Consultation complexe à zéro centime !

Je conseille dès à présent aux esprits lubriques de passer leur chemin. Désolée pour vous messieurs, point de jarretelles chez nos idels, pas même une bouche pulpeuse dans ce billet ! La sortie se trouve sur la petite croix en haut, à droite de votre écran  !

Fin d'année oblige donc, un bilan de santé de la profession s'impose. Offrons-nous un petit check-up des familles, un état de lieux de la profession. Allez l'idel, fais tomber la blouse, expose ta face de dépressif,  montre-nous comment tu souffres, comment tu t'agites telle une abeille dans sa ruche lorsque tu te fais enfumer de tous côtés.

Allez, à poil l'idel, mets-toi à nu que l'on voit ce que tu as dans les entrailles ! Fais voir tes faiblesses et ta fragilité. Expose au monde tes inquiétudes et tes aspirations. Présente-nous un portrait sans fard de ce métier que tu chéris tant. On veut que ça claque ! Déshabille-toi et donne-nous notre dose d'émotions quotidienne. Fais-nous chialer bon sang !

Les Temps sont Durs !

En France, nous étions 57 000  infirmiers libéraux en 2006, nous sommes un peu plus du double dix ans plus tard soit quelques 110 000 petits soldats au service de 60 millions d'individus. 110 000 professionnels qui déambulent chaque jour dans les villes, les campagnes, la nuit, le jour,  dans la chaleur ou dans le froid soit un infirmier libéral pour 545 habitants.

110 000 infirmiers libéraux inéquitablement répartis sur un territoire où il y a une forte prédominence de zones surdotées dans la moitié sud du pays. Il semblerait que les idels aiment le soleil et la mer comme un bon nombre de français d'ailleurs. Ami de la terre plate, n'oublie pas qu'une égale répartition est nécessaire pour maintenir un juste équilibre.

► Poussés par les désenchantements du salariat, de nombreux infirmiers font le choix du libéral. Dans certaines zones, les cabinets s'alignent, se toisent, s'auscultent ou se tancent. Bienvenue à la foire d'empoigne de la grande loterie du soin, là où ça respire la déprime, la colère ou parfois les deux en même temps, là où les infirmiers n'arrivent plus à boucler leurs fins de mois et n'ont d'autres recours que de dévorer leurs collègues. Les coups bas, les allégations mensongères, les dénonciations, les ragots, les lettres de délation deviennent alors des armes de destruction capables d'anéantir la concurrence. Tous les moyens, même les plus abjects, sont bons pour s'attirer de la  clientèle. L'homme est un loup pour l'homme, dit-on...

► Poussés par des nécessités économiques, de nombreux pharmaciens réclament une extension de leurs compétences. Il est vrai que la baisse du prix de certains médicaments a eu un retentissement sur le chiffre d'affaires de nombreuses officines. Ainsi ont-ils pu dès 2013 réaliser un accompagnement rémunéré des patients sous AVK. Trois mille pharmaciens expérimentent actuellement la vaccination contre la grippe à l'officine. Certaines pharmacies préparent des piluliers sous blisters pour leurs clients. Demain, peut-être prendront-ils en charge d'autres soins qui relèvent de la compétence des infirmiers libéraux comme, par exemple, le suivi des patients diabétiques, les pansements, les injections ou les prises de sang. Ce glissement des tâches est parfaitement délétère pour notre profession dont les soins en quantitatif ne cessent de diminuer.  Là encore, il ne s'agit que de survie. Le combat est pourtant bien inégal en regard de la puissance syndicale et ordinale des pharmaciens et puis, les infirmiers libéraux, ne sont que des exécutants, n'est-il pas ?...

► Poussée par une volonté gouvernementale, les structures d'hospitalisation à domicile ont fleuri sur le territoire ces dix dernières années. Ainsi sont-elles passées du nombre de 123 en 2005 à 308 en 2015. Pour ces grosses structures, faire du chiffre est un impératif pour survivre. Aussi, n'hésitent-elles pas à détourner certains patients pris en charge par des infirmiers libéraux aux sorties d'une hospitalisation. Il est également fréquent de constater un non-respect des critères d'inclusion dans les prises en charge.

► Poussés par..*¿???¿* "je n'en ai aucune idée", certains praticiens rédigent aujourd'hui des ordonnances avec la mention "Ne pas faire réaliser ce soin par une infirmière". Le temps du "Do it yourself" bat son plein. Après les crèmes cosmétiques, la pose de carrelage, la réparation de la machine à laver, voici venu le "Tuto-soin" ou plus simplement dit "pique-toi toi-même en 10 secondes chrono" ou encore "Deviens un maître du pansement en une leçon". Désir impérieux de participer à l'effort de guerre national relatif à la chasse au gaspi en matière de prescriptions, haine farouche pour les subalternes que nous sommes, envie de se démarquer, mépris du patient, toutes les options sont bonnes pour expliquer ce geste....

► Poussés par un désir de combler le trou de la sécu, le nouveau plan de maîtrise médicalisée de la Cnamts pour 2017 prévoit une économie d'un peu plus de 4 milliards. Les dépenses en kiné et en soins infirmiers sont invitées à se réduire de 50 millions d’euros. Conclusion, nous sommes de plus en plus nombreux et nous devons réduire nos soins....ça va être coton ! Et pendant ce temps, l'impôt de solidarité sur la fortune est remplacé par l'impôt sur la fortune immobilière. Petit cadeau de 5 milliards pour aider les riches à spéculer...

Résister !

Il ne faut pas être bien perspicace pour comprendre que les infirmiers sont aujourd'hui tout simplement dépossédés de leurs soins. A poil l'idel, à poil ! On t'aura tout pris, semble-t-il, y compris ta vertu vendue aux journaleux en mal de sensations. "Par ici, m'sieurs dames, retrouvez à la une l'infirmière voleuse, menteuse, arnaqueuse, fraudeuse, édition spéciale !"...

Ce malheureux strip-tease, qui n'a rien d'érotique, ressemble à s'y méprendre à une vision d'un monde qui s'épuise et se meurt peu à peu. Si j'osais, je dirais même que ça sent le sapin mais mon avis compte peu dans cet instant puisque j'ai un peu perdu la foi, je l'avoue...

A moins... A moins que nous ayons la volonté d'unir nos forces pour défendre notre bout de gras... A moins que nous réinventions ce métier et cette façon de l'exercer qui nous est chère... A moins que nous tapions du poing sur la table pour faire reconnâître nos compétences encore une fois. Le maillage de cette profession sur le territoire, les particularités de ce mode d'exercice font que nous sommes indispensables aux soins de ville. Le coût modique de nos actes prouve notre compétitivité même si certains, comme la Cour des Comptes par exemple, s'acharnent à dire le contraire. Ce constat ne se suffit pas à lui-même. Dénoncer, crier, écrire sont des actes qui portent peu. Notre seule alternative est de faire bloc contre les marées qui sont en train de nous avaler.

En 2007, s'estimant ignorées et exploitées, 12 800 infirmières finlandaises ont menacé leurs employeurs de démissionner en bloc...

Elles les ont fait plier !

La Seringue.

Photo : https://www.estrepublicain.fr/edition-de-nancy-ville/2016/01/11/nancy-le-faux-calendrier-sexy-des-infirmieres-du-chu

http://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/er760.pdf

https://www.cairn.info/revue-pour-2012-2-page-47.htm

http://www.observatoire-des-territoires.gouv.fr/observatoire-des-territoires/fr/densit-d-infirmiers-lib-raux

http://www.francetvinfo.fr/france/des-infirmiers-mal-repartis-et-trop-nombreux-selon-la-cour-des-comptes_1085447.html

http://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/ve-3.pdf

http://www.viamedis.fr/sante-nouveau-plan-deconomies-de-la-cnamts/

http://www.lefigaro.fr/economie/2007/11/20/04001-20071120ARTFIG00046-les-infirmieres-finlandaises-font-plier-leurs-employeurs-.php