Les Trente Glorieuses !

Il y a un peu plus de 70 ans naissait  ta grand-mère la sécurité sociale. L'enfant était joufflue et potelée. Elle respirait la vie à pleins poumons, armée pour affronter les affres de l'existence. Elle était remplie de promesses quant à son devenir. Et toi, tu bénissais ce jour tant attendu où pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, tu ne craindrais plus pour ta santé et ton avenir. Enfin, ton épouse ne mourrait plus en couches. Enfin, tes enfants pourraient grandir sans crainte. Enfin, tes parents âgés auraient la certitude de finir leurs jours heureux. Il n'était plus question de charité chrétienne ou de solidarité familiale pour suppléer aux accidents de la vie. Grâce à tes cotisations, tu allais enfin prendre une part active à la protection de ta santé mais également à celle de presque 40 millions de citoyens. Quel élan solidaire !

En 1946, le préambule de la Constitution te reconnaît  des droits. La loi garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Elle établit que tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence. Et toi, tu applaudis cet élan égalitaire et fraternel. L'article premier de la Déclaration des droits de l'homme, "les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits" prend enfin tout son sens. Des hommes et des femmes ne seront donc pas morts pour rien en 1789.

Après six années de guerre, la protection de la famille devient une priorité nationale. Ce n'est pas tout à fait le jardin d'Éden mais les acquis sociaux qui progressent de manière prodigieuse subsisteront durant toute la période dorée des trente glorieuses. Ainsi, le congé de maternité de douze semaines est indemnisé à 50 % et devient obligatoire en 1946. Il passera à 14 semaines en 1966 puis à 16 semaines en 1980. Les allocations familiales sont étendues à pratiquement toute la population. Les accidents du travail sont reconnus et intégrés dans la Sécurité sociale. Les accidents de trajet sont considérés comme des accidents du travail. L'âge de la retraite à taux plein est fixé à 65 ans.

Bien sûr, les cotisations salariales et patronales voient très vite leurs montants doubler. Cependant, les retombées en terme d'avancées sociales ne se font pas attendre et la qualité des prises en charge ne cessent de s'améliorer. La mutualisation des cotisations sociales permet non seulement d'assumer les risques pour chaque individu mais également de financer la création des centres hospitaliers universitaires. Malgré quelques inégalités, les résultats sont tout de même notables en matière de santé publique

Un Demi Siècle de Déficit !

Hélas, le choc pétrolier de 1973 signera le début de la récession économique et, avec elle, la fin des trente glorieuses. A partir de 1975, la croissance tombe à moins de 2 % et le trou de la sécurité sociale commence alors à se creuser. De plan de financement en plan de financement, de création d'impôt en création de taxe, les français sont de plus en plus sollicités financièrement.

Ainsi, la part échue au citoyen augmentent-elle au fur et à mesure que les  prestations prises en charge par l'Assurance maladie diminuent. Par exemple, les vignettes bleues, blanches ou oranges limiteront le taux de remboursement des certains médicaments jusqu'à leur suppression en 2012, date à laquelle elles sont remplacées par un code de traçabilité "Datamatrix"; ou encore le forfait hospitalier, créé en 1983 dans le but de régler une partie des frais "hôteliers" liés à l'hospitalisation.

 

La Santé : c'est l'affaire de Tous !

Plus encore que la santé, le droit à la santé est une affaire qui nous concerne tous. Avoir accès à des soins de qualité devrait être un droit fondamental pour chaque citoyen. Pourtant, ce droit est aujourd'hui mis à mal pour des raisons purement économiques. Efficacité et sécurité sont supplantées par efficience et management. Restrictions budgétaires, fermetures de service, de cliniques ou d'hôpitaux de  province, déserts médicaux, compression du personnel, burn-out des soignants sont à l'ordre du jour depuis déjà quelques années.

L'ubérisation de la santé est en marche et les voix des professionnels de santé qui dénoncent cette situation ne semblent pas préoccuper les pouvoirs publics. Malmenées, les équipes soignantes se retrouvent souvent écartelées entre un devoir de soigner toujours mieux et une injonction de le faire avec toujours moins de moyens.

Nous sommes plus d'un milliion de professionnels de santé dans ce pays. Nous sommes des milliers à manifester régulièrement notre mécontentement. Nous sommes des milliers qui travaillons dans des conditions de plus en plus difficiles, voire parfois même dangereuses, pour nous et surtout pour les patients. Nous sommes des milliers de cris, d'alertes, de protestations ou de larmes qui s'élèvent chaque fois qu'il y a un mouvement social. Nous sommes autant de cris, d'alertes, de protestations ou de larmes qui n'ont que peu d'écho dans les bureaux ouatés du ministère de la santé.

Vous êtes un peu plus de 66 millions de personnes concernées par cette prise d'otage de votre santé à des fins économiques. Vous êtes des millions de cotisants à qui l'on demande toujours plus de sacrifices au nom du bien commun. Vous êtes des millions à ressentir le poids du désengagement de l'État. Vous êtes des millions à payer des assurances complémentaires chaque année plus coûteuses. Vous êtes un peu plus de 26 millions à renoncer à vous soigner pour des raisons économiques. Vous êtes un peu plus de 12 millions de retraités à avoir cotisé toute une vie pour une retraite et une vie décente.

Vous ou l'un de vos proches êtes patient ou le serez un jour.  Vous êtes les premiers concernés par la dégradation du système de santé de ce pays. Vous êtes les voix qui porteront parce que vous êtes un tout. Vous seuls, avez les clés de votre destin en matière de santé. Cher patient, tu ne le sais peut-être pas mais la balle est dans ton camp...

La Seringue.

 

https://www.generali.fr/dossier/definition-csg-securite-sociale/

http://www.la-croix.com/Archives/1998-12-04/Faut-il-revoir-le-conge-maternite-Un-siecle-de-debats-sur-le-travail-et-le-repos-des-meres-Avec-les-theories-natalistes-du-debut-du-siecle-et-l-extension-du-travail-des-femmes-s-est-developpee-l-idee-du-conge-maternite-un-sujet-regulierement-en-debat-au-Parlement-depuis-plus-d-un-siecle-_NP_-1998-12-04-464218

http://www.rosa-lux.fr/bernard-friot-histoire-enjeu-securite-sociale-cotisations/

http://fresques.ina.fr/securite-sociale/parcours/0003/le-financement-de-la-securite-sociale.html#anchor3

http://www.ldh-paris-14-6.org/spip.php?article200

http://www.francetvinfo.fr/economie/menages/sante-ces-francais-qui-renoncent-a-se-soigner-faute-de-budget_1465939.html