Au secours 

C'est aujourd'hui lundi, et, déterminée, vous vous êtes levée avec la ferme intention de faire le point sur votre vie. C'est votre semaine introspection et votre première résolution qui n'est pas des moindres est de monter sur la balance pour prendre la mesure des dégâts d'un été qui a duré trop longtemps à votre goût. Cette fin d'année, vous vous l'êtes promis, vous rentrerez dans votre robe de bimbo taille 38 voire 36 pour les fêtes de fin d'année, qu'on se le tienne pour dit !

Vous commencez donc par un premier passage par la case salle de bains pour vous délester de quelques grammes toujours bon à soustraire. Vous vous mettez à poil parce qu'un string, ça pèse des tonnes, tout le monde sait ça et vous affrontez la machine diabolique avec courage. L'instant est si intense que vous en fermez vos yeux d'émotion et surtout de trouille. Remplies que vous êtes d'une volonté sans faille qui frise l'héroïsme, vous osez jeter un regard furtif sur l'affichage numérique de votre pèse-personne et là, catastrophe et cataclysme, c'est bien pire que ce que vous aviez imaginé. Vous secouez la bête, vous lui enlevez ses piles, vous lui en remettez des neuves, vous escaladez à nouveau la traîtresse et sacrebleu de saperlipopette, vous gagnez encore quelques grammes. Il ne vous reste plus alors qu'à vous pendre ou à exploser la scélérate à coups de marteau pour vous défouler, ce qui aura l'avantage certain de vous faire perdre quelques calories.

Victimes de votre succès !

De réflexions en suggestions, de suggestions en élucubrations, d'élucubrations en conclusions, vous ne pouvez que vous rendre à l'évidence, vous pesez aujourd'hui une tonne et les seuls coupables de cette déconfiture sont vos patients qui, tout l'été, vous ont gavé comme une oie pour la Noël. En quelques mois,vous êtes passée de la fraise à la pêche en passant par l'abricot, la mirabelle, la prune ou la poire et avez pû participer tous les jours voire plusieurs fois par jour chez vos patients, à toutes les ripailles autour des pâtisseries, tartes et autres friandises dévolues à ces fruits de saison.

Vous avez testé la confiture de cerises ou de prunes de Suzanne chaque matin au petit déjeuner, vous vous êtes empifrée de tartes tous les après midi pour le goûter chez Hortense puis chez Louise. Vous êtes rentrée chez vous avec des kilos tonnes de douceurs  et maintenant vous pleurez sur votre vie.

La générosité est parfois un défaut chez nos patients, surtout lorsqu'ils sont âgés. Non seulement, ils vous aiment mais en plus ils vous le prouvent chaque jour à grand renfort de douceurs hypercaloriques. Les privations, la guerre ne sont sans doute pas étrangères à cette disposition  à vouloir à tout prix engraisser son prochain. Mission plus que réussie ce matin  au vu de votre jean qui refuse absolument de monter au delà de vos genoux et des poignées d'amour qui débordent de votre chandail.

La politesse et la bienséance voudraient que l'on ne refuse pas un cadeau, c'est même un affront dans beaucoup de sociétés de ne pas accepter un don. Vous pouvez toujours tenter de vous la jouer barbouillée et patraque au point de ne pas pouvoir avaler même un verre d'eau, vous pouvez inventer n'importe quel stratagème, une maladie génétique rarissime, une grossesse nerveuse, rien n'y fera, la charité est récurrente chez beaucoup de nos petits patients qui cimentent la relation qu'ils ont avec vous au travers de toutes ces victuailles. Moralité : faites beaucoup de sport pour survivre !

La Seringue.