Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre...

Chère Madame,

C'est bien malgré moi que je m'adresse encore à vous aujourd'hui, Madame la Ministre. "Encore" est un reproche dit-on ! Cependant, la portée  de ce mot est bien faible en regard de mon amertume et de mon écoeurement face à la surdité chronique dont vous faites preuve lorsque nous sollicitons votre bienveillance, à défaut de votre aide.

Mes petite bafouilles à votre intention tendent à devenir des habitudes dont je me passerais bien. Pourtant, je ne peux me résoudre à me taire devant votre inertie.

Deux suicides de plus dans la profession en cette fin de mois d'août qui viennent s'ajouter aux trois autres dont nous avons déjà parlé. Cinq actes irréparables en trois mois qui ne surprennent pourtant personne parmi les soignants. Triste été 2016...

La sonnette d'alarme a été tirée, il y a déjà longtemps, Madame la Ministre. Vous ne pourrez pas prétendre que vous ne saviez pas, que vous n'étiez pas avertie et, en tant que Ministre de la Santé, vous avez également votre part de responsabilité.

Les soignants vont mal, ce n'est pas une nouveauté. Ils n'ont eu de cesse de vous parler de leurs difficultés, des manques d'effectifs, des agressions, de leur charge de travail qui croît en même temps que leurs responsabilités, de leur non-reconnaissance, de leur solitude, de leur peur de l'avenir... Ils s'égosillent à vous clamer cela depuis tant de mois. Mais il semble qu'ils prêchent dans le désert ou que les portes de votre ministère soient si feutrées qu'aucun cri ne vous parvienne. Pratiqueriez-vous la politique de l'autruche ?

Qui, Madame la Ministre, mieux que vos soignants, peut faire le constat du mal-être de leur profession ? Chacun d'eux côtoie les affres de la dépression toute l'année. L'hôpital, la maladie, la vieillesse font partie du creuset dont elle se nourrit. Beaucoup de patients en sont victimes. Les professionnels de santé en maîtrisent donc les symptômes. Ils connaissent sa douleur. Ils la sentent poindre son oeil parfois longtemps avant qu'elle ne survienne. Elle fait partie de leur quotidien. Aussi, lorsque les soignants vous affirment qu'ils vont mal, il y a lieu de s'alerter.

En bonne politicienne que vous êtes, vous avez besoin de statistiques, de chiffres, de graphiques, de sondages pour prendre le pouls de la situation. De nombreuses études ont déjà été menées sur l'épuisement professionnel chez les soignants, elles confirment toutes la gravité de la situation. Il serait donc temps de passer au volet 2, à savoir, des actions. Ou êtes-vous prête à sacrifier des vies humaines pour atteindre vos objectifs ?

Chacun sait que votre mission est de faire des économies quel qu'en soit le prix. Vous marchez aujourd'hui sur des cadavres. Il ne suffit pas de visiter des hôpitaux, de donner quelques poignées de main ou de faire passer une échographie à distance comme vous l'avez fait en mai 2015 pour devenir soignant et rentrer dans sa peau. L'empathie et la bienveillance vous manquent d'ailleurs, Madame la Ministre, pour enfiler ce costume. Votre silence face à cette triste actualité en est d'ailleurs la preuve.

J'ose espérer que nous vous oublierions très vite, à moins que vous ne deveniez le symbole de notre révolte ou mieux, de notre révolution. “Si le sourd n’a pas entendu le tonnerre, il verra bien la pluie.” Proverbe Malinké.

Je ne vous salue pas bien évidemment...

La Seringue.

 

 

http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre-et-Loire/Actualite/Sante/n/Contenus/Articles/2015/05/29/La-ministre-de-la-Sante-fait-passer-une-echographie-a-distance-2346025