Y'en a marre !

Il y a des jours où il ne faut pas chatouiller le psychopathe qui est en soi. Chucky, sors de ce corps ! Il y a des moments, où faute d'être entendu, un désir de révolte nous submerge mêlé à un rêve d'atomiser son prochain. La seringue crache donc aujourd'hui son ras le bol voire son venin, ce qui résume à peu près gentiment le fait qu'elle soit un tant soit peu excédée.

Excédée que l'on soit pris pour un troupeau de moutons apathiques et bêlants qui, à la moindre chemise arrachée gémissent à l'unisson sur le sort d'un pauvre DRH venu, rappelons-le tout de même, dans l'intention de retirer le pain de la bouche à 2 900 travailleurs. N'oublions pas d'ailleurs, à ce propos,la violence avec laquelle on jette tout simplement aux orties la vie de milliers d'hommes et de femmes faisant fi de leur existence. La violence sociale ou verbale est souvent bien plus brutale que la violence physique.

Enervée que l'on nous tire irrémédiablement vers l'émotion nous faisant au passage oublier les motifs de ces révoltes. Nous voulons des images choc, nous rêvons d'être bouleversés, nous désirons plus que tout verser des larmes devant nos postes de télévision parce que ça ne mange pas de pain de se morfondre sur des inconnus. Et bien, on va vous en donner puisque ce sont les arguments qui prévalent de nos jours.

L'ivresse des sentiments

S'il faut parler du très vilain infirmier qui aurait escroqué des milliers d'euros à la pauvre sécurité sociale donc à vous chers citoyens, nous sommes en droit nous aussi de vous faire pleurer dans les chaumières. Nous pouvons ainsi parler des répercussions de telles accusations sur la vie de la personne incriminée, mais également  sur toute la profession. Rappelons au passage que ces milliers d'euros à rembourser représentent souvent plusieurs années de travail en terme de brut, et que les coupables supposés n'ont perçu toutes charges déduites qu'un peu plus de la moitié de ces sommes. En résumé, il leur est imposé de restituer un peu moins du double que ce qui a été réellement empoché.

En dehors d'un sentiment de peur pour les épargnés qui invoquent tous les saints pour ne pas figurer sur la liste des prochains supposés criminels, les conséquences pour les malheureux élus à la fonction de délinquant sont souvent désastreuses.

De l'abattement à l'incompréhension, de crises de larmes en nuits blanches, la dépression s'installe parfois rapidement. Le travail, la vie de famille s'en trouvent bouleversés. Il n'est pas rare, et l'on peut s'interroger sur le pourquoi, que nos bandits en herbe développent des maladies graves et invalidantes. Il arrive que certains, ne pouvant supporter d'être ainsi jeter en pâture,  mettent un terme à leurs existences de façon  brutale.

Et même si, parmi le lot des cloués au pilori, il y a des coupables avérés, combien d'innocents sont envoyés au casse-pipe, combien ne se relèveront pas, combien crèveront de honte ou de chagrin, combien de vies brisées ?

Il est nécessaire de raconter l'histoire de ces infortunés qui, un jour, ont rencontré les foudres de la sécu, et par effet rebond, celles des médias. Il est urgent d'en parler pour qu'ils retrouvent une dignité et se sentent épaulés, pour que l'on puisse mesurer l'impact de tels procédés et que cesse la curée. Des drames sont en cours, d'autres viendront et je m'efforcerai d'en donner un compte-rendu anonyme et objectif. Je remercie ici les personnes qui ont bien voulu me confier un bout de leur vie... La rédaction est en cours.

La Seringue.