La petite confidence du lundi !

J'ai longtemps eu le sentiment d'exercer le plus beau métier du monde non pas seulement pour son aspect technique mais, par dessus tout, pour cette philosophie du soin empreinte d'humanité dont il m'a gratifié durant toutes ces années.

Ils sont sans doute des milliers à avoir croisé mon chemin charriant dans leurs sillages autant de larmes, de douleurs, de peurs que de joies. Tous ces êtres en situation de dépendance définitive ou momentanée ont ainsi participé jour après jour à la grandeur de ce savoir-être qui m'est propre aujourd'hui.

Vous, patients, malades ou parfois amis, m'avez ému quelquefois jusqu'aux larmes. Vous m'avez fait sourire et parfois même rire. De temps à autre, vous m'avez agacé ou peut-être peiné. De nombreuses fois, j'ai tremblé pour vous, pour vos familles. Je vous ai souvent accompagné dans votre dernier voyage. J'ai tenu votre main. J'ai caressé votre joue brûlante de fièvre. J'ai massé vos corps endoloris. Je vous ai écouté. J'ai soigné vos plaies et tenter de panser vos chagrins. Je me suis efforcée de mettre un peu de joie et de couleur dans vos vies parfois brisées.

Ce ne sont pas de vains mots de dire que j'ai pris soin de vous du mieux que j'ai pu. J'ai mis à votre disposition tous les savoirs qui étaient miens. Chaque matin, j'ai pris la route pour venir vers vous avec la même envie. Les coups du sort, les tracasseries administratives, les contretemps fâcheux, les rares déceptions n'ont pas eu raison de mon amour pour ce métier. Irrévocablement, la passion du soin coule dans mes veines.

Patients, malades ou quelque soit le nom que l'on vous donne, je tiens à vous exprimer aujourd'hui toute ma reconnaissance. Merci d'avoir enrichi ma vie et fait de moi ce que je suis aujourd'hui.

Infirmière : What else ?

C'est l'histoire d'un "facteur-livreur qui veille sur mes parents" qui, un matin, dépose un courrier dans la boîte à lettres d'une infirmière libérale. A l'intérieur de l'enveloppe, un rapport d'expertise avec comme conclusion des mots qui font boum boum dans sa cage thoracique : Reclassement professionnel...Impotence fonctionnelle importante...séquelles qui risquent de s'aggraver dans le temps... Elle met la main sur son sein mutilé et se dit que ce foutu crabe n'a pas encore fini de lui bouffer l'existence.

Elle lit et relit ce qu'elle savait déjà sans avoir jamais voulu y croire malgré les difficultés de ces derniers mois. Elle met des mots sur l'indicible, ce métier n'est plus pour elle. Petit cadeau de fin d'année...merci Papa Noël !

L'infirmière prend alors son courage à deux mains et entame la procédure de "cessation d'activité". Elle pense à ses patients...et se demande comment leur annoncer la nouvelle ? Ses yeux s'embrument.. Elle voit la porte de son cabinet se fermer à jamais et imagine qu'un Kebab ou un fleuriste va le remplacer. Va-t-elle garder sa plaque en souvenir ? Elle déteste les reliques. Elle regarde sa mallette de soins et songe reconversion dans une boîte à couture. Elle pense à son blog et craint d'avoir moins de choses à raconter quand elle sera reclassée. Elle a peur de tourner en rond. Elle se souvient du proverbe "loin des yeux, loin du coeur" et se dit que ce métier finira par s'éloigner d'elle... Elle hait les proverbes. Elle appréhende l'avenir, ne sait vers quoi se tourner. Elle n'y avait jamais pensé. Elle hésite entre faire le tour du monde à pied en 3650 jours et devenir ermite pendant le reste de sa vie. Elle songe au métier d'infirmière et se dit qu'elle ne sait rien faire d'autre...desesparate nurse life...

La Seringue.