Soigne et Tais-toi !

Tu en as marre de ton job, tu exerces chaque jour un peu plus ton métier dans des conditions déplorables de merde. Tu trouves que ton salaire est indigne voire indigent en regard de ta charge de travail et de ton niveau d'études.Tu as le sentiment d'être la cinquième roue du carrosse-santé. T'as plus la pêche, t'es fatigué, tu vois plus tes gosses ni ton conjoint...T'as le coeur au bord des lèvres et l'amertume au coin des yeux lorsque tu évoques le manque de moyens et l'impossibilité d'un "prendre soin" digne de ce nom. Tu te sens coupable de la mise en jachère progressive de la santé des français.

Tu aimes pourtant les gens, tu n'as pas peur de prendre des responsabilités. Soigner, prendre soin de l'autre, c'est ton moteur, ton adrénaline, ton speed, ta came.Tu ne sais plus quels mots employer pour expliquer et démontrer que rien ne va plus, que les limites sont atteintes et qu'il faut réagir avant que le bateau-santé ne soit englouti avec son équipage. Tu regardes des confrères et des consoeurs plonger irrémédiablement dans l'abîme. Tu freines des quatre pieds pour ne pas y sombrer toi-même. Tu te sens seul, désespérément seul...

Et pourtant...le mal de vivre des infirmiers n'a rien d'un épiphénomène. Il ressemble plutôt à une épidémie qui se propage dans de nombreux pays entraînant avec elle une perte de motivation voire même de désir à exercer cette profession exigente, parfois ingrate, souvent peu reconnue et mal rémunérée et cependant si belle...

Ce métier que tu aimes pourtant et que des millions d'autres comme toi ont librement choisi semble donc ne plus séduire. D‘ici 2030, il manquera neuf millions d’infirmières dans le monde. La pénurie d’infirmières est notable dans certains pays d’Europe comme  l'Angleterre ou l'Allemagne mais également dans de nombreux pays d'Afrique considérés comme des déserts médicaux.

Pénurie au Pays des Kangourous !

Il semblerait qu'en Australie, le métier d'infirmier soit tombé en désuétude. Cette profession à forte proportion féminine n'attire plus. Travailler de nuit, avoir des horaires décalés, effectuer des tâches parfois ingrates, subir les violences verbales et parfois même physiques de certains patients (En 1999, l'Australian institute of criminology classait l'industrie de la santé comme le lieu de travail le plus violent du pays), être confronté à un manque de reconnaissance latent ne joue pas en faveur d'une possible réconciliation avec ce métier du soin. D'autant plus que les hommes qui exercent cette profession ont, dans ce pays, des salaires supérieurs de 10 % à ceux de leurs homologues féminins.

Les femmes australiennes qui ont un projet professionnel lié à la santé poursuivent maintenant des carrières plus prestigieuses et surtout plus lucratives. A titre d'exemple, dans ce pays, plus de la moitié des personnes qui font des études de médecine sont aujourd'hui des femmes. L'Australie, comme tous pays dits industrialisés, fait face à un défi de taille en matière de vieillissement de la population. Si des mesures ne sont pas prises pour revaloriser la profession d'infirmière, le pays ne disposera que des trois quarts des infirmières dont il aura besoin d'ici à 2025. Aussi, cherche-t-il désespérément à recruter à l'étranger. "Nous avons besoin de plus de travailleurs de la santé pour répondre aux besoins d'une population vieillissante", a déclaré Vikram Sharma, agent de migration en faisant de l'oeil à son voisin philippin lors de l'Australia Nursing Career Expo qui s'est tenue à Cebu City le 4 mars 2017. Les Philippines semble être devenues le lieu de prédilection où recruter des infirmiers. Selon les données de l'Agence philippine pour l'emploi à l'étranger (POEA), 92 277 infirmières ont quitté le pays pour travailler à l'étranger depuis 2012. Près de 19 000 infirmières partent chaque année principalement au Canada, aux USA, en Allemagne et en Australie.

Panique chez les Britishs !

Il y eut une époque pas si lointaine où les femmes britanniques étaient fières de devenir infirmières mais ça, c'était le temps d'avant ! Le Royaume-Uni fait actuellement face à une pénurie de plus de 40 000 infirmières. Certains parlent même d'hémorragie puisque, selon les chiffres révélés par la BBC en janvier 2018, un infirmière sur dix quitte le National Health Service (NHS ou service de santé public) chaque année en Angleterre. Les premiers départs ont été mis sur le compte du Brexit qui a entraîné une baisse certaine du nombre d'infirmières issues de l'Union Européenne exerçant au Royaume-Uni. Pourtant, les chiffres récemment publiés par le Conseil Nationale des Infirmières et des sages-femmes montrent que ce sont principalement les soignants britanniques qui ont démissionné. Les raisons invoquées par les candicats au départ font état de conditions de travail dégradées, de ratios infirmier/soignant inadéquats, d'épuisement et de désillusion quant à la qualité des soins.

D'autre part, le gouvernement britannique a supprimé la bourse pour soutenir l'éducation et la formation des infirmières. L'impact d'une telle décision a eu pour conséquence la baisse de 23 % des candidats au diplôme d'infirmière...

La pénurie d'infirmières au Royaume-Uni affecte aujourd'hui les soins aux patients et menace des vies. Pour combler les pénuries de personnel, le NHS prévoie d'embaucher 5 500 infirmières originaires de l'Inde et des Philippines.

Dèche au Pays des Geishas !

Le Japon semble vivre la même situation. Les besoins en terme de santé s'accélèrent au fur et à mesure que le pays grisonne et pourtant le nombre d'infirmières japonaises continue de décroître. On estime que 7.5 % à 11 % des infirmières nouvellement recrutées quittent leur emploi. Les causes les plus souvent citées par les démissionnaires sont la maternité, la garde des enfants, les problèmes de santé d'ordre physique ou psychologique, la charge de travail, les responsabilités et le travail de nuit. En 2025, le gouvernement estime qu'il manquera 370 000 soignants dans les maisons de retraite ou les hôpitaux.

Pour pallier ce manque, le Japon pense technologie et robots de soins. Cependant, la robotique ne peut pas tout et le recours à des soignants originaires des Philippines, d'Indonésie ou du Viet-Nam est aujourd'hui de plus en plus fréquent. A ce propos, un amendement à la loi sur l'immigration, adopté l'année dernière,  permet aux étudiants étrangers dans les écoles de soins infirmiers d'obtenir le statut de résident après avoir été certifiés par l'État alors que, jusque là, il fallait au moins trois ans d'expérience professionnelle et passer l'examen national de qualification dans leur quatrième année pour pouvoir en bénéficier.

Les Philippines :  Un Repaire de soignants et une Manne Financière ?

Les Philippines sont le plus gros exportateur d'infirmières du monde. Selon le Overseas Filipino Worker (OFW), sur les 2,2 millions de travailleurs philippins expatriés, 25% exercent dans des professions de santé. Les infirmières philippines travaillent dans les hôpitaux du monde entier majoritairement anglophones. L'Arabie Saoudite est devenue la première destination pour ces infirmières originaire d'Asie. Les pays européens comme l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Irlande font appel à cette main d'oeuvre pour leurs soins de santé. Les États-Unis, le Canada, l'Australie, Singapour et le Japon embauchent également ces infirmières philippines. Ainsi, que vous soyez hospitalisé dans un hôpital américain, que vous soyez résident dans un centre de soins pour personnes âgées japonais ou un hospice britannique, vous aurez probablement l'opportunité d'être pris en charge par une infirmière originaire des Philippines. Vous pourrez même en rencontrez dans des zones à risques comme la Libye ou la Syrie.

Beaucoup de familles philippines considèrent la profession infirmière à l'étranger comme le meilleur moyen d'améliorer leur qualité de vie. C'est en quelque sorte un passeport contre la pauvreté. Il existe plus de 500 écoles d'infirmières aux Philippines aujourd'hui. Le salaire d'une infirmière philippine qui exerce à l'étranger est jusqu'à 15 fois plus important que dans son pays d'origine.

Cependant, il semblerait que les infirmières migrantes, d'où qu'elles proviennent, soient moins bien rémunérées que leurs homologues issues de leur pays d'accueil. Elles ont également des conditions d'exercice plus difficiles et font plus d'heures supplémentaires. Elle subissent souvent une politique d'inégalité des chances qui nuit à l'accès à des postes à responsabilités. La discrimination et l'inégalité de traitement des infirmières migrantes est l'un des problèmes les plus importants liés à la migration internationale des infirmières.

Ubérisation de la profession or Not ?


La Seringue.