Nurse Addict !

Vu le peu de temps qu'elle a pour se faire un tissu social, l'infirmière libérale a, habituellement, un groupe d'amies qui n'est pas très éclectique. L'infirmière côtoie son alter ego et on se retrouve la plupart du temps entre ex-collègues de boulot ou anciennes camarades de promotion lors des sorties entre filles. Les pièces rapportées à ce puzzle étant tout simplement les copines avec qui on jouait à la marelle quand on avait sept ans.

Sortir est un bien grand mot puisqu'il faut organiser ce genre de soirée des mois à l'avance et trouver le jour où chacune sera disponible. Et croyez-le ou pas, malgré les 365 jours de notre calendrier, l'exercice est souvent semé d'embûches et met en péril la perspective de faire la java. Il faut avant tout trouver un jour commun où l'on ne bosse pas et c'est ici que débute la valse des heures et des dates. On passe alors en examen tous les jours de la semaine, tous les mois de l'année et surtout des plombes au téléphone à négocier pour enfin trouver "the day to be"et le lieu qui va avec. Yes, trop fort ! En général, tel un rendez-vous chez le gynéco, le jour en question se situe dans les six mois à venir et, par conséquent, on a 12 000 raisons de l'oublier.

Le semestre passe donc, on a fait des efforts désespérés pour se garder en tête les retrouvailles en date du 27 mai à 19h37 chez Juju et on se félicite d'avoir abouti...Mais c'est sans compter les affres de l'existence et autres malédictions qui peuvent à tout moment vous pourrir la vie. Le jour "J", par exemple, notre Juju nationale se fait larguer par son doudou d'amour et se retrouve SDF en bas de son immeuble avec sa valise à la main.

On a de la ressource, on se retrouvera donc chez Zaza, ce qui a l'avantage de comporter moins de risques puisqu'à 35 balais, elle est toujours célibataire. Pourquoi n'y avoir pas pensé dès le départ d'ailleurs, bande d'oiseaux sans tête que nous sommes. Essayons de faire simple, nom de Dieu ! Le largage en bonne et due forme de notre copine préférée est un des impondérables éventuels mais il peut y en avoir des centaines. Les motifs aux désistements ne manquent pas, un enfant malade, un mari qui fait la gueule, une voiture qui ne démarre pas, une soirée aux urgences, l'oncle Alfred qui débarque du Bénin...Je vous laisse imaginer les conséquences désastreuses de telles catastrophes qui peuvent nous projeter à l'année suivante voire celle d'après pour un éventuel rendez-vous possible. Enfin bref, c'est un exploit d'arriver enfin à se caler tous ensemble sur une date et de se retrouver pour faire la fiesta.

C'est la fiesta !

En dehors du fait que notre Juju est un tant soit peu dépressive et on la comprend, il est l'heure de sortir les cotillons et d'aller faire la bamboula. Y va y avoir du sport et ça va déchirer ! On a mis le paquet sur la tenue, on brille de mille feux et on a une pêche d'enfer malgré les douze heures de boulot abattues ce jour. On est donc paré pour le grand soir et on compte bien s'éclater jusqu'aux aurores même si, pour certaines, la reprise à six heures du mat aura des allures de cauchemar. Au programme, que de bonnes résolutions qui devraient nous faire passer un moment inoubliable en compagnie de nos très chères copines.

Pourtant, parfois, la soirée tant attendue s'apparente à un "On se la  refait à l'envers" où l'on se projette la vidéo de son activité professionnelle en travelling arrière. Chacune y va de son anecdote. On n'hésite pas à dézinguer les collègues que l'on abhorrait, on évoque les bons moments et les mauvais, les cancers, les soins palliatifs, la réanimation enfin toutes les petites gaités liées à notre exercice. Et surtout, on ne sort pas de la sphère du travail. La soirée passe et, au final, on n'a pas déconnecté une seconde de son taf. Ce qui, rappelons-le était tout de même le but premier de cette rencontre consacrée à la détente.

Afin de parer à cette éventualité somme toute inopportune, il serait judicieux de passer un contrat moral avec nos amies et ce, chaque fois que l'on a décidé de se lâcher et de s'amuser. Contrat moral qui préconiserait l'interdiction formelle d'aborder tous sujets ayant trait au travail sous peine de punition sévère. Le système de gages semble approprié dans cette situation et ne pourrait qu'enrichir la soirée. Amusez-vous bien !

La Seringue.