Comment décidons-nous de ce que nous sommes ? Lorsque nous répondons à la question « Qui suis-je ? », nous pouvons répondre de différentes manières : « infirmière, footballeur, épouse, célibataire, guitariste, mère, natif d'Alger ou de Meulun, grand, petit, original, extraverti, drôle, timide… ». Cette liste démontre qu’il existe différents types de processus de définition de Soi, c’est-à-dire différentes façons de se définir.

le Soi contiendrait une variété de représentations. Les représentations de Soi seraient cognitives et/ou affectives et correspondraient a des auto-évaluations positives et négatives . Elles représenteraient le Soi dans le passé et le futur aussi bien que dans l’ici et maintenant ; elles seraient ainsi des représentations du Soi actuel et du Soi possible. Certaines seraient organisées dans des structures contenant à la fois une base de connaissances bien élaborées et des règles de production pour savoir comment se comporter dans certains types de situations. D’autres conceptions seraient plus provisoires, construites sur le lieu d’une interaction sociale particulière comme il s’en trouve au lieu du travail tel l’hôpital, ou toute autre institution médicale.

La recherche actuelle sur le Soi s’intéresse à la façon dont nous nous définissons (concept de Soi), nous nous évaluons (estime de Soi), et nous « nous présentons » à autrui aussi bien qu’à nous-mêmes (présentation de Soi).

Chaque infirmier a un large répertoire de représentations de Soi. L’univers des représentations de Soi inclut les bons Soi, les mauvais Soi, les Soi passés, les Soi idéaux, les Soi espérés, et, très important, les Soi possibles à la fois espérés et craints.

En résumé, le Soi a trois composantes : la cognitive (concept de soi), l'affective (l'estime de soi) et la comportementale (représentation de soi)

Le concept de Soi : Comment les infirmières décident de ce qu’elles sont. Les feed-back des autres infirmières, l’attention prêtée aux caractéristiques qui distinguent d’autrui, et les rôles sociaux semblent tous jouer un rôle dans le concept de Soi.

L’estime de Soi : Comment les infirmières s’évaluent sur la base de leurs autoconceptions. Les infirmières montrent généralement un biais d’autocomplaisance dans leurs évaluations, et préfèrent se comparer à autrui sur des dimensions où elles sont tout particulièrement douées.

La présentation de Soi : les efforts que nous faisons pour contrôler l’impression que nous allons donner. Il semble que le infirmières pratiquent une humilité publique tout en s’autovalorisant en privé.

La pratique des soins, comme toute pratique professionnelle, est un moyen de nous assurer la considération d’autrui. D’où il ressort ce point important dans la profession : attirer l’attention sur Soi, c’est vouloir se sentir compétant dans l’exercice professionnel. le professionnel infirmier a besoin de l’opinion des autres (ses semblables et les patients) pour se forger une identité. Bref, pour se donner un rôle. La source de tout jugement est donc dans la référence à autrui.

Les motifs les plus puissants au travail ne sont ni le plaisir, l’intérêt, l’avidité, ni la générosité, l’amour de l’humanité ou le sacrifice de Soi, mais le désir de gloire et de considération, la honte (définie comme le fossé qui sépare la manière dont je devrais apparaître socialement et mon apparence réelle) et la culpabilité ( le fossé qui sépare ce que je fais et ce que je devrais faire), la crainte du manque d’estime, le besoin de reconnaissance, l’appel au regard d’autrui. De ce point de vue, le rôle apparaît comme un instrument de reconnaissance de sa valeur qui ne peut venir à la professionnelle que du regard d’autrui. Le rôle est le biais par lequel passent l’attention et la considération. Soulignons cependant que se faire reconnaître, c’est s’imposer. Ainsi l’idée de reconnaissance se retrouve indéfectiblement attachée à celle de la lutte pour le pouvoir (le pouvoir de fait ou compétence), car cette reconnaissance est celle d’une valeur synonyme d’approbation, d’éloge, d’admiration. La reconnaissance par le regard d’autrui n’est ni morale (générosité) ni immorale (vanité), elle est nécessaire.

(Source : Sciences humaines, Webster University - Genève)

Alors, on redresse la tête, on se tient droit dans ses bottes, et on se bat, nom de diou !

La Seringue.