No Bed Challenge, Hôpital à la Dérive !

IKEA-beds-hero-IIHIHOyez, oyez, bonnes gens, l'hôpital français est moribond ! C'est, assurément, la conclusion que l'on pourrait en tirer à la lecture des nombreux articles parus sur ce sujet depuis plusieurs années. Attentes interminables, manque de lits, pénurie de personnel, faute de moyens, déficit colossal de 1.5 milliard d'euros pour l'année 2017...C'est la dèche la plus totale... Il ne fait décidément pas bon être malade au pays de la Sécurité sociale.  c'est, en tout cas, ce que doivent penser de nombreux citoyens qui ont dû passer par l'épreuve "attente aux urgences" et/ou hospitalisation lors de ces derniers mois. En effet, depuis le début de l'année, ce sont pas moins de 19 000 malades  soit près de 200 par jour, qui n'ont pas eu de chambre ou qui ont dû patienter durant des heures allongés sur un brancard dans un couloir. Ces données collectées auprès d'une centaine d'hôpitaux par les urgentistes du syndicat Samu-Urgences de France sous le nom de "No bed challenge" sont alarmantes puisqu'en dehors des désagréments subis par les patients, le mode "camping" à l'hôpital augmenterait sensiblement le risque de décès de 5 % à 30 % selon le type de pathologies.

Pourtant, malgré les multiples sonnettes d'alarme tirées par les professionnels de santé, malgré les drames qui ont endeuillé certains hôpitaux, il semblerait que nos instances politiques ne soient pas pressées de se rendre au chevet du mourant. Que les revendications portent sur  la fermeture de lits, le manque de personnel ou de moyens, c'est toujours la même litanie qui nous est servie en guise de réponse ; Au programme donc : austérité, économies, plan d'accompagnement de la transformation du système de santé, réformes au bistouri...et inoculation lente d'une forme de culpabilité à vouloir dépenser de l'argent public inutilement...

Infirmières Super Héros !

Nursing-HeroAinsi, Madame Buzyn, Ministre de la santé, en visite au CHU de Rouen début avril, trouve que les hôpitaux ne sont pas très agiles en situation d'épidémies. Elles les voudraient plus "élastiques"... ou comment miser sur le don d'ubiquité des soignants et les presser encore un peu plus...Chose à laquelle les Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT) vont s'employer puisque leur objectif est de "mettre en oeuvre une stratégie de prise en charge commune et graduée du patient dans le but d'assurer une égalité d'accès à des soins sécurisés et de qualité". Ce qui passe par "une mise en commun de fonctions ou par des transferts d'activités". Traduction : les infirmières seront non seulement polyvalentes mais également mobiles dans leur GHT... Ou comment mettre en place une stratégie étendue du bouchage de trous.

Rappelons que les soignants  sont, semble-t-il, les grands méprisés des réformes sociales qui ont eu lieu depuis presque... un siècle. Le droit du travail est gravé dans le marbre et pourtant ...Quel est le corps de métier où l'on demande à ses travailleurs de revenir sur les repos compensateurs ou les congés annuels ? Quelle est la profession qui peut s'offrir plusieurs mois de congés sabbatiques avec des RTT ? Je rectifie. Quelle est la profession où l'on cumule des RTT à ne plus savoir quoi en faire puisque, par manque de personnel, il est impossible de les prendre ? Quelle entreprise permet à ses employés de travailler durant huit  heures  et d'embrayer sur huit de plus dans la même journée parce qu'il n'y a personne pour remplacer les congés maladie ou maternité ?  Quelle entreprise demande à ses employés de faire des heures supplémentaires non rémunérées mais récupérables en RTT qu'il est impossible de prendre pour les mêmes raisons citées plus haut ? Quel degré d'épuisement faudra-t-il pour que tout cela s'arrête ?...

Au CHU de Rouen toujours, Emmanuel Macron répond qu'il faut arrêter de fabriquer de la dette à une infirmière qui dénonce le manque de moyens chronique de l'hôpital . Il ajoute, à ce propos, que ce sont nos enfants qui en supporteront le coût... ou comment jouer avec la culpabilité d'une mère qui entrevoit soudain le futur sombre de sa progéniture.

"1,5 milliard d’euros de déficit (pour les hôpitaux publics en 2017), c’est l’équivalent de 30.000 postes" rappelle Frédéric Valletoux, président de la Fédération  Hospitalière de France. Fait étonnant, le syndicat F.O-Santé dénonçait, il y a quelques jours, un projet émanant de la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) qui préconise un plan d'économie de 1.2 milliard d'euros sur la masse salariale des établissements de santé. Rappelons que notre Président, Emmanuel Macron a déclaré qu'il n'y aura "pas d'économies sur l'hôpital dans ce quinquennat" ...ou comment mentir effrontément !

Soigner l'hôpital !

Il est bon de rappeler que le déficit de 1.5 milliard d'euros des hôpitaux en 2017 est payé par le contribuable. L'argent ne sort pas d'un chapeau puisque ce sont nos impôts et nos cotisations sociales qui tentent de combler ce trou abyssal. Mais d'ailleurs d'où provient ce trou ?

En 2014, la Cour des Comptes alertait sur le triplement de la dette des hôpitaux dont une large partie correspondait à des emprunts dits toxiques. L’encours de dette passait alors de 9,8 milliards d'euros en 2003 à 29,3 milliards d'euros (1,4 % du PIB) en 2012. Les crédits sont dits "toxiques" lorsque la formule de calcul des intérêts risque de conduire à une envolée des taux qui peuvent passer de moins de 4% au départ à plus de 30%. Dans ce type d'emprunt, les taux d'intérêt sont fixés très bas les trois ou cinq premières années puis, passée cette euphorie, les emprunteurs se retrouvent dépendants de la moindre variation du taux de change de telle ou telle monnaie étrangère. Dès 2013-2014, les taux ont commencé à flamber jusqu'à 25 % en moyenne pour atteindre parfois 50 % en 2016.  Les plans Hôpital 2007 et Hôpital 2012 ont incité les établissements à se financer eux-mêmes et à investir pour se moderniser. Attirés par les promesses des banques, de nombreux directeurs d'hôpitaux ont alors signé de bon coeur ces emprunts dits "toxiques" qui les ont mis sur la paille.

Selon Roger Lenglet et Jean-Luc Touly, auteurs du livre "L'armoire est pleine", ces emprunts toxiques contractés par des hôpitaux mais également par des collectivités locales seraient à l'origine d'un scandale de 20 milliards d'euros. Comme dirait notre cher président "Il n'y a pas d'argent magique !"...Je rajouterais "Il n'y a que des banquiers malhonnêtes"...

En 2014, Frédéric Valletoux, Président de la FHF, déclarait que "les sommes en cause et les risques pris par les établissements devant la carence des pouvoirs publics vont très rapidement hypothéquer les ressources à consacrer aux soins et par voie de conséquence leur qualité".

Alors bien sûr, ces seuls emprunts ne sont pas l'unique cause du déficit chronique de l'hôpital public en France aujourd'hui. Cependant, aucune personne engagée dans ces emprunts toxiques n'a eu à rendre de comptes. Qu'ils soient directeurs d'hôpitaux ou banquiers, aucun n'a eu à affronter la justice. Alors oui, "Les déficits publics, c'est beaucoup les banques" comme le disait si justement l'infirmière du  CHU de Rouen qui a répondu à Monsieur Macron lorsqu'il a abordé la question du déficit. En effet, dans ce cas précis, les responsables sont essentiellement les banques et les faits nous révèlent qu'à grands coups de coupes budgétaires pour retrouver un équilibre,  c'est le personnel qui a dû porter le poids de tous ces endettements.
Arrêtons de croire que nous coûtons trop cher !

 

 

La Seringue.

 

 

 

http://www.lepoint.fr/economie/cour-des-comptes-la-dramatique-dette-des-hopitaux-07-02-2018-2192957_28.php

https://www.francetvinfo.fr/sante/hopital/si-l-hopital-vacille-c-est-tout-le-systeme-de-sante-qui-se-casse-la-figure_2520995.html

http://www.europe1.fr/sante/une-etude-devoile-le-classement-des-urgences-les-plus-saturees-de-france-3609353

http://www.leparisien.fr/societe/les-hopitaux-en-surchauffe-trop-de-malades-sur-des-brancards-25-03-2018-7628547.php

https://www.francetvinfo.fr/sante/hopital/agnes-buzyn-souhaite-que-les-hopitaux-actuellement-pas-tres-agiles-soient-elastiques-en-cas-depidemies_2690924.html

https://www.francetvinfo.fr/sante/hopital/video-discussion-tendue-entre-emmanuel-macron-et-des-soignantes-du-chu-de-rouen_2690928.html 

https://www.profilmedecin.fr/contenu/dossier-special-ght/

https://www.ouest-france.fr/sante/hopitaux-fo-sante-denonce-un-plan-d-economies-de-1-2-milliard-d-euros-5746500

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/02/07/20002-20180207ARTFIG00109-la-baisse-en-trompe-l-oeil-de-la-dette-des-hopitaux.php

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/04/11/comment-les-hopitaux-sont-aussi-touches-par-les-emprunts-toxiques_4399725_4355770.html

L'armoire est pleine : Le scandale des rapports enterrés de la République Roger Lenglet (Auteur) Jean-Luc Touly (Auteur) Les rapports secrets de la République Paru le 27 octobre 2016 Essai (broché