Maria Stromberger est une infirmière autrichienne née en 1898 à Metnitz. En juillet 1942, elle est affectée à Königshütte en Pologne. Des rumeurs commencent alors à circuler sur les atrocités commises par les nazis en Europe de l'Est. Comme beaucoup, Maria ne peut croire que de telles horreurs puissent être possibles. Pour en avoir le coeur net, elle s'engage  dès le mois d'octobre comme infirmière en chef à l'infirmerie SS du camp de concentration d'Auschwitz.  Dans une lettre à sa soeur, Karoline Gräbner, Maria écrit : "Je veux voir comment les choses se passent réellement, peut-être que je peux faire du bien là-bas".

Le commandant du camp, Rudolf Höss, interdit les photographies du camp et exige des fonctionnaires et même des infirmières qu'ils signent des accords de confidentialité et de non-divulgation. A son arrivée, Maria ne peut ignorer les hurlements inhumains qui s'élèvent du camp. Edek Pys, une prisonnière polonaise avec qui elle se lie d'amitié dira plus tard combien Maria fut ébranlée par un tel spectacle. Elle entre alors en résistance et prend la décison d'apporter son aide coûte que coûte. Elle permet d'abord aux détenus de voler et distribuer de la nourriture destinée aux gardes SS, ainsi que les restes des gardes. Elle utilise le linge sale et la peur de la propagation du thyphus parmi les gardes pour dissimuler la contrebande. Artur Radvansky, un détenu juif de Prague  transféré à Auschwitz peu après l'arrivée de Maria dira d'elle : "Elle a arraché des médicaments pour nous, ou a également essayé de sauver nos parents et amis."

Son supérieur, le médecin Eduard Wirths, lui fait très vite remarquer qu'elle est "trop maternelle et humaine avec les prisonniers", lui rappelant que les prisonniers "ne sont pas des criminels, mais qu'ils sont nos ennemis". Ce a quoi, elle répond avec applomb : "Souvenez-vous que je ne suis ni un SS ni un gardien. Je suis une infirmière, et en tant que telle, je ne suis pas tenue d'agir comme ils le font". Le docteur Wirths est sans doute impressionné par son courage. Il prend alors des mesures pour la protéger des représailles. Tout au long des années 1943 et 1944, l'implication de Maria devient de plus en plus risquée. Elle aide les leaders polonais de la résistance dans le camp en faisant passer clandestinement des messages secrets, des plans, des négatifs de films, des explosifs et même des armes. Ce mouvement clandestin appelé "Kampfgruppe Auschwitz", créé à l'intérieur du camp, est dirigé par le communiste autrichien Ernst Burger et le socialiste polonais Józef Cyrankiewicz.

Maria finit par être hospitalisée elle-même. Elle souffre de polyarthrite noueuse. On la soupçonne alors d'être devenue toxicomane. Elle est transférée loin d'Auschwitz et n'y reviendra jamais. Il semblerait que, par ces accusations, le docteur Wirths ait voulu la protéger avant que son soutien à la résistance ne soit révélé.

A la fin de la guerre, l'autorité d'occupation française arrête Maria Stromberger, non pas pour son soutien à la résistance, mais parce qu'elle est présumée coupable d'avoir aidé à assassiner des prisonniers en leur injectant du phénol. Elle passe six mois dans la prison de Brederis en Autriche, avant que son amie, l'ex-prisonnière polonaise Edek Pys et un autre ancien détenu d'Auschwitz n'obtiennent sa libération à la fin de 1946. Durant sa rétention, elle écrit ses mots à son amie Edek "Je me sens si vide et épuisée et je n'ai pas de joie...Ma richesse d'amour est, me semble-t-il, dispersée à Auschwitz. J'ai rempli mon objectif."

Des mois plus tard, Maria est cité comme témoin lors du procès de Nuremberg. L'ancien commandant  du camp d'Auschwitz, Rudolf Höss, se rend à la potence en avril 1947. Elle témoignera ensuite contre Claus Clauberg, gynécologue accusé d'avoir effectué des expériences sur les prisonnières du camp. Clauberg sera interné dans une prison soviétique.

En 1955, le journal de l'association du camp de concentration "Der neue Mahnruf " a salué la participation de Maria Stromberger au mouvement de résistance.. Maria travailla les dix dernières années de sa vie dans une usine textille. Elle n'exerça plus jamais la profession d'infirmière. Elle vécut dans la solitude et mourut d'une crise cardiaque en 1957.

Maria Stromberg est devenue "l'ange d'Auschwitz". Hermann Langbein, communiste, résistant et historien autrichien, cofondateur du Comité international d'Auschwitz dira d'elle : " D'autres sont devenus aveugles et sourds quand ils ont entendu quelque chose; Maria Stromberger a cherché la vérité".

Un documentaire "Maria Stromberger - Pouvez-vous croire après Auschwitz?" fut tourné en 2016 par Anita Lackenberger et Gerhard Mader.

 

"Ce que j'ai fait était une obligation humaine et malheureusement seulement une goutte dans la mer" 
écrira Maria Stromberger dans une lettre de remerciement à l'association de prisonniers de camps de concentration "KZ-Verband" pour sa nomination en tant que membre honoraire, le 4 mars 1955)


La Seringue.

https://www.doew.at/erinnern/fotos-und-dokumente/1938-1945/lob-des-ungehorsams/schwester-maria-der-engel-von-auschwitz-maria-stromberger 

http://www.workingnurse.com/articles/Maria-Stromberger-1898-1957-Angel-of-Auschwitz

http://www.malingesellschaft.at/texte/nationalsozialismus/harald-walser