La Communauté des Invisibles !

Chaque jour, nous sommes plus de 110 000 infirmiers libéraux à parcourir les routes de France. Chaque jour, nous marchons dans les rues et les ruelles, nous montons et descendons des escaliers. Nous apparaissons au détour de chemins de campagne. Nous peinons à nous frayer un passage dans des zones embouteillées. Lors de ces périples quotidiens, nous rencontrons des dizaines de patients et nous croisons un nombre tout aussi important de bien portants qui, peut-être un jour,  pourraient avoir besoin de nous. Dans ces labyrinthes où vivent et circulent les humains, nous sommes cependant invisibles ou presque aux yeux de ceux que nous côtoyons. Contrairement à d'autres professions elles-aussi réglementées comme peuvent l'être les services de soins infirmiers à domicile (Ssiad) ou les structures d'hospitalisation à domicile (Had), nous sommes tenus de respecter certaines règles assez contraignantes qui nuisent à toutes envies de visibilité.

L'infirmier libéral est et demeure le digne descendant des religieuses qui l'ont précédé. Il est donc discret, sobre et son mode d'exercice ne souffre d'aucune ostentation. A commencer par la plaque professionnelle apposée sur la devanture de son cabinet qui, en vertu de l'Article R4312-37 du Code de la Santé Publique, ne doit pas excéder 25 cm x 30 cm.

De même, la publicité  lui reste interdite, point de logo donc, point de spot radio ou d'affiches vantant ses mérites... L'infirmier libéral est un austère qui exerce de façon monacale. A peine a-t-il droit à deux misérables parutions dans la presse lors de son installation (article R. 4312 – 37 alinéa 3 du Code de la Santé publique) où, coincé entre la rubrique des chiens écrasés et les avis de décès, il peine à se faire connaître.

Il a toutefois l'autorisation de distribuer des cartes de visite aux patients. Petit bémol, seuls ceux qui le connaissent déjà peuvent bénéficier de cette énorme propagande. On songe immédiatement à tous ceux qui restent, ces inconnus qui pourraient un jour avoir besoin de ses services... La parcimonie est donc également de rigueur sur ce sujet. Point d'élans de générosité, point de distribution intempestive, réserve et austérité sont toujours de mise...

Les portes de la toile lui sont également à demi-ouvertes puisque l'ouverture d'un site internet est soumise à des règles strictes qui sont à peu près les mêmes que celles qui régissent les cartes de visite ou les plaques professionnelles, à savoir la mention des nom, prénoms, titres, diplômes et, le cas échéant, lieu de délivrance, certificats ou attestations reconnus par le ministre chargé de la santé, adresse et téléphone professionnels et horaires d’activité (article R. 4312 – 37 du Code de la Santé Publique).

L'infirmier libéral est donc cantonné à un statut de travailleur laborieux, exclu d'un monde où communiquer, se faire connaître et étoffer son réseau sont des atouts primordiaux pour atteindre de nouveaux patients.

Fais-toi Remarquer !

Tu en as marre de voir passer des voitures Had ou Ssiad couvertes de slogans publicitaires auxquels tu n'as pas droit ? Tu pestes de ne pas avoir les moyens de lutter contre cette marée qui est  en train de t'avaler ? Tu ne veux plus être invisible et pourtant, tu veux rester dans la légalité ? Alors suis-moi, je pense que mon idée pourrait peut-être t'intéresser...

Ferme les yeux et imagine 110 000 infirmiers libéraux reconnaissables, 110 000 professionnels unis sous le même étendard, 110 000 soignants qui adopteraient tous ensemble une même couleur et le meme slogan, 110 000 individus qui, rassemblés sous la même bannière deviendraient enfin visibles et représenteraient ainsi une force.

Ce concept, basé sur le port de l'uniforme, a pour avantage de retenir l'attention, de susciter l'intérêt et de permettre une meilleure reconnaissance. Quand je parle d'uniforme, ce peut être n'importe quel attribut qui peut aller de la blouse au tee-shirt en passant par la parka, la doudoune ou la simple casquette... Bref, tout vêtement qui peut faire de toi un object sexuel publicitaire reconnaissable entre mille. Adopter cet habillement, non comme vêtement de travail mais comme simple panneau de signalisation pourrait te permettre de gagner en visibilité et te faire rencontrer de potentiels patients au gré de ta tournée.

Certes, la loi t'empêche de faire de la publicité mais rien ne s'oppose à ce que tu te signalises comme le font les pompiers ou le personnel du Samu. L'idée serait que chaque infirmier libéral soit facilement identifiable non comme monsieur X ou madame Y exerçant la profession d'infirmier libéral à Tataouilles-les-Bains mais comme un membre d'une corporation reconnaissable et identifiable par la mention "infirmier libéral" apposée sur le dos de son vêtement ou/et bien en vue sur sa poitrine. Ces deux petits mots mis bout à bout, ces deux petits mots qui font ce que nous sommes, qui représentent nos choix et notre amour pour ce métier pourraient bien changer les choses.

En effet, cette inscription simple permettrait de respecter les principes de liberté de choix du patient (articles L. 1110-8 et R.4312-74 du Code le la Santé Publique), de confraternité entre infirmiers ((article R. 4312-25) et de prohibition de détournement de clientèle (articles R. 4312-61 et R.4312) puisque tous les infirmiers libéraux seraient logés à la même enseigne. La possibilité d'ajouter le numéro du département d'exercice est à vérifier...

Cette proposition ne vise certes pas à promouvoir le retour de l'uniforme. Il faut la considérer non seulement comme un moyen simple d'être reconnu comme une catégorie professionnelle à part entière mais également comme un outil capable de biaiser une législation qui, avec l'arrivée des nombreuses structures de soins sur le marché, nous porte aujourd'hui préjudice.

Des nombreux sites comme https://www.objetrama.fr ou https://www.mesobjetspublicitaires.com/ et beaucoup d'autres encore offrent la possibilité de customiser des objets divers et variés à des prix très abordables. Des sites de vêtements professionnels proposent également de personnaliser vos blouses. Le magnifique gilet de sécurité qui dort dans notre coffre de voiture et qui plaît tant à Karl Lagerfeld peut lui-aussi être customisé.  Avoue qu'en jaune fluo, on ne pourrait pas te rater... et songe au plaisir de pouvoir enfin faire la nique aux Had et consorts avec les moyens du bord...

Si tu veux exister, fais-toi remarquer !

Et vous, que pensez-vous de cette idée ?

La Seringue.

https://www.ordre-infirmiers.fr/assets/files/000/Fiches_juridiques/52689_ONI_FICHE_A4_Publicit%C3%A9%203V_web.pdf