Lorsqu'ils sont venus me chercher, mes enfants jouaient dans le jardin, la cocotte minute sifflait doucement sur le feu, il faisait beau, c'était l'été. J'étais de repos ce jour-là et j'avais entrepris de m'occuper de redresser la clôture, de tondre la pelouse et de récolter quelques pêches pour en faire de la confiture. La table était mise sur la terrasse pour le déjeuner de midi. Ma femme chantait gaiement dans la cuisine. Je m'appelle Dominique, je vis en France et je suis infirmier libéral.

Ce jour-là, j'ai vu le fourgon se garer devant la maison, je les ai vu en descendre et se diriger vers le portail. Lorsqu'ils se sont approchés en demandant si j'étais bien la personne qu'ils cherchaient, j'ai acquiescé bien sûr et je n'ai pas imaginé une seule seconde qu'il se passait quelque chose de grave. Ils ont demandé à entrer chez moi pour me signifier que je devais les suivre...

 

 

 

Je m'appelle Dominique, je vis en France, je suis infirmier libéral et c'est ce jour-là qu'a commencé ma garde à vue pour suspicion de fraude et escroquerie envers la sécurité sociale. Les gendarmes sont entrés dans ma vie par ce matin d'été, ils ont fouillé ma maison, mon cabinet, violé mon intimité. Ils ont saisi mes papiers d'identité et ceux de ma voiture. Ils ont fait l'inventaire de mes biens. Ils ne m'ont pas mis les menottes parce qu'il y avait le regard médusé de ma femme, l'étonnement de mes enfants qui ne comprenait pas la situation et qu'il ne fallait surtout pas effrayer. Je m'appelle Dominique, je vis en France, je suis infirmier libéral et je n'ai tué, agressé ou violé personne. J'ai simplement travaillé beaucoup, j'avais une grosse clientèle, des remplaçants et un chiffre d'affaires en dehors des clous. Ils ne me reprochent pas d'avoir réaliser des soins fictifs. Ils me blâment pour avoir encaissé des soins que je n'ai pas fait mais qui ont été réalisé par des remplaçants à qui j'ai rétrocédé leurs parts en omettant de barrer mon nom sur les feuilles de soins.

 

Je m'appelle Dominique, je vis en France, je suis infirmier libéral et j'ai passé 48 heures en garde à vue pour suspicion de fraude et escroquerie envers la Sécurité sociale. Ils m'ont interrogé pendant des heures, j'ai répondu mille fois aux mêmes questions avant d'être entendu par le juge pendant trois heures. Ce même juge qui m'a notifié qu'il allait demander une interdiction d'exercer à mon encontre, ce même juge qui m'a laissé en liberté avec une obligation de pointer à la gendarmerie chaque semaine, ce même juge qui a réduit mon existence à l'attente d'un jugement et la perspective de tout perdre et de me retrouver à la rue ou en prison.

Je m'appelle Dominique, je vis en France, je suis infirmier libéral et je ne sais pas où je serai demain...

Merci encore à celles et ceux qui ont bien voulu me confier des morceaux de leurs vies afin qu'il n'y ai plus de secrets, de non-dits et de silences autour des procédures relatives aux fraudes.

La Seringue.