Question de Choix !

Il est vrai que, professionnellement, j'aurais pu faire le choix de travailler dans les beaux quartiers.  J'aurais pu soigner des patients pleins aux as qui, grands seigneurs, auraient arrondi au chiffre supérieur chacune de mes prestations payées trois francs six sous. J'aurais pu, par exemple, connaître l'extase de palper un billet de dix euros au lieu des malheureux  8.58 euros accordés par la Sécurité sociale pour une prise de sang. J'aurais pu me constituer un confortable bas de laine avec ces nombreux dépassements d'honoraires accumulés. J'aurais pu également facturer des actes hors nomenclature tels que la pause de bas de contention ou l'instillation de gouttes oculaires. J'aurais pu parler croisières, yacht, boat, duffle-coat et siroter des citronnades glacées ... entre une injection et un pansement. 

J'aurais pu mais ce ne fut pas le cas...

Question de Vocabulaire !

Les patients dont je m'occupe sont majoritairement pauvres. Oui, je sais, on ne dit pas pauvre ou défavorisé. On oublie le vocable "sans-dents" plus que douteux cher à notre précédent chef d'état. De préférence, on adoucit.  On fait dans la dentelle de Calais même si celle-ci agonise. On police. On édulcore. On n'appelle pas "un chat", un chat surtout s'il est domestique.  On parle plus précisément de personnes économiquement faibles pour ne pas heurter les âmes bien pensantes avides de donner des leçons de morale.

Mais attention, avoir le statut de pauvre ne veut pas forcément dire être fainéant, vivre et prospérer sur les minimas sociaux comme le pensent beaucoup de citoyens. Le pauvre peut être étudiant, sénior, chômeur, travailleur précaire, mère ou père isolé. La pauvreté n'a pas de prédilection pour un âge ou un sexe en particulier. Le pauvre, ce sera d'ailleurs peut-être toi demain...

En tout cas, quel que soit le qualificatif employé,  les pauvres me collent à la peau, je les attire peut-être parce qu'un jour, j'ai été moi aussi l'une des leurs. S'il n'y avait pas la Protection universelle maladie ou PUMA (ex-CMU), non seulement ces malades ne seraient pas soignés, mais qui plus est, la modeste infirmière libérale que je suis n'arriverait pas à joindre les deux bouts. Le pauvre, c'est donc mon gagne pain, mes épinards sans beurre, ma tartine sans confiture. Le pauvre, c'est celui sur qui je compte chaque mois pour becter et il semblerait que ce ne soit pas prêt de s'arrêter...

Question de Statistiques !

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Pourquoi, me direz-vous ? Et bien, tout simplement parce que le pauvre se multiplie de façon vertigineuse dans nos mondes dits civilisés. La pauvreté, telle une gale sociétale, sévit et contamine. Elle s'accroît de manière tentaculaire pour pérenniser les empires colossaux des plus riches. Elle s'attaque sans distinction à des hommes, des femmes ou des enfants. Elle touche particulièrement les jeunes adultes, les personnes seules, les familles monoparentales et les immigrés.

Selon les données de l'Insee, la France comptait entre 5 et 8.8 millions de pauvres en 2014 soit un million de plus que dix ans auparavant. Parmi ces personnes, 2,3 millions d'entre elles vivent dans une précarité extrême avec un revenu de 660 euros maximum par mois. En France, un individu est considéré comme pauvre quand ses revenus mensuels sont inférieurs à 840 ou 1 008 euros selon le seuil de pauvreté adopté. En 2015, le pays comptabilisait 3.4 millions de travailleurs précaires. Eurostat évalue le taux de travailleurs pauvres à 7,6 % de la population active en France. 23 % des jeunes de 18 à 24 ans sont pauvres selon le dernier rapport de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire. On évalue à un million le nombre de personnes âgées qui, en 2018, vivront sous le seuil de pauvreté. Les personnes âgées en situation de grande précarité sont en majorité des femmes, des personnes isolées ou bien âgées d’au moins 75 ans.

Question Sanitaire !

La deuxième raison essentielle à la prospérité de mon activité auprès des pauvres est sans doute liée au taux de prévalence de certaines pathologies dans ce groupe d'individus. Obésité, diabète, hypertension, cholestérol, prématurité, cancer...il semblerait que la pauvreté rende malade. Une alimentation déséquilibrée, une hygiène défaillante, de mauvaises conditions de logement, l'exclusion sociale et économique, le défaut de formation...font partie des facteurs qui aggravent la santé de ces populations.

Les pauvres sont souvent stigmatisés. Les clichés ont la vie dure et pour trop de monde encore, ils naîssent, vivent et meurent avec le mot "pauvre" tatoué sur la peau. Les béni-ou-oui et autres citoyens-bien-sous-tous-rapports vous diront que l'on a ce que l'on mérite. Le pauvre pourtant se rebelle et, pour sortir de sa condition, il s'approprie les attributs des nantis histoire de tromper leur monde . Vous me direz, le pauvre, ça ose tout ! Ça se pavane en imitation Vuitton, Versace ou Dior. Ça crâne dans des bagnoles coupées sport dont les traites grignotent chaque mois une bonne partie du budget familial, ça fait de l'épat avec des écrans plat ou des ail-fone6-7-8 qui coûtent une blinde. Ça mystifie, ça imite, ça dissimule le plus possible la fragilité de son existence. Bref, ça se prend pour Crésus et comme dit l'adage, faut pas jouer aux riches quand on n'a pas le sou.

Question de Point de Vue !

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A maintes occasions, j'ai pu lire des commentaires acerbes à propos des bénéficiaires de la Protection Universelle Maladie ou PUMA (ex-CMU). Certains soignants n'hésitent pas à les qualifier de parasites, de profiteurs vivant au crochet de l'État. Par respect pour ses opinions propres et par honnêteté intellectuelle, il serait utile que tous les anti-PUMA refusent tout simplement ces prises en charge pour ne pas participer à un système qui, selon eux, met en péril notre très chère Sécurité sociale. La loi d'ailleurs les y autorise puisqu'en dehors des situations d'urgence, tout professionnel  a le droit de refuser des soins pour des raisons professionnelles ou personnelles.

La couverture maladie universelle complémentaire a coûté près de deux milliards d'euros en 2014. Elle a juste permis d'éviter l'exclusion d'un peu plus de cinq millions et demie de personnes qui ont pu ainsi simplement se soigner

Il serait bon de rappeler quelques données intéressantes à mettre en parallèle à ce débat.

Le SMIC horaire était à 5.90 euros brut de l'heure en 1997, il est  à 9,76 euros brut de l'heure en 2017 soit une augmentation de 3.86 euros en vingt ans...Je vous laisse faire le calcul du pourcentage vous-mêmes....

La même année 1997, la fortune des dix plus riches français était évaluée à 23 milliards d'euros. En 2017, elle avoisinne les 241 milliards d'euros soit dix fois plus...et ce principalement grâce à la performance boursière...

Il serait judicieux de ne pas se tromper de brigands !

La Seringue.

 

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http://www.inegalites.fr/spip.php?article957

http://www.inegalites.fr/spip.php?article270

http://etudiant.lefigaro.fr/vie-etudiante/news/detail/article/un-jeune-sur-quatre-est-pauvre-672/

http://www.viva.presse.fr/les-inegalites-de-sante-sont-une-realite-en-france-171201

https://www.lesechos.fr/05/01/2016/lesechos.fr/021598036627_cmu---les-depenses-par-beneficiaire-diminuent.htm

http://france-inflation.com/smic.php

http://www.francetvinfo.fr/france/grandes-fortunes-toujours-plus-riches_2258095.html

https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F2544

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2014/07/07/01016-20140707ARTFIG00145-les-personnes-agees-frappees-de-plein-fouet-par-la-solitude.php

http://www.domidom.fr/domimag/18-prise-en-charge/auxiliaire-de-vie-les-actes-interdits