La vie d'Ide en mode Bref...

Cet été, j'ai perdu ma grand-mère. J'ai eu beau me dire qu'elle était très âgée et que sa santé s'était beaucoup détériorée ces dernières semaines, rien n'a pu atténuer mon chagrin. J'ai songé à tous ces étés passés dans sa maison à la campagne. Des vapeurs de confiture de mirabelles sont venues chatouiller mes narines, j'ai pleuré à chaudes larmes.

Pragmatique, j'ai pensé cycle de la vie, acharnement thérapeutique, droit à la dignité pour tenter de trouver un quelconque remède à ma douleur. J'ai caressé le pendentif en or qu'elle m'avait offert pour mes 18 ans, j'ai ressorti les kleenex et j'ai reniflé très fort. J'ai erré  longtemps dans notre boîte à souvenirs. J'ai vu défiler les années, les anniversaires, les Noëls et autres retrouvailles familiales. J'ai pris des chemins oubliés, des sentiers perdus, j'ai retrouvé des émotions enfouies. J'ai revu des printemps, des étés, des automnes et des hivers, quatre générations sous le même toit. J'ai caressé la joue de cette grande dame sans âge qui m'a accompagnée durant toute ma vie d'enfant et de femme. Curieusement, ce voyage dans le passé a adouci ma peine.

J'ai alors songé obsèques, église, cimetière, tombe, fleurs et couronnes. Le regard bienveillant de ma grand-mère m'est alors apparu. Je me suis dit qu'elle aurait adoré dormir au milieu d'un champ  de coquelicots.

La raison a vite repris le pas sur la rêverie. J'ai pensé jours de repos, congés, absences pour événements familiaux...J'ai vu la tête de ma cadre pas toujours très aimable.  J'ai eu la certitude que c'était pas gagné. J'ai eu raison.

J'ai pris le temps de potasser la convention collective qui régit mon établissement. J'ai appris que des jours étaient légalement accordés pour le décès de mon enfant, mon père, ma mère, ma soeur, mon frère, mon beau-père et ma belle-mère que, pourtant, je déteste.

Je n'ai pu que constater qu'une autorisation d'absence pour le décès d'un grand-parent ne dépend que du bon vouloir de l'employeur. J'ai vu défiler le nombre de jours de RTT que je ne prendrai sans doute jamais. J'ai pensé au nombre incalculable de fois où j'ai abandonné ma couette pour remplacer une collègue malade. Je me suis souvenu des vacances avortées, des week-ends bousillés. La moutarde m'est montée au nez.. J'ai songé à mon mariage auquel je n'assisterai peut-être pas pour des nécessités de service...Mon futur mari m'est soudain apparu seul, planté au milieu de l'église avec son bouquet de fleurs à la main. Nerveusement, j'ai pouffé de rire...

J'ai pensé à cet adieu auquel je tenais tant. J'ai vu le cortège funéraire disparaître au lointain. Je me suis dit que jamais je ne me pardonnerais cet acte manqué...

Bref, j'étais pas à l'enterrement...

C'est ainsi que l'on prend soin de ceux qui nous soignent...Pensez à informer vos proches de la nécessité de choisir des périodes creuses pour trépasser. Il serait sans doute judicieux de publier un calendrier des meilleures disponibilités comme peuvent le faire les compagnies d'aviation. Réservez vos places, anticipez ! Il n'y en aura pas pour tout le monde...

D'autres témoignages de maltraitance de soignants glanés ça et là parce que vos mots sont aussi puissants qu'une lettre...

tant roulante j'avais demandé à la direction de décaler d'une semaine mes Vacances comme je n'avais pas encore d'affectation, pour que je puisse accompagner ma grand-mère en fin de vie, ça m'a été refusé prétextant qu'ils avaient besoin de moi. Elle est décédée durant  la semaine qui m'avait été refusé"

"Lorsque ma tante est décédée après des mois de souffrance en soins palliatifs où j'ai été mutée le lendemain de son décès, je travaillais donc le jour de l'enterrement ; on m'a répondu, on a personne pour te remplacer alors exceptionnellement tu peux arriver un peu en retard... j'ai du les remercier pour cette gentillesse..."

"Moi aussi pour manque d effectifs je n ai pu être là lors de l'agonie de ma mère et je suis arrivé 6h après sa mort."

"Je n'ai eu droit à aucun jour lors du décès de ma compagne nous n'étions ni marier ni pacser. J'ai été obligé de me faire mettre en arrêt maladie."

"L 'enterrement de ma grand mère: impossible d'avoir un jour non plus !"

"Pareil pour l'enterrement de ma grand mère.. Ça m avait été refusé alors que la charge de travail le permettait...."

"Jai vécu la même chose jour pour jour il y a 2 ans..."

"On m'a refusé un congé exceptionnel pour l'enterrement de mon grand-père sous prétexte que ce n'était pas le père biologique de mon père. Cela étant, mon père a perdu son père à 2 ans et cet homme est devenu son père pour la vie. "

La Seringue.

 

 

http://www.journaldunet.com/management/pratique/conges/1709/les-conges-pour-evenements-familiaux.html