La Seringue Testeuse d'émotions !

Il y a quelques semaines, j'ai testé pour vous la socialisation de l'infirmier libéral. Selon certaines rumeurs, ce processus qui permet à l'individu de se construire une identité et de s'intégrer à la société serait parfois d'une pauvreté indigente chez ce professionnel de santé rompu à un exercice souvent rude et solitaire.  Nous pouvons facilement admettre que le biotope de notre soignant, constitué essentiellement d'un habitacle métallique  qui vrombit sous les chevaux-vapeur nuise quelque peu à toutes formes d'échanges. Il court, il court, l'infirmier. Il compte les minutes, ne ménage pas ses pas . La tête dans le guidon, rien ne l'arrête. Pour ce soignant, la rencontre d'un autre caducée au détour d'une tournée peut donc parfois être source de réticences à communiquer  et vite tourner au pugilat. Sourires crispés de psychopathe prêt à en finir avec l'intrus, petits saluts de la main version princesse assassine, doitgt d'honneur tout pourri ou tout simplement mépris sont, semble-t-il, les codes sociaux les plus utilisés par ce primate solitaire qu'est l'infirmier libéral. 

Pour vérifier ces hypothèses et faire la nique à tous ces a priori, j'ai donc pris la décision un peu folle de partir à la rencontre de mes alter ego de France et de Navarre. Ni une, ni deux, j'ai ressorti l'équipement "expédition nordique", giboulées parisiennes obligent...et parcouru les 7000 kms qui me séparaient de l'Hexagone à bord de la compagnie Air France, ma bétaillère favorite. Installée confortablement Coincée entre un joueur de basket en position lotus et une addict au chocolat qui surfe avec la taille 54, j'ai  béni mes parents pour m'avoir gratifié d'une taille de moins d'1.65 m qui correspond pile poil à l'espace octroyé aux usagers qui voyagent en classe économique. A mon arrivée à Paris, ni neige, ni froid, ni verglas, j'ai rangé mes pulls et fait le décompte de ma panoplie "summer 2018" dans ma valise grande comme  le sac d'école de mon neveu. J'ai trouvé deux pantalons, deux tee-shirts et un pull. J'ai réalisé alors que je passerais beaucoup de temps à la laverie...

Mon expédition m'a donc amenée à  Lyon, ville lumière et patrie de Guignol. Là, j'ai fait la connaissance d'une trentaine de joyeux fous prêts à construire et travailler ensemble au sein d'une association d'infirmiers libéraux. Unidel, association apolitique et asyndicale a des projets pleins la tête en matière de défense, de mobilisation et de valorisation de la profession. Un désir fort de partager des expériences et d'oeuvrer ensemble, les membres de cette association font mentir le vieil adage selon lequel les infirmiers libéraux sont des êtres asociaux et caractériels épris d'individualisme. Deux journées studieuses étaient donc au programme avec en ligne de mire du travail bien sûr mais également des gueuletons, des exposés agrémentés d'un peu de boustifaille, des points nomenclature et de la ripaille...Merci à Lyon et à ses traditions culinaires de m'avoir permis le temps d'un week-end d'oublier que j'étais à la diéte. Mes hanches, quant à elles, s'en souviennent encore ! C'est beau l'amour de la tradition...Merci à vous tous surtout, j'ai eu le sentiment de faire partie d'une belle famille. J'espère être là encore l'année prochaine...

Pour celles et ceux qui aurait envie de rencontrer des confrères et consoeurs tous plus sympathiques les uns que les autres, pour celles et ceux qui veulent croire que l'union est une force, rejoignez cette petite association qui risque de vous surprendre de manière plus que positive. N'hésitez pas à aller faire un petit tour du côté de leur page facebook ou sur leur site https://www.unidel.org

J'ai aimé !

Mention spéciale "coeur avec les doigts" pour les aficionados/das de la bamboche qui ont eu le don de partager leur bonne humeur tout au long de ce séjour.

Ce périple m'a permis d'apprécier tout particulièrement les rencontres qui allient la fraîcheur de la jeunesse au flegme des vieux loups de mer à qui on ne la raconte pas. J'ai aimé les idées qui font Shebam ! Pow ! Blop ! Wizz comme dans Comic Strip de Gainsbarre, la spontanéité, l'entraide et le partage.  J'ai adoré l'envie d'aller vers l'autre, les centaines de kilomètres parcourus par beaucoup pour que ce soit possible, l'idée de sortir la tête du guidon le temps d'un court week-end, la présence et la disponibilité de tous malgré des emplois du temps parfois compliqués. J'ai kiffé le désir, l'envie, le désir d'avoir envie, Ah que Johnny ! J'ai goûté aux repas festifs, aux apéros et digestifs. J'ai testé pour vous une autre forme d'exercice qui a tout du libéral mais qui se conjugue au pluriel, une profession qui pense et construit un "nous" commun parce qu'elle sait que seul, nous ne sommes rien. J'ai simplement expérimenté l'amitié que peuvent éprouver des soignants qui exercent le même métier.  J'ai juste rencontré des professionnels qui dépassent le clivage rentabilité/concurrence versus qualité des relations confraternelles.

Je n'ai pas aimé !

J'ai regretté le temps qui passe trop vite, la grande aiguille qui coure après la petite sur le cadran de l'horloge, le peu de temps consacré à chacun parce que j'avais envie de vous connaître tous, les aurevoirs, les chemins qui se séparent, les "à l'an prochain" parce que c'est loin, le taxi qui se perd dans les artères de la ville, l'ombre qui se faufile vers la gare et le départ, l'hôtel qui se vide, les rires qui s'éloignent...

Et cette place où il n'y avait plus que moi...

La Seringue.

La suite des péripéties hexagonales de la seringue dans un prochain billet...Ménageons le suspens...