La Vie d'Idel en mode Bref !

Hier, c'était la grève des infirmiers. J'me suis dit, ma fille, faut se bouger le boule et manifester. J'ai pensé à la mouise dans laquelle nous étions tous depuis plusieurs années. J'ai ouvert mon ordi. J'ai vu que tout le monde était sur le pied de guerre. J'ai regardé par la fenêtre, il faisait nuit. Je me suis dit que partir tambour battant mèche allumée direction la sécu à 5h00 du mat, c'était un peu suspect. Je suis passée devant le miroir de la salle de bains. J'ai regardé mon pyjama Winnie l'Ourson. Je l'ai trouvé magnifique mais j'ai immédiatement songé au service de psychiâtrie de l'hôpital de Cayenne.  J'ai revu deux ou trois patients délirants dont je m'étais occupée. Je me suis dit que pour être crédible, fallait s'habiller autrement et chausser des baskets. J'ai enfilé mon tutu rose  jogging de compét, mes godasses de rando et mon casque masque chirurgical. J'ai vite compris que le port du masque par 30° à l'ombre allait être une épreuve, le jogging aussi d'ailleurs. J'ai émis l'hypothèse d'y aller détendue l'air de rien en maillot de bain. J'ai revu la psychiâtrie et mes poignées d'amour. Je me suis dit qu'on ne pouvait pas décemment offrir un tel spectacle à la population un jour sérieux comme celui-là. J'ai réfléchi et je me suis dit qu'en jogging pilou, j'allais sans doute perdre beaucoup d'eau dans la bataille. Je me suis vue avec dix kilos en moins. J'ai souri.

Je me suis dit, tant pis, à la guerre comme à la guerre, on va lutter à visage découvert et en jogging. J'ai pensé que j'étais tout de même gonflée. J'ai salué mon courage et je suis retournée fissa à mon bureau pour prendre la température des événements dans l'hexagone. Y'avait des infirmiers qui grouillaient partout et qui manifestaient avec des banderoles et des sifflets. J'ai reconnu deux, trois têtes. Ça m'a donné envie de tout déchirer.

A six heures, le jour s'est levé. J'ai ouvert la porte prête à en démordre. Je me suis dit qu'avec les embouteillages pour aller à Cayenne, fallait bien partir une heure avant l'ouverture.

 

Je suis passée par l'hôpital pour voir le cortège de soignants prêts à en découdre avec l'horrible-terrible-atroce administration. Y'avait pas un rat sur le parking. Je suis passée par la clinique, ça ronflait pareil. Je me suis dit que j'étais sans doute à la bourre et que tout le monde était déjà arrivé à la sécu qui ouvre à 7h00 du mat. J'ai mis le turbo et j'ai foncé tout schuss vers la sécurité sociale. Je me suis pris tous les embouteillages des gosses qui vont à l'école à 7h00 eux aussi. Je suis arrivée à la sécu, y'avait juste le planton. Il a vu ma tenue, il a eu la pétoche. J'ai enlevé mon masque. Il a rangé son Taser. Je lui ai demandé où était la grève. Il m'a répondu qu'elle était terminée depuis la semaine dernière. Ça m'a coupé le sifflet. J'ai regardé la date sur mon téléphone. On était bien le 08 novembre 2016. J'ai regardé le planton. Il a eu pitié. Il m'a demandé si je n'avais pas vu ça à la télé ?" J'ai répondu que j'avais pas la télé. Il m'a alors expliqué que la sécu était en grève la semaine passée parce que la caisse manque cruellement d'effectifs. Je lui ai demandé s'il n'avait pas croisé des infirmiers. Il a secoué la tête pour me dire non. Je suis remontée dans ma voiture, je me suis repris tous les embouteillages et je suis rentrée chez moi. J'ai allumé mon ordi et j'ai fait grève par procuration.

Bref, j'étais pas à la manif...parce qu'à Cayenne, y'avait pas de manif...

La Seringue.