La vie d'Ide en mode Bref...

Il y a deux jours, je suis rentrée de ma tournée avec la main gauche qui me grattait. J'ai entendu la voix d'outre-tombe de ma mère qui me disait : "Ma fille, si t'as la main gauche qui te démange, c'est que tu vas recevoir de l'argent bientôt". J'ai regardé ma paluche de déménageur. J'ai tout de suite pensé pognon, bingo, Loto, Kéno, Tiercé, Quarté, Quinté, héritage ou donation sans partage... Je me suis dit qu'on était sûrement vendredi 13 pour avoir une telle baraka. J'ai regardé le calendrier, on était le trois. J'ai jeté un regard affectueux sur le portrait de ma défunte mère. Je l'ai béni. J'en ai profité pour rendre grâce à Madame La Chance, le Destin, le Karma et leurs copains. J'ai songé qu'ils avaient mis un temps de ouf pour décoder mes appels de phares désespérés. Je me suis dit que ça valait pas le coup d'être rancunière quand on était plein aux as. J'ai promis de brûler un cierge.

J'ai essayé de me rappeler la dernière fois où j'ai acheté un billet de loterie ou un ticket PMU. J'ai pas trouvé de date. J'ai dessiné mentalement mon arbre généalogique.  Y'avait trois pelés et deux tondus qui me narguaient sur la cime. j'ai pas vu ni Eliane Bettencourt ni Serge Dassault accrochés sur une branche. Je me suis dit que tonton Cristobal avec son cul cousu de pesos et de lingots ne faisait pas partie de mon patrimoine génétique. J'en ai conclu qu'il devait y avoir un lézard.

J'ai regardé ma main droite. Elle grattait pas. Je me suis dit tant mieux parce que c'est la main qui doit des sous. J'ai cherché sur internet l'origine de ces dictons à la con. J'aurais pas dû. J'ai trouvé 39 342 personnes qui pensent que la main droite qui gratte signifie une rentrée d'argent imprévue alors que 39 342 croient que c'est la gauche. Je me suis vue endettée jusqu'au cou. J'ai vu débarquer les huissiers. J'ai pensé expatriation et fuite aux Caymans. J'ai honni ma mère et j'ai fait mes valises.

 

Et puis, j'ai mis un hola  à toutes mes élucubrations. J'ai enfilé ma blouse d'infirmière obsessionnelle. J'ai ajusté mes lorgnons, sorti la loupe. J'ai rien vu. J'ai rangé la valoche des Caymans et me suis assise au calme.

J'ai alors songé à l'été 1974. Je me suis revue en colonie de vacances sur la Côte d'Azur confinée pendant trois semaines à l'infirmerie avec une gale et une varicelle en simultanée. Je me suis dit que c'était une apothéose familiale puisque ma petite soeur y avait eu droit elle-aussi. Je me suis remémorée nos séances de lavage au savon noir et l'inoubliable moment culte "Ascabiol-je-me-fais-pipi-dessus-tellement-ça-pique". Je me suis promis de ne jamais retourner en colo après ça ! J'ai tenu mon serment.

J'ai ensuite songé à ce petit patient drépanocytaire qui vit dans une maison insalubre et qui ne cesse de se gratter. Lors du premier pansement d'ulcère, j'ai pensé cholestase intra-hépatique comme une cause probable de démangeaisons. J'ai eu tort. J'aurais dû penser manque d'hygiène, promiscuité, gale, contagion. J'ai foiré.

J'ai alors mis le doigt sur toutes ces familles qui résident  dans la même promiscuité. J'ai pris la mesure du boulot à abattre en terme de désinfection. J'ai vu la pauvreté dans laquelle ils vivent. Je me suis dit que la gale avait encore de l'avenir devant elle.

Bref, j'ai pécho.............................................................................................................la gale !

La Seringue.