Oh, Happy Day !

Il y a quelques jours de cela, nous célébrions non seulement le printemps mais également la journée mondiale du bonheur. Ah ! le bonheur, cet état émotionnel qui nous fait toucher du doigt la béatitude. Le bonheur qui nous affuble souvent d'un sourire un peu niais ou d'un air de cruche avec un QI proche de zéro ; Le bonheur ou la madeleine de Proust en open bar, service à volonté 24h/24h ; le bonheur, la plénitude en ligne de mire et de l'amour à la pelle... Car enfin, que serait le bonheur sans amour ?

Oui, l'amour, toujours l'amour ! L'amour sous toutes ses formes, l'amour que l'on donne et celui que l'on reçoit, l'amour que l'on porte à son prochain, l'amour avec un grand "A", l'amour que l'on a pour son métier, l'amour comme un constante, l'amour telle une passion, une quête d'absolu, l'amour vache, l'amour où l'on s'attache à grands coups de latte ou de coups de pieds dans le cul ; L'amour en veux-tu, en voilà, l'amour qui pagauge dans la guimauve et les bons sentiments ; L'amour, cette pulsion parfois incontrôlable qui marque notre attraction pour quelque chose ou quelqu'un ; L'amour, notre came, notre speed, ce carburant sans lequel nous ne serions rien. L'amour enfin, cette émotion qui fait chavirer le coeur des hommes et bien évidemment celui des soignants...

L'Amour : une Affaire d'alchimie ?

Selon Helen Fisher, anthropologue américaine, l'amour ne serait pas un simple sentiment mais plutôt une pulsion physiologique naturelle favorisant la procréation et assurant ainsi la survie de l'espèce. La pulsion sexuelle serait ainsi stimulée par l'hypothalamus, zone du cerveau liée à la faim et à la soif qui se situe dans le système limbique. Le cerveau reptilien, zone responsable des instincts de survie basiques serait, quant à lui, à l'origine de l'amour romantique. La stimulation du Pallidum ventral, zone liée au goût et au plaisir située dans le cortex serait associé à l'attachement, lien affectif qui se traduit par la tendresse.

Voici donc comment Helen Fisher a tué dans l'oeuf ma vision à la fois romanesque, irrationnelle et mystérieuse de l'amour en deux coups de cuillère à pot. Tout ce grand chambardement intérieur ne serait donc que le résultat d'une simple production d'hormones...un cocktail chimique étonnant et détonant en quelque sorte ! 

Mais alors, mon mec à moi, mon béguin, l'amour de ma vie en serait donc réduit à sa plus simple expression moléculaire...De battre la breloque mon coeur brisé s'est soudainement arrêté...


La Confusion des Sentiments ...

A n'en point douter, partout dans le monde, les infirmiers clament leur amour pour leur travail. En 2017, une étude réalisée par l'Union générale des infirmières de Belgique (Ugib) a révélé que 95 % des infirmiers belges aimaient leur métier. En France, 79 % des infirmiers affirment éprouver également le même sentiment selon une étude réalisée en 2018 par la plateforme médicale collaborative "360 medics".

Que signifie exactement "aimer son métier" et qu'est-ce que cela implique ? L'infirmière serait-elle encore investie d'une mission salvatrice ? Telles des chaînes, porte-t-elle en elle les stigmates de la dévotion des religieuses d'antan ? Est-elle toujours empreinte de la bonté et de l'altruisme des dames de la charité du temps jadis ? Confond-elle amour et attachement ? La passion pour son métier peut-elle devenir dévorante ? L'infirmière serait-elle éternellement en quête d'amour et de reconnaissance ?

L’amour que l'on porte à son travail est certes lié à l’accomplissement de soi. Cependant, pour parvenir à ce réel état de bien-être, il est impératif de travailler dans des conditions idéales ne serait-ce que pour y trouver du sens mais également du plaisir et de la fierté.  Le travail ne doit pas être perçu comme une fin en soi mais comme un moyen de se réaliser tout en gagnant sa vie...  Il n'est pas question là de l'aimer moins mais de l'aimer différemment sous peine d'être dévoré.

Selon Mickaël Mangot, docteur en économie et auteur de l’ouvrage “le boulot qui cache la forêt”, "faire dépendre son estime de soi de la réussite professionnelle est très risqué car cette dernière dépend de beaucoup de paramètres extérieurs que l'on ne maîtrise pas... C'est une manière de donner les clés de son image de soi, et par ricochet de son bonheur, à d'autres."

Mourir d'aimer...son Travail

Travailler trop, travailler coûte que coûte, travailler jusqu'à l'épuisement, travailler le jour, travailler la nuit puis une autre nuit encore et revenir travailler sur son jour de repos... et toujours aimer ce putain de métier.

Travailler pour pallier les carences institutionnelles, travailler sans y trouver de réelle reconnaissance, travailler dans le stress, jongler avec la mort et surseoir à la douleur... et toujours aimer ce putain de métier.

Se réveiller un matin et se dire qu'on n'en peut plus, avoir tout miser sur son travail et assister, horrifié à l'effondrement de notre château de cartes sous le poids de nos maux, se sentir incapable, méprisable, avoir le sentiment de ne plus être à la hauteur, et pourtant continuer à aimer éperdument ce putain de métier.

Foncer la tête la première, la pédale à fond sur l'accélérateur, tout schuss vers un probable burn-out, y laisser des plumes, parfois même la vie et mourir d'aimer ce putain de métier.

"C’est parce que nous y mettons beaucoup de nous-même que le travail nous expose à la déception, voire à de profondes blessures narcissiques. Car s’il arrive que notre prestation ne convienne pas, c’est notre personne tout entière qui ne fait plus l’affaire." affirme le sociologue Vincent de Gaulejac dans son livre "Travail, les raisons de la colère".

"Lorsque le travail perd son sens éthique, moral, logique, nous faisons taire notre sensibilité, mais le malaise se répercute sur notre vie privée et notre santé", prévient Philippe Davezies, chercheur et enseignant en médecine et santé du travail à l’université Claude-Bernard, à Lyon.

 

 La Seringue.

http://www.evopsy.com/top/amour-helen-fisher.html

https://www.20minutes.fr/sciences/274974-20081124-amour-forme-daddiction

https://www.lejournaldumedecin.com/actualite/95-des-infirmiers-aiment-leur-travail/article-normal-32011.html?cookie_check=1553258146

https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/marne/reims/grand-format-souffrance-personnels-soignants-1438781.html

https://www.challenges.fr/entreprise/vie-de-bureau/faut-il-necessairement-aimer-son-travail-pour-etre-heureux_579859

https://www.psycho-ressources.com/bibli/aimer-son-travail.html

Mickaël Mangot - "Le boulot qui cache la forêt" - Édition Larousse - 2018 ISBN-13 978-2035940070

Vincent de Gaulejac - "Travail, les raisons de la colère" - Éditions du Seuil - 2015 - ISBN 2757851306, 9782757851302

https://www.psychologies.com/Travail/S-epanouir-au-travail/Aimer-son-travail/Articles-et-Dossiers/Faut-il-aimer-son-travail-pour-etre-heureux