Le Vie d'Idel en mode Bref...

Hier, j'étais de repos. Je me suis dit que j'allais faire l'éléphant de mer devant Game Of Thrones  toute la sainte journée. Je me suis vue sous la couette en mode pyjama pilou, chaussettes et thé à volonté. Ma cote de plaisir est remontée illico dans le vert. En allant à la cuisine, j'ai jeté une oeil à la pièce qui me sert de bureau foutoir. J'ai tout de suite pressenti que la glandouille serait pour un autre jour, mois, siècle. J'ai pensé à certains patients qui, lorsque je reviens de repos,  me ressortent inlassablement leur petite phrase fétiche du genre "Ben alors, vous étiez "encore" en vacances", l'adverbe "encore" étant parfois remplacé par "toujours". A croire que lorsque je bosse, je dois être transparente... J'ai additionné les heures et les minutes de ma semaine de taf. J'ai trouvé 74 heures et 47 minutes.  J'ai eu envie de me les pendre. Je suis retournée comater devant mon bol de café. J'ai émergé une demi-heure plus tard. Il était huit heures. Je me suis dit qu'il y avait un paquet de tiers-payants qui ne m'avaient pas été réglé depuis des semaines, mois, années... longtemps. J'ai pris la résolution de m'en occuper sans tarder. Motivée, j'ai appelé la plate forme téléphonique du premier impayé qui m'est tombé sous la main. Je me suis pris les 340 mesures du "Boléro" de Ravel de cette p...tain de mutuelle dans les trompes d'Eustache soit 14 minutes et 10 secondes. A la troisième minute, j'ai mis une lessive en route, vidé mon lave-vaisselle, nourrit le chien, le chat et les poissons rouges, pris une douche et fait un brushing... J'ai vu ma tronche dans le miroir. Je me suis dit que le brushing n'étais pas primordial en soi. J'aurais mieux fait de rester en pyjama...

A la 340ème mesure, une voix d'aéroport a déroulé son blabla sur la mutuelle et ses atouts. La nana que j'imagine blonde, je ne sais pas pourquoi, m'a également donné les instructions à suivre. Une seconde, je me suis vue à Hawaï sirotant un Malibu. Le contenu du discours m'a très vite ramené à la réalité. J'ai ainsi appris qu'il faut s'aider mutuellement... J'ai songé que mon souci de tiers-payant impayé allait sans doute se résoudre en moins de temps qu'il n'en faut pour écouter Ravel et son "Boléro".

La voix monocorde de ma blonde péroxydée m'a également expliqué que tout adhérent peut bénéficier, s'il le souhaite, d'une consultation médicale.... par téléphone  7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 par internet, que notre potentiel malade soit au travail, à la maison, en vacances et même à l’étranger... Mazette, que c'est beau la technologie tout de même !

Une vraie consultation médicale virtuelle,  sans déplacement et sans attente interminable dans les salles d’attente bondées ou les urgences saturées. Un temps pour soi et rien que pour soi, une prise en charge individuelle à l'abri de toutes ces bactéries, virus et autres champignons qui hantent les lieux publics. Une vraie consultation confidentielle et sécurisée. Une vraie consultation 100 % gratos selon conditions et limitations en agence. Ben oui, quand même parce que sonner le bon doc à trois heures du matin parce qu'on n'arrive pas à dormir, c'est limite... Une vraie consultation 100 % responsable, 1000 % en réseau.

Le Docteur-Bonux de la mutuelle, un vrai de vrai avec des diplômes, généraliste ou spécialiste, plus de 30 spécialités disponibles, choisissez sur catalogue.. est inscrit au Conseil National de l'Ordre des médecins et tout et tout. Il a pour mission d'accompagner, de conseiller, de rassurer voire même de consulter, de diagnostiquer et peut-être même soigner grâce à une magnifique ordonnance électronique. Ça claque tout de même !

J'ai alors songé à la clinique, celle qui, de tout temps, s'est faite auprès du lit du malade ou dans un cabinet. J'ai pensé télépathie, spiritisme, télépsychie, télésthésie, divination, sciences occultes pour tenter d'adhérer à ces nouvelles pratiques. Je n'ai pas réussi à approuver l'idée. J'en ai conclu que la médecine avait beaucoup évolué, sans doute à mon insu et que l'ubérisation était une réalité...

Ma blonde péroxydée m'a alors demandé de tapé # 1 si je suis adhérent, de taper # 2 si je veux devenir adhérent, de taper # 3 si je suis adhérent et que je ne veux plus l'être, de taper # 4 pour tous autres renseignements, de taper # 5 pour accéder au service contentieux, de taper # 6 si je suis professionnels de santé. J'ai tapé [@~¤...F*UCK...#*@] et j'ai raccroché...

Bref, j'ai appelé la mutuelle...

Merci à Amora....

La Seringue.