Quelques Chiffres

Nous sommes environ 13 millions d'infirmiers sur cette planète, ce qui représente approximativement la population d'une ville comme Tokyo. Etant donné que les nombres quels qu'ils soient ont la valeur que nous voulons bien leur accorder selon l'angle où nous nous plaçons, nous pouvons supposer que nous sommes nombreux. Cependant, si nous ramenons ce chiffre à la population mondiale qui est en 2015 d'un peu plus de 7 milliards, nous pouvons alors déduire qu'il y a actuellement 1.8 infirmiers pour 1000 habitants dans le monde (toutes catégories confondues, public, privé, libéral et on va arrondir à 2 parce que nous sommes gentils !), ce qui est  extrêmement peu !

Les inégalités de prise en charge sont criantes de part le monde. Elles sont dues principalement à la pauvreté de nombreux pays, à l'instabilité de certains autres (guerres, conflits...) mais aussi à l'émergence d'une problèmatique qui concerne la plupart des pays industrialisés, à savoir : le vieillissement des populations, conséquence d'une espérance de vie qui ne cesse de grimper. Nous avons tous rêver de pouvoir devenir centenaires, des pays comme le Japon étant même devenu des symboles en terme d'espérance de vie. Ce à quoi nous n'avions pas pensé en revanche, c'est à la gestion du cinquième risque autrement dit la dépendance liée à ce vieillissement et à sa prise en charge. Les pays industrialisés subissent une baisse de la natalité criante, par conséquent, les actifs seront de moins en moins nombreux et la pénurie de soignants dans les années à venir va générer des problèmes de santé publique particulièrement lourds pour les pays dits "riches".

La Pauvreté

En 2015, deux milliard d'individus vivent avec moins de 2 dollars par jour. L'Asie du Sud, de l'Est et du Pacifique ainsi que l'Afrique subsaharienne sont les plus concernés par la très grande pauvreté (source : obsvervatoire des inégalités). Malgré le développement économique de certaines régions, les écarts en termes de couverture et d’accessibilité économique des services de santé posent un problème majeur pour les plus pauvres. Le Bangladesh par exemple n'a que 2.2 infirmiers et/ou sage femmes pour 10 000 habitants, le Niger n'en a que 1.4 et la Somalie 1.1. Ces pays manquent cruellement de services de base donc de personnels soignants. Les soins étant gérés pour beaucoup par des organisations humanitaires, le personnel local qualifié préférent pour des raisons économiques ou sécuritaires, émigrer vers les pays industrialisés. Par exemple, selon les estimations de  l'Unicef, il faudra recruter près de 860 000 soignants supplémentaires d’ici à 2015 en Afrique, dont plus de la moitié sera chargée de promouvoir la santé et la nutrition, pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Selon le Centre de recherches pour le développement international, parrainé par le Gouvernement canadien, les pays en développement investissent près de 500 millions de dollars chaque année dans la formation de professionnels de la santé qui sont ensuite recrutés à l’étranger et quittent leur pays, ce qui revient à subventionner les systèmes de santé de pays plus riches. On estime aujourd’hui que  1 infirmier/infirmière sur 20 formés en Afrique travaille dans les 30 pays les plus industrialisés de la planète. La raison évidente étant le besoin de main d'oeuvre dans les pays riches pour faire face à la baisse des actifs et à l'augmentation des besoins liées au vieillissement des populations.

La Guerre et les Conflits

Les soignants quittent parfois bien malgré eux leurs pays d'origine laissant la place à des organisations humanitaires. Les guerres, les conflits larvés ou enkystés comme par exemple au Soudan ou en République Démocratique du Congo font fuir les populations pour des motifs sécuritaires. Les structures sont souvent démolies par les bombardements et difficilement exploitables  du fait du manque d'eau, d'électricité ou de réseau...). Les femmes et les hommes qui le peuvent préfèrent abandonner leurs biens, leurs cultures et leurs modes de vie pour échapper à la peur de mourir sous une bombe et voir grandir leurs enfants.

 

Le Vieillissement des populations et ses Conséquences

En ce début de XXIème siècle, les personnes âgées sont environ 600 millions dans le monde, soit trois fois plus qu'il y a 50 ans. Vers 2050, elles devraient être quelques 2 milliards soit une multiplication par trois en 50 ans. La  population mondiale des personnes âgées croît au rythme de 2 % par an.

La population vieillit dans les pays industrialisés, le nombre d'inactifs augmente, y compris dans le secteur des soins de santé et de l'aide aux personnes. Le nombre de jeunes diminuent et génèrent des problèmes pour garantir  une main-d'œuvre suffisante sur le marché de l'emploi. Certaines professions se retrouveront ainsi en pénurie. C'est le cas du personnel infirmier.

L’Office européen de statistiques (Eurostat) annonce que la population résidant en Belgique passera de 11 millions à près de 13,5 millions d’ici à 2060. À ce moment-là, les personnes de plus de 65 ans représenteront près de 25% de la population. Ce vieillissement posera des défis inédits sur le marché du travail mais aussi dans le secteur de la santé.(Migrations Magazine)

L'Allemagne a besoin d'environ deux cent mille immigrés de plus par an pour compenser son déclin démographique et soutenir sa croissance, estime la Bundesbank, la banque centrale allemande, dans son rapport mensuel, publié lundi 23 avril 2012. L'Allemagne a déjà  retardé l'âge du départ à la retraite à 67 ans et s'efforce d'attirer de plus en plus d'immigrés, notamment des travailleurs qualifiés, comme des ingénieurs, des informaticiens ou des infirmiers.
(lemonde.fr). Le système de santé allemand recrute depuis des années des personnels soignants venus d’Europe de l’est. Le phénomène prend une nouvelle ampleur avec le manque toujours plus criant de main d’œuvre dans le secteur. Selon les chiffres de l’agence pour l’emploi allemande, un poste d’infirmier reste vacant en moyenne 15 semaines, plus de trois mois et demi, avant de trouver preneur.

Le Japon, en plein pénurie de soignants, recrute des infirmiers et des aides-soignants originaires d’Indonésie et des Philippines. En 2004, Tokyo signe un accord d'échange avec Manille : des autos contre ...........des infirmières (oui, je sais, c'est extraordinaire d'être assimilié à une Toyota, moi ça me fait vraiment kiffer !) Le Japon accepte d'ouvrir son marché de l'emploi à «plusieurs milliers» d'infirmières philippines, selon le Philippine Daily Inquire. En échange de quoi Manille promet de déréguler son marché automobile et de supprimer les barrières à l'importation des autos des constructeurs japonais. Ben voilà, l'humain comme monnaie d'échange dans un pays, comment dit-on déjà ??? Ah oui E.G.A.L.I.T.A.I.R.E... !!!

L'immigration Positive

 

Oui, je sais, je copie Sarko et sa discrimination positive sauf que dans son cas, les deux termes employés sont à mon sens plus qu'antinomiques, mais bon c'était Sarko...) Revenons à notre sujet !

L'immigration, quoiqu'on en pense et tant pis pour les grincheux, est sans doute la solution pour garder une population constante comme en Allemagne par exemple où le taux de fécondité est extrêmement bas. L'économie a, elle aussi besoin des migrants pour maintenir son dynamisme. La prise en charge du 5ème risque chez les personnes âgées mobilisera de plus en plus de personnels soignants. Il est impératif de mettre en place des actions afin de ne pas se retrouver à l'instar du Japon avec une population âgée dont on ne peut plus s'occuper faute d'anticipation (les structures d'accueil font cruellement défaut, le métier de soignants n'attire plus et souffre de pénurie, le nombre de  patients atteints de la maladie d'Alzheimer est en forte croissance, les cas d'abandons de personnes âgées livrées à elles mêmes ne sont pas rares et par effet rebond, la maltraitance progresse de façon vertigineuse ...)

Moralité : Mélangeons-nous, travaillons ensemble, nous n'en serons que plus riches, plus tolérants et plus aptes à cohabiter et à partager notre bien commun à tous : la terre.

 La Seringue;