.

En juin 1963, Walter Sisulu exhorte la jeunesse à s'unir et à poursuivre la lutte sur "Radio Freedom", outil de propagande de l'ANC. Il sera arrêté et condamné en 1964 à la prison à vie à Robben Island par la Cour suprême de Pretoria. Il passera 26 années de détention aux côtés de Nelson Mandela. Albertina est placée en résidence surveillée avec interdiction de rendre visite à son mari durant dix années. Elle fut autorisée à lui rendre quelques visites exceptionnelles d'une demi-heure sur l'île de Robben Island. Elle put également lui écrire quelques rares lettres durant toutes ces années.

Walter for Ever !

Albertina élève alors seule ses cinq enfants. Elle travaille à plein temps dans une clinique de Soweto pour subvenir à leurs besoins et poursuit parallèlement le combat tout en refusant de recourir à la violence. L'ANC proscrite, elle recrute des jeunes femmes et entre dans la clandestinité. Sa maison de Soweto devient alors un lieu de communication pour les membres de l'armée de libération. Durant de nombreuses années, l'Etat persécute sans relâche Albertina. Elle est arrêtée plusieurs fois, parfois en vertu de la loi sur le terrorisme qui autorisait la détention sans procès ; parfois sur des accusations forgées de toutes pièces. Elle est assignée à résidence à maintes reprises.

Elle revient sur la scène politique en 1983 avec la formation du Front Démocratique Uni (UDF), dont l'appel massif des églises, des associations civiques et étudiantes, des syndicats et des organismes sportifs devait précipiter la fin de l'apartheid.  Elle est à nouveau détenue pendant plusieurs mois pour avoir fait la promotion de l'ANC lors des funérailles d'un ami.

Le 15 octobre 1989, après 26 ans de prison, son mari Walter est libéré. Le couple obtient pour la première fois un passeport et le droit d'aller à l'étranger. Albertina et Walter  voyagent beaucoup allant jusqu'à s'offrir une deuxième lune de miel dans une datcha de la mer noire après une visite officielle au Kremlin. Après les premières élections démocratiques en 1994, Albertina est élue députée.

Walter décéde en 2003. Lors des funérailles, un poème écrit par Albertina est lu par sa petite-fille Vuyelwa :

Que vais-je faire sans toi ?

"Notre rencontre fut un grand choc pour moi. C'est pour toi que je me suis réveillée chaque matin, c'est pour toi que j'ai vécu.

"Tu as été emporté par les démons du passé une première fois, mais je savais que tu me reviendrais. Maintenant, la main froide de la mort t'a emporté et a laissé un grand vide dans mon cœur » Albertina Sisulu.

Albertina meurt le 06 juin 2011 à l'âge de 92 ans. Elle s'est éteinte paisiblement à son domicile du quartier Linden, dans le nord de Johannesburg entourée de deux de ses petits-enfants. Elle est inhumée aux côtés de son mari bien-aimé. Pour les Sud-africains, Albertina Sisulu est considérée comme la mère de la nation.

Lindiwe, l'une des filles d'Albertina et Walter fut arrêtée et torturée en 1976. Elle a été détenue sans jugement en vertu de l'article 6 de la tristement célèbre loi sur le terrorisme et a passé 11 mois en détention. Lindiwe est devenu rédacteur en chef du Times of Swaziland avant d'enseigner d'abord à la Manzini High School, puis au Manzini Teachers 'Training College. Elle s'est ensuite inscrite à une maîtrise à l'Université de York, où elle a également complété son master de philosophie en 1989. Elle est aujourd'hui ministre des Relations internationales et de la Coopération. 

 

La Seringue.

 

https://www.independent.co.uk/news/obituaries/albertina-sisulu-nurse-and-freedom-fighter-revered-by-south-africans-as-the-mother-of-the-nation-2296689.html

http://www.jhbcityparks.com/index.php/news-mainmenu-56/1099-the-mother-of-the-nation

http://www.rfi.fr/afrique/20110603-albertina-sisulu-heroine-lutte-anti-apartheid-disparait-age-92-ans