Météo des Plages !

Demain, sur tout l'hexagone, la révolte des infirmiers sera agitée à peu agitée avec des vents de force 3. Le temps sera nuageux dans l'ensemble. Le taux de précipitation à agir sera comme à l'accoutumée très faible. Les turbulences annoncées se disseperont très tôt dans l'après-midi et viendront mourir sur le pavé dans la soirée. Les températures resteront fraîches pour la saison. Aucune amélioration n'est à prévoir dans les jours à venir.

Il semblerait que nos indignations, telle la houle, vont et viennent au gré des courants...se soulèvent et tourbillonnent puis, brisées par le ressac disparaissent sur la grève dans une ultime expiration.

L'indignation, ce premier pas qui peut mener à l'engagement, ne dure souvent pas plus que ce que vivent les roses, l'espace d'un matin (Merci Malherbe...). L'indignation est pourtant de tous les combats, de toutes les luttes. Elle se repaît de chaque exaction, elle s'abreuve de l'agneau qu'on égorge, elle se remplit de l'enfant affamé, elle se goinfre de bombes et de charniers. Elle dîne à la table des sept péchés capitaux et s'enivre de toutes les opinions et de tous les discours... Pourtant, elle n'a, le plus souvent, pas d'autres effets que la démonstration d'un sentiment de colère qui donne l'absolution à la bien-pensance et aux a-priori.

L'indignation est devenue le grand combat de ceux qui, devant leur écran, tapotent fièvreusement leur clavier et envoient des vilains smileys pour dire, ô combien, ils sont choqués par telle ou telle situation. Nous sommes presque tous les victimes consentantes de ce mode de contestation en version édulcorée qui nous permet de nous absoudre d'aller au-delà de notre simple colère. Un pouce pointé vers le bas, un "Grrr" ou un "waouh" bien envoyé, un emoji suicidaire et l'affaire est empaquetée, au suivant... comme le dit la chanson ! L'indignation est une forte consommatrice d'émotions...Pourtant, sans engagement, elle ne porte pas de fruits et demeure inoffensive. Trop d'indignation tuerait-il l'indignation ?

Stéphane Hessel, écrivain et résistant français, auteur de l'essai "Indignez-vous" paru en 2010, parlait de "la faculté d'indignation et l'engagement qui en est la conséquence". Il serait sans doute très déçu de constater à quel point nous ne cessons de nous indigner sans nous engager. Selon Jean-Louis Bourlanges, homme politique et essayiste français, "L'indignation, c'est ce qui reste du rêve quand on a tout oublié...c'est un extrémisme qui n'a pas les moyens."

 Date Limite de Consommation !

L'indignation est le produit de nos émotions à un instant "T". Elle n'est que le catalyseur de l'engagement qui lui, fait appel à la raison, à des visions et à des projets. L'indignation est, en quelque sorte, la goutte d'eau qui fait déborder le vase, l'engagement étant une action visant à ce qu'il ne déborde plus.

Les réseaux sociaux nous apportent, chaque jour, leurs lots de vidéos, articles, affiches... susceptibles de susciter notre indignation. De dégoût en tristesse, d'abjection en consternation, nous sommes happés par ce flot permanent d'informations faisant appel à nos émotions.

Ce courant ininterrompu nuit à toutes formes d'engagement. Nous ne sommes plus à même de nous focaliser sur une seule information afin de la décortiquer et d'en extraire autre chose que de l'émotion. Nous passons notre temps à butiner de ci, de là, avides de sensations capables de nourrir nos révoltes intérieures, dominés par des émotions qui nous confortent dans le sentiment d'être justes et nous donnent simplement bonne conscience.

Il semblerait donc que nos révoltes soit sujettes à une forme d'obsolescence programmée dans le but inavoué de maintenir le citoyen dans un état émotionnel qui limite sa capacité d'action.

Le terme "obsolescence" vient du latin obsolescens qui signifie "tomber en désuétude, sortir de l'usage, perdre de sa valeur". Il s'utilise en principe pour une objet concret, un bien matériel, une machine.

On appelle obsolescence programmée, les techniques et méthodes utilisées pour réduire artificiellement la durée de vie d'un équipement dans le but d'inciter le consommateur à en acheter un nouveau.

En 1956, Gunther Anders, penseur, journaliste et essayiste, publie "L'obsolescence de l'homme" en deux recueils dans lesquels il développe une théorie selon laquelle l'homme aurait perdu son humanité à la découverte d'Auschwitz, Hiroshima et Nagasaki. Il  y aurait ainsi vu se flétrir ses valeurs, son histoire, son avenir et son espérance. Selon lui, le monde de la technique décide dorénavant de toutes les facettes de ce qui nous reste d'humanité.

Quelques Extraits :

"Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s'y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d'Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l'idée même de révolte ne viendra même plus à l'esprit des hommes."

"Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser."

"L’homme de masse... doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu."

Visionnaire ou paranoïaque Monsieur Anders ?

Extrait de l’obsolescence de l’homme, de Gunther Anders (1956)

 

N'attendez plus, Engagez-vous !

 

La Seringue.

"Indignez-vous !" ISBN : 291193976X  Éditeur : Indigene (15/04/2010)

 https://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=COMM_135_0812

http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/06/09/l-obsolescence-de-l-homme-tome-ii-sur-la-destruction-de-la-vie-a-l-epoque-de-la-troisieme-revolution-industrielle-de-gunther-anders_1533798_3260.html