Business is business !

 La santé, c'est le nouveau gâteau que toute une élite a décidé de se partager. Après avoir pillé les ressources dans les pays en voie de développement, après avoir fait main basse sur le marché des semences, des pesticides, insecticides et autres produits phytosanitaires menaçant la biodiversité, après avoir sacrifié des millions d'hectares au nom de l'or, du pétrole ou de l'huile de palme, après avoir spolié l'eau ou la terre de millions d'individus, après avoir exploité des millions de travailleurs y compris des enfants, les voici donc de retour, plus vaillants, plus riches et déterminés que jamais, pour s'emparer de ce dinosaure moribond qu'est l'assurance maladie. Mutuelles, assureurs et banquiers sont sur les starting-blocks, prêts à phagocyter l'un des derniers bastions susceptibles de rapporter des bénéfices ou des dividendes et ce, au mépris le plus royal de la santé du citoyen.

Depuis quelques temps déjà donc, il flotte dans l'air  comme un doux parfum d'oseille sur le secteur de la santé. Ces vapeurs enivrantes attisent toutes les convoitises. Selon une étude de la direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques(DREES), le gâteau gargantuesque que constituait la Consommation de Soins et de Biens Médicaux (CSBM) en France représentait un joli pactole de 194.6 milliards d'euros soit une dépense de près de 2900 euros par an et par habitant pour l'année 2015. A titre de comparaison, un smicard gagne 1 139,81 euros net par mois en 2017...Rappelons également que le budget des dépenses publiques s'élevait à 1 151 milliards d'euros en 2015.

La même année et toujours selon la Drees, la consommation de Soins et de Biens Médicaux était financée à hauteur de 76.8 % par la Sécurité sociale. La part remboursée par les organismes complémentaires (mutuelles, assurances, prévoyance), en légère baisse depuis deux ans, s'élèvait à 13.3 %. La part qui incombe aux ménages atteignait, quant à elle, 8.4 %. La Drees note, à ce propos, une baisse régulière de ce reste à charge pour la quatrième année consécutive. Elle omet toutefois de mentionner que les assurances complémentaires n'ont cessé d'augmenter le montant de leurs cotisations au fil des ans. Les dépenses de santé, n'en déplaise aux statistiques, ont flambé ces dernières années. Ainsi, selon une étude de la Fédération nationale indépendante des mutuelles publiée en 2016, 37 % des français renonceraient à se soigner pour des raisons économiques.

La santé semble être devenue aujourd'hui un enjeu économique de taille. La vision d'un monde où l'État garantirait le bien-être de chaque citoyen paraît de plus en plus surannée. Pourtant, de nouvelles taxations ont été créées afin de résorber le trou abyssal généré par la Sécurité sociale. La vignette automobile créée en 1956 et supprimée en 2000, devait garantir un revenu minimum à toutes les personnes âgées de plus de 65 ans. Dès 1973, le produit de la vignette n'est plus affecté à son usage premier mais versé directement sur le budget de l'État. Les sommes allouées aux personnes âgées deviennent vite inférieures aux montants perçus par cet impôt. La Contribution Sociale Généralisée (CSG), créée en 1991, génère des sommes faramineuses. Un peu plus de 91 milliards d'euros ont été collecté en 2013 grâce à cet impôt prélevé à la source. La CSG représente plus des deux tiers des impôts et taxes affectés à la protection sociale. La Contribution pour le Remboursement de la Dette Sociale (CRDS) est un impôt créé en 1996. Elle est affectée exclusivement à la Caisse d’amortissement de la dette sociale (CADES). Son objectif est de combler la dette des organismes de Sécurité sociale d'ici à 2025. Elle a rapporté 6.6 milliards d'euros à l'État en 2012.

Les citoyens sont ainsi de plus en plus mis à contribution pour relever un système qui menace chaque jour un peu plus de s'effondrer. "Touche pas à ma santé" ou plutôt "Paye et tais-toi" car s'il est bien un domaine où l'on ne joue pas, c'est bien celui de l'état sanitaire d'un pays. Peu d'individus rechignent donc à sacrifier quelques deniers pour éviter que le bâteau ne coule. Pourtant, la qualité des prises en charge se dégradent et les remboursement des soins se réduisent comme peau de chagrin.

Mais qu'à cela ne tienne, les assurance complémentaires sont sur le pied de guerre pour faire face...Là encore, il faut mettre la main au porte-monnaie pour avoir la garantie d'être convenablement assuré. De la complémentaire santé collective obligatoire pour chaque salarié  en passant par la couverture individuelle ou les surmutuelles, l'offre de paniers de soins est variée. Aussi, le marché semble-t-il juteux pour les mutuelles santé, assurances et autres bancassurances. Vous avez dit médecine à deux vitesses ?

Et les Assurances Complémentaires dans tout ça ?

Admettons-le, les parts du gâteau sont déjà attribuées. La Sécurité sociale se désengage progressivement de certaines de ses missions. La prise en charge des dépenses de santé des assurés et la garantie de l’accès aux soins ont pris du plomb dans l'aile. Certains remboursements ont été revus à la baisse ou ont tout simplement été supprimés. C'est le cas, par exemple, des médicaments à vignette orange qui sont entièrement déremboursés depuis le 1er janvier 2017. Le Contrat d'Accès aux Soins (CAS) mis en place par Madame Touraine en 2013 rencontre, quant à lui, peu de succès auprès des praticiens. Sa vocation est de permettre une amélioration de l'accès aux soins par une limitation des dépassements d'honoraires. Cependant, les dépassements d'honoraires sont moins bien remboursés par l'assurance complémentaire pour le patient qui consulte un praticien non adhérent au CAS.  Le patient est, au final, l'otage sinon le grand perdant de ce dispositif. En effet, chacun connait la difficulté actuelle et les délais d'attente pour avoir un rendez-vous chez un spécialiste. Consulter est aujourd'hui un non choix pour bon nombre de patients. Rappelons qu'il y a pénurie de médecins dans certaines régions... La santé a dorénavant un prix, celui du marché des assurances complémentaires !

Mutuelles, assurances et banques se partagent le marché de l'assurance complémentaire qui a généré 33 milliards d'euros de cotisations dont 228 millions d'excédents en 2013.

Une mutuelle ou assurance santé est, selon la définition du code de la mutualité, une personne morale de droit privé à but non lucratif. Les mutuelles sont des sociétés de personnes organisant la solidarité entre leurs membres, et dont les fonds proviennent principalement des cotisatiions de ces mêmes membres. Elles ont vocation à être sans objet de bénéfice et assure à ce titre un rôle avant tout social. Depuis janvier 2016, toutes les entreprises doivent proposer à leurs salariés une complémentaire santé dont elles doivent payer les cotisations à hauteur, au minimum, de 50 %.

Depuis 2006, le nombre de mutuelles  a chuté de 40 %. La concurrence a eu raison des petites sociétés mutualistes qui n'ont pas eu d'autres choix que de fusionner ou de se regrouper quand elles n'ont pas tout simplement disparu ou été absorbées. Les grands groupes qui dominent le marché aujourd'hui peuvent ainsi faire la pluie et le beau temps en matière de contrats puisqu'ils sont une poignée à se partager le marché. A titre d'exemple, Harmonie mutuelle, première au palmarès de l'assurance complémentaire, est le résultat de la fusion de cinq mutuelles (les mutuelles régionales Prévadiès, Harmonie mutualité, Mutuelle existence, Santévie, Sphéria Val de France). Ce géant couvrait  4,5 millions de bénéficiaires  en  2012 et représentait  2,3 milliards de cotisations. Elle engrange, à elle seule, 7,5% de l'ensemble des cotisations santé du marché français. Des tractations sont actuellement en cours pour fusionner avec la Mutuelle Générale de l'Education Nationale (MGEN), un autre colosse de la complémentaire santé. Entre géants, il semblerait que l'on se comprenne... au dépens du panier de soins qui risque de subir des profonds changements au détriment du consommateur.

Selon la Mutualité Française, il y avait 426 mutuelles en France en 2015 soit deux fois moins qu'en 2008. Elles occupaient 53 % des parts du marché de la complémentaire santé devant les assureurs qui en détenaient 28 % et les institutions de prévoyance qui en avaient 19 %.

Selon que vous soyez puissant ou misérable...

Business is business...

La Seringue.

 

https://www.lesechos.fr/22/01/2015/lesechos.fr/0204101512073_la-creation-d-un-geant-de-l-assurance-de-personnes-en-france-en-bonne-voie.htm

http://drees.social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/cns2016.pdf

http://tempsreel.nouvelobs.com/en-direct/a-chaud/30683-sante-francais-recemment-renonce-soigner-raisons-economiques.html

http://www.groupemutuelle.com/mon-actualite-sante/actualite/mutuelle/attention-les-mutuelles-disparaissent

https://www.mutualite.fr/presse/nouveau-code-de-la-mutualite/

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-157106-medecine-le-marche-de-dupes-du-contrat-dacces-aux-soins-1223113.php

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/04/02/20002-20150402ARTFIG00011-complementaires-sante-le-grand-chantier.php

http://drees.social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/er919.pdf

http://www.argusdelassurance.com/acteurs/mutuelles-de-sante-ip/complementaire-sante-avant-la-generalisation-deja-un-essor-des-contrats-collectifs.104157

https://www.lesechos-etudes.fr/etudes/banque-assurance/assu_sante_complementaire/

https://www.google.fr/search?q=harmonie+mutuelle+g%C3%A9ant+&ie=utf-8&oe=utf-8&client=firefox-b&gfe_rd=cr&ei=hpshWbGYAYOw8wfByK3ACA

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/20120830trib000717003/harmonie-mutuelle-un-geant-de-l-assurance-sante-est-ne.html

http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/finances-publiques/protection-sociale/financement/qu-est-ce-que-csg.html

http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/finances-publiques/protection-sociale/financement/qu-est-ce-que-crds.html