Des Émotions Téléguidées !

Nous assistons depuis quelques années à des élans populaires d'amour, de fraternité mais également de justice qui naissent et meurent tels des papillons éphémères, au fil des informations diffusées en instantané dans tous les médias.

Le 7 janvier 2015,  le magazine satirique Charlie hebdo est victime d'un attentat, rue Nicolas Appert dans le 11ème arrondissement de Paris. Dans la demi-heure qui suit ce drame, Joachim Roncin, directeur artistique et journaliste musique au magazine gratuit Stylist créé et publie sur Twitter un "Je suis Charlie" qui va provoquer un buzz et faire le tour de la planète. Chacun allume sa bougie virtuelle, poste des smileys qui déversent des torrents de larmes, se fend d'émoticones tous plus déchirants les uns que les autres. Les avis et les commentaires fusent. Bref, le quidam, choqué par la violence des événements et on le comprend, se sent concerné et compatit. Émotionnellement investi, il crie son incompréhension, sa colère et son chagrin sur les réseaux sociaux. Pour tous ceux qui en doutaient, cette communion collective nous donne la preuve que les être humains sont doués d'empathie. L'homme aurait-il besoin de messes cathodiques pour croire en son humanité ? 

Pour mémoire, rappelons qu'en décembre 2014, un commando taliban a attaqué un établissement scolaire à Peshawar, tuant plus d'une centaine d'écoliers de 10 à 20 ans. No Pray for Peshawar ! Bon ok, nous parlerons donc d'un empathie sélective...

En tout cas, ce battage médiatique fera école et le "je suis Charlie" sera décliné à l'infini.. ou presque. L'investissement émotionnel ayant, semble-t-il des frontières limitées au monde occidental...S'ensuivront donc des "Je suis Paris, Je suis Kaboul, Je suis Nice, Je suis Londres, Je suis Damas, Je suis Barcelone, Je suis Rafah,  Je suis  Bruxelles, Je suis Istanbul, Je suis Toronto, Je suis Mogadiscio..."
Le temps passe pourtant et les modes changent. La formule "Je suis Charlie" est aujourd'hui devenue presque obsolète, classée hasbeen, rangée dans le placard avec les "kif-kif bourricot" et autres "Arrête ton char Ben-Hur" . L'émotion sur commande est pourtant toujours distribuée, orientée et parfois fabriquée par les médias telle une friandise.  Le bonbon est savoureux mais encore faut-il en changer le packaging pour avoir l'assurance d'une réaction en masse de la population. L'effet kiss-cool d'une catastrophe annoncée qui rassure sur le fait d'avoir de la chance, d'être encore là, vivant et en sécurité derrière son écran,  Le goût acidulé de l'angoisse du lendemain, le côté pétillant des secousses du coeur face au tragique, telles sont les recettes à mettre en oeuvre pour avoir du pouvoir sur nos émotions. "Le génie de l'homme est de se lasser par habitude " disait Montherlant. Du renouveau, que diable !
Être ou ne pas Être dans la Hype !

En matière de nouveauté, la hype du moment s'appelle "#dénoncetonporc". Ce hashtag, envoyé sur Twitter par Sandra Muller, journaliste à  la Lettre de l'audiovisuel, vient de faire son entrée avec, de jour en jour, un succès grandissant .

Suite au scandale Harvey Weinstein accusé de viols par plusieurs actrices, la journaliste a invité les internautes à dénoncer un harcèlement dont elles auraient été victimes. Des milliers de femmes ont ainsi témoigné et parfois même désigné leur agresseur.

Sous couvert de libération de la parole, de prise de conscience par le public, la délation serait en passe de devenir un acte citoyen à la fois assumé et décomplexé. Sans nier aucunement l'horreur d'un tel préjudice, sans minimiser nullement la souffrance des victiimes, on ne peut que s'interroger sur les dérives possibles et imaginables de telles dénonciations.

Ce genre de drame se règle à mon sens dans un commissariat de police, dans l'enceinte d'un tribunal, devant un juge et des avocats. Un chose est certaine, les médias fabricant d'un prêt à mâcher émotionnel sont également devenus des générateurs d'actions. Lorsque le mouton bêle, c'est tout le troupeau qui lui fait écho. Ce genre d'appel peut très vite devenir une bombe. Qui se souvient de radio 1000 collines, station de radio rwandaise qui a tenu un rôle important dans le génocide des tutsis en appelant les hutus au meurtre sur ses ondes ?...

 

#Balancetonehpad #dénoncetamaisonderetraite #mouchardetonservice !

Je viens de finir de visionner le replay de "Pièces à convictions" diffusé le 19 octobre 2017 sur France3. Dans ce reportage ( lien ci-dessous), l'accent est mis sur les manques de moyens chroniques dans de nombreux 'Ehpads ou maisons de retraite en France.

Le matériel que l'on économise, le personnel en nombre insuffisant, la maltraitance institutionnelle envers les soignants, les repas calculés au plus juste au détriment de la santé des personnes âgées font partie des carences de soins que nous, soignants, pointons et  repointons d'un établissement à l'autre.

Dès les premières minutes du reportage, le visage d'Anne-Sophie Pelletier, aide médico-psychologique à l'Ehpad "Les opalines" à Foucherans dans le Jura m'a tout simplement émue. Ses paroles m'ont poursuivie longtemps. Au bord des larmes, elle s'est exprimée sur ses conditions de travail et sur la grève menée l'été dernier durant 117 jours aux Opalines.  Je me suis immédiatement demandé ce qu'on avait bien pu faire à ces soignants, fiers de leur métier, soucieux de se réaliser et de s'accomplir dans leurs tâches quotidiennes. Comment pouvait-on leur faire porter la responsabilité morale de tous ces manques ? Quand tout cela a-t-il dérapé ?

Et puis je me suis dit que, faute d'être entendu par les chefs d'établissements et leurs cohortes de têtes pensantes, il serait judicieux pour une fois de dénoncer nos conditions de travail. #Balancetonehpad #dénoncetamaisonderetraite #mouchardetonservice, libérer la parole en ne citant personne, pointer du doigt les établissements pour qu'enfin, eux-aussi rendent des comptes...

Allo j'écoute, ici la minute confidence... laissez-vous aller sur #dénoncetesconditionsdetravail, je suis toute ouïe :)

La Seringue.

Anne-Sophie Lepelletier dans les premières minutes du reportage, c'est par là ►

"Pièces à conviction". Maisons de retraite : les secrets d'un gros business

Plus de 600 000 Français vivent dans un Etablissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes, un Ehpad. Et le mouvement ne risque pas de ralentir avec les baby-boomers qui arrivent à l'âge de la retraite.

http://www.francetvinfo.fr