Un peu de testostérone dans ce monde de femelles !

Ne vous en déplaise mesdemoiselles et mesdames !  Aujourd'hui, nous allons parler des mâles de notre espèce. J'ai découvert, il y a fort peu que la première école d'infirmières du monde avait été fondée par des hommes et pour des hommes. Cela se passait en Inde, il y a un peu plus de 2000 ans . A cette époque, dans ces contrées lointaines, les femmes étaient considérées comme impures. Pourquoi tant de haine, me direz-vous ? Et bien, cet ostracisme envers la gente féminine trouvait simplement son origine dans... les menstruations. Ben ouais, chacun sait que tout ce sang qui revient de façon régulière, c'est répu-dégueu-crado-vraiment-trop-sale ! Dans certaines cultures, ce serait même contagieux. Il paraîtrait que ces idées farfelues perdurent encore dans certains pays de nos jours...Vade Retro Satanas !

Bref, ces damoiseaux de grande vertu étaient donc tout désignés pour remplir dignement les fonctions de soignants. La Charaka Samhita, traité médical datant de l'antiquité védique stipule que ces hommes devaient être de bonne conduite, distingués pour leur pureté, doués d'intelligence et d'habileté, imprégnés de bonté, capables de prendre soin des malades mais également compétents pour cuire les aliments, donner des bains, frotter et masser les membres, aider à la marche, refaire et nettoyer les lits, préparer les patients. Des fées du logis en sherwanis en quelque sorte, comprenez la version féminine de la tornade blanche en sari !

Pour ma part, cette nouvelle fort désagréable a eu raison de mon coccyx puisque j'en suis radicalement tombée de ma chaise. Songez-y donc, je pensais naïvement que nous étions les mères fondatrices de ce qui fut longtemps un sacerdoce, une vocation, que dis-je, un appel de l'au-delà ! Et bien, que nenni, les hommes auraient donc gagné leur galon d'infirmier au même titre que nous !

Pour approfondir un peu plus le sujet et tenter de redorer notre blason de mères-courage-bienfaitrices de l'humanité, je me suis mise en quête de tout ce qui pouvait concerner ces horribles nurses à poil dur qui nous auraient volés nos lauriers.

Allez, on se tape un chapitre "histoire de l'homme en blouse blanche en version toge et robe de bure" et ce, dans la bonne humeur, je vous prie !

Les Nurses à Poil dur dans l'Histoire !

Les Parabolani ou Parabalani (du grec ancien: παραβαλανεῖς, les agents de bain)

Dans l'antiquité chrétienne, les parabolani d'Alexandrie étaient une corporation de charité, établie durant la peste de Gallien en l'an 263. Ce groupe d'hommes très pieux remplissaient les fonctions d'infirmiers auprès des pauvres et avaient pour mission d'enterrer les morts. D'après le code Théodosien, ils étaient placés sous la juridiction de Cyrille, patriarche d’Alexandrie . Tout de noir vêtus, ils étaient considérés comme des fous de Dieu prêts à mourir pour le Christ. Le film "Agora" d'Alejandro Amenabar tourné en 2009 met en scène cette confrérie. Ces fanatiques chrétiens sont suspectés d'avoir assassiné Hypathie, philosophe et mathématitienne reconnue. Paiënne et hautement appréciée à Alexandrie, Hypathie constituait à leurs yeux, un réel danger pour le christianisme.

Premier round : les filles : 1 - les nurses à poil dur : 0 - Il ne faut pas exagérer, point de lauriers pour des infirmiers qui  deviennent des despotes à la limite de l'inquisition !

Les Canonisés

Saint Benoît (480-547), également connu sous le nom de Benoît de Nursie est le patriarche des moines d'Occident mais aussi le premier infirmier connu. Il a fondé l'Ordre des bénédictins en l'an 500 après Jésus Christ. Soulager les pauvres, visiter les malades et ensevelir les morts font partie des 73 chapitres de la règle de Saint-Benoît. Aujourd'hui, de nombreux hôpitaux et établissements de santé sont nommés en son honneur.

Au 14ème siècle, les Alexiens forment une association pieuse de laïcs qui, par esprit religieux et social, se chargeaient d'ensevelir les pestiférés et ceux qui ne pouvaient se payer des funérailles. Au fil des temps, ils créèront des hospices pour y soigner les pestiférés, les indigents et plus tard les aliénés légers. Ces laïcs s'appelaient frères, menant une vie austère, mais ne prononçaient pas de vœux. Il est remarquable de noter qu'ils ne se sont pas formés autour d'un fondateur reconnu. Leur nom évoque Saint-Alexis, patron des infirmiers, des mendiants et des pélerins.

Saint-Jean de Dieu (1495-1550) a consacré sa vie au service des malades.  Il a été proclamé par le Pape Léon XIII, patron des malades, des hôpitaux et des ordres hospitaliers en 1886 et par Pie XI, patron des infirmiers, infirmières ainsi que des imprimeurs, relieurs et libraires en 1930. Les personnes alcooliques sollicitent son aide pour guérir leur dépendance.

Saint Camillus de Lellis (1510-1614) est le père fondateur en 1582 de l'ordre des camilliens dont la mission est "l'exercice des oeuvres spirituelles et corporelles de miséricorde envers tous les malades, tant dans les hôpitaux et prisons que dans les maisons privées, partout où il faudra." En 1586, le pape Sixte Quint permit à cette congrégation de porter  une grande croix rouge sur leur soutane noire. Saint-Camillus de Lellis mourut d'épuisement à Rome, le 14 Juillet 1614. Canonisé en 1746 par Benoît XIV, il est déclaré patron céleste des hôpitaux et des malades en 1886 et proclamé patron céleste des soignants en 1929. Paul VI en a fait le protecteur particulier du service de santé de l'armée italienne.

Deuxième round : là, c'est foutu, on ne rivalise pas avec les saints...ou alors, on est saint soi-même donc...les filles : 0 ; les nurses à poil dur : 1

James Derham  fut le premier afro-américain à pratiquer officiellement la médecine aux États-Unis. Né à Philadelphie en  1757, il fut l'esclave de trois médecins consécutifs. Chez l'un d'eux, il apprit à lire et à écrire. Il fut ensuite vendu au docteur Robert Dove, célèbre chirurgien de la Nouvelle Orléans. Celui-ci vit l'intérêt que portait James pour la médecine. Il l'encouragea à étudier. James devint ainsi infirmier. Certains racontent que le docteur Dove versait un salaire à James qui lui permit d'acheter sa liberté en 1783. On dit aussi que le docteur Dove aurait payé son affranchissement. Dès qu'il fut libre, James ouvrit son propre cabinet médical sans jamais avoir obtenu de diplôme de médecine. Il devint très vite populaire auprès des esclaves et des affranchis qui n'avaient pas le droit de consulter un médecin blanc. James Derham parlait anglais, français et espagnol. Il était spécialisé dans les pathologies de la gorge et les maladies tropicales. En 1801, la Nouvelle-Orléans adopta une loi empêchant l'exercice de la médecine sans diplôme officiel. James Derham disparut peu de temps après. Certains pensent qu'il fut lynché (pratique courant et récréative de l'époque), d'autres croient qu'il est allé exercer ailleurs. On a toutefois plus jamais entendu parler de lui....

Troisième round : exercice illégal de la médecine donc les filles : 1 ; les nurses à poil dur : 0 - Non, je blague évidemment, quelle histoire et quel courage dans un monde si troublé...

Walt Whitman (1819-1892): Bien plus reconnu comme un écrivain et poète, Whitman est, peut - être, l'infirmier le plus remarquable dans l'histoire moderne. Durant la guerre de Sécession, il s'engage comme infirmier bénévole à l'hôpital de Washington DC où son frère, blessé,  est hospitalisé.

Au cours de ces années passées à l'hôpital, Whitman passe beaucoup de temps à écrire dans des petits carnets ou sur des bouts de papier.

Il nous a légué ses poèmes bien évidemment, des notes concernant les besoins des soldats blessés mais surtout un recueil de textes consacrés à la guerre intitulé "The Wound dresser" ("Le panseur de plaies" en français).

Quatrième round : Un infirmier poète ! non mais vous rigolez, ce n'est pas crédible !

Allez, les filles : 1 ; les nurses à poil dur : 0   -  Oui, je sais c'est arbitraire et ça fait mal !

Or donc, stoppons ici nos pérégrinations historiques à la recherche de nos talentueuses nurses à poil dur. Même si, lors de ce parcours cahotique, les filles ont gagné trois rounds sur quatre, il n'en demeure pas moins que la place de ces hommes a souvent été minorée dans l'histoire des soins infirmiers. Rendons donc à César ce qui est à César. Bravo messieurs et merci encore d'avoir existé.

La Seringue.

 

http://www.mediterranee-antique.fr/Fichiers_PdF/GHI/Gibbon/T_09.pdf

http://allnurses.com/men-in-nursing/men-in-nursing-96326.html

http://bsntomsn.org/2009/10-most-famous-male-nurses-in-history/