Et si c'était un Homme !

Aujourd'hui, je voudrais rendre hommage aux garçons que nous rencontrons si rarement parmi les infirmiers libéraux. Je dis bien rarement parce qu'ils ne sont pas pléthores, il faut bien l'avouer. Ce qui est bien dommage pour  nous, les filles car je suis convaincue que nous aurions tout à gagner à ce que la gente masculine soit plus représentée au sein de notre profession, .

Nous sommes  actuellement 92 803 Infirmiers libéraux en France dont 17 % d'hommes et 83 % de femmes - Ce qui nous donne le maigre chiffre de 15 776 hommes perdus dans une jungle d'un peu plus de 77 000  filles. A titre personnel, je dirais : les pauvres ! Aussi, nous pouvons nous interroger sur les raisons de cette désaffection du corps masculin pour le métier de soignant et de la vision de la société sur l'homme-soignant en général.

 

Les hommes viennent de Mars

En premier lieu, commençons par la base du savoir : les hommes ne viennent pas de la même planète que nous les filles. Et bien oui, vous tombez de haut mais ne vous égarez pas ! Le spécimen que vous croisez tous les matins dans son tacot rutilant près de la pharmacie vous ressemble, semble avoir les mêmes comportements que vous, paraît penser comme vous mais il n'est pas comme vous. Cette affirmation que certains et certaines jugeront rétrograde n'est en fait que la simple histoire de l'humanité. (Oui, je sais, j'exagère et j'en entends déjà qui hurle !). L'homme, depuis le début de son histoire, est un chasseur, un protecteur, il nourrit sa tribu, il est fort, il crée et utilise des outils. Il traite le mal et la maladie (le curatif, nom de diou !). Ses valeurs sont l'action, le pouvoir et la compétence. Et ce n'est certes pas un mou du genou qui s'apitoie et a des états d'âme. c'est  un être pratique, pragmatique et efficace.

 Les femmes viennent de Vénus

Nous, pauvres femmes préhistoriques que nous fûmes, représentons la faiblesse, la crainte, la peur et notre rôle consiste à élever notre progéniture, la nourrir  et la soigner. Nous avons aussi en charge de nous occuper des morts. Nous sommes les gardiennes des émotions, de l'harmonie des échanges et de la créativité et nous prenons soin de l'autre.

Nous avons un penchant pour sauver notre prochain surtout lorsque c'est impossible et nos relations sont souvent thérapeutiques. Nous venons de Vénus où tout est amour, sensibilité et émotions et patati et patata (Bon, je sais, je viens de signer l'arrêt de mort de ce blog en écrivant cet article et en sciant sciemment la branche sur laquelle je suis assise ...RIP !)

 

 Représentations de l'infirmier

L'infirmier  est dans l'imaginaire populaire un être de sexe féminin (mauvais début pour les candidats de l'autre sexe s'ils ont des désirs d'exercer cette profession !) qui peut prendre des apparences diverses selon les projections de chacun. On peut y voir tout à la fois une ravissante idiote, une allumeuse, une feignasse, un être sadique et tortionnaire ou alors carrément une sainte (parfois nitouche !).L'homme étant peu ou pas représenté, nous n'avons aucun cliché à proposer et nous nous faisons souvent le relais de cette discrimination en employant à tout bout de champ le mot "Infirmière". La profession étant majoritairement féminine, il y eu une époque, je l'espère révolue, où devenir infirmier supposait une homosexualité latente dans l'imaginaire collectif. Ce cliché a sans doute tué dans l'oeuf beaucoup de  vocations. A ceci s'ajoute, la difficulté de pénétrer dans l'intime et comment est perçue cette intrusion chez la femme soignée par exemple, et s'y adjoint aussi la rude tâche de devoir travailler au milieu d'une horde de femelles (là, c'est bon, je suis morte ...)

L'infirmier exerce souvent sa pratique en libéral ou dans des services de pointes (il aime la technicité des actes et l'action comme en réanimation, aux urgences ou au Samu...). Il a depuis longtemps, une grande expérience de la psychiatrie où il a eu depuis toujours le statut de gardien avant d'y devenir soignant. On le voit peu en pédiatrie, en gynécologie obstétrique ou en réanimation néonatale, les champs de la maternité et de l'enfance demeurant essentiellement féminins.

Homme/Femme : mode d'emploi

Il est pourtant certain que la parité ou du moins l'équilibre homme/femme dans notre profession apporterait bien des avantages et assouplirait les relations. La mixité favorise la compétitivité et réduit les dysfonctionnements. Elle évite les ambiances délétères en limitant les conflits. A l'hôpital, la mixité serait fortement appréciée par les équipes et les malades.

Dans l'imaginaire collectif, la femme soignante materne et a une rôle peu valorisant, elle représente le dévouement et la vocation. Le soignant masculin quant à lui, détient le savoir, incarne le professionnalisme et la compétence. Le modèle féminin prend soin et le modèle masculin donne des soins. Ce clivage engendre des difficultés à être reconnu comme un acteur de santé à part entière, à dépasser les limites de l'exécutant et de l'auxiliaire médical. Il est impératif de rédéfinir les contours de cette profession et la mixité, par un effet de dilution pourrait être une voie pour enfin modifier l'image pieuse qui colle à la peau des infirmières.

 

Messieurs, nous vous attendons avec impatience ...

La Seringue.