A Bas Les Feignasses !

Alors comme ça, les infirmiers des hôpitaux publics seraient une bande de grosses feignasses qui profitent de leur statut de fonctionnaires. On chuchote qu'ils useraient et abuseraient de leurs privilèges concernant les arrêts maladie. On suppute même qu'ils seraient addicts à "l'absentéisme de confort". Vous savez, le syndrome "Je-me-la-coule-douce-sous-la-couette-un-jour-ou-deux-parce-que-j'ai-vraiment-trop-pas-envie-d'aller-bosser". Il paraîtrait pour conclure que cette calamité empoisonne l'hôpital public.

C'est, en tout cas, ce que révélait un article publié dans "Le Figaro" en avril 2016. Basé sur les données d'Hospidiag,  ce papier nous apprend que 22 établissements français ont connu en 2014 un taux d'absentéisme supérieur à 30 jours par agent et par an. L'hôpital de Manosque dans les Alpes-de-Haute-Provence est le grand vainqueur de ces statistiques fournies par Hospidiag puisqu'il flirte  avec quelques 40 jours d'absentéisme par agent et par an.  Nos amis marseillais ne sont pas en reste puisqu'ils comptabilisent 29.8 jours d'absentéisme par agent et par an. L'hôpital de Colmar fait figure de bon élève avec seulement 14 jours d'absentéisme par agent et par an.

Les mauvaises langues vous diront que les gens du Sud ont tous un poil dans la main. Elles feront sans doute la comparaison avec l'esprit très "arbeit macht frei" de nos collègues germanophones ou plutôt "alsaçophones" pour ne froisser personne. Je dirais personnellement que le taux d'absentéisme élevé de ces hôpitaux trouve peut-être ses causes dans des facteurs plus pragmatiques que les origines géographiques de leurs soignants.

Si l'on s'intéresse quelque peu aux données de Hospidiag, outil d'aide à la décision qui vise à améliorer la performance des établissements pratiquant la médecine, la chirurgie et l'obstétrique, on est surpris de constater que notre vision du "soignant/profiteur qui abuserait des arrêts de travail" peut être  parfois modifiée.  Prenons l'exemple de l'hôpital de Manosque ou Centre hospitalier Louis Raffalli, grand gagnant du concours "Les feignasses à l'hôpital". Selon Hospidiag, le nombre d'infirmiers et d'aide-soignants était de 25.7 par cadre infirmier en 2011. Le chiffre est tombé à 23.4 en 2015. Le syndicat CGT affirme que ce centre hospitalier, inauguré en 2010, fonctionne depuis son ouverture avec des effectifs à flux tendu. Les arrêts maladie et maternité ne sont pas remplacés. En avril 2014, face à la dégradation des conditions de travail, une partie du personnel débrayent durant une heure. Les grévistes revendiquent le maintien des temps partiels à 80 %, la prise en compte de l’avis des salariés lorsqu’un projet modifie leur poste de travail, des entretiens apaisés dans le respect des procédures et le droit à être accompagné par un représentant des salariés, ou encore le maintien des repos hebdomadaires le samedi et le dimanche et l’arrêt des projets en cours sur la réorganisation du travail. En janvier 2016, le directeur de l'hôpital déclare lors de la présentation des voeux au personnel, que le service des urgences est "au bord de la rupture".

Le schéma est donc classique. D'ailleurs, il est sans doute banal dans de nombreux hôpitaux . On a donc un manque de personnel, des soignants pressés comme des citrons, un manque de personnel, des RTT impossibles à prendre, un manque de personnel, des congés qui sautent, un manque de personnel, des soignants épuisés, un manque de personnel, des arrêts maladie qui pleuvent...Alors peut-on réellement parler d'absentéisme de confort ? Ne s'agirait-il pas plutôt de minces bulles d'oxygène qui permettent à ces mêmes soignants de reprendre un souffle nouveau pour retourner dans l'arène ? Le sujet, en tout cas, fait débat et il est plus que question que les temps changent....

Vive le Jour de Carence !

Pourquoi vous parler d'une info vieille de plus d'un an qui fleure bon le réchauffé, me direz-vous ? Et bien, simplement parce que notre nouveau gouvernement a la ferme intention de règler ce fâcheux problème d'absentéisme à l'hôpital public dans les plus brefs délais, c'est-à-dire, dès le mois de janvier 2018.

C'en est donc fini des rhumes, des gastros à répétition, des règles douleureuses, des rages de dents et de tous les supposés petits bobos  qui nous permettaient de rester durant 24 heures dans notre petit nid douillet ! 

L'absentéisme est un fléau et les fléaux, il faut les mater, les juguler et, si besoin, les exterminer ! On exige dès à présent de la vraie maladie et non de la pathologie à trois balles, du symptôme d'hypochondriaque ou du diagnostic de charlatan.  Aussi, pour couper l'herbe sous le pied de tous les fanatiques du sésame orange, le bien nommé "Avis d'arrêt de travail" modèle cerfa 10170, quoi de mieux que de rétablir le jour de carence pour tous ces fonctionnaires oisifs et paresseux. La suppression de ce jour de carence en 2014 par Marylise Lebranchu, alors Ministre de la Fonction Publique, aura donc résisté durant quatre petites années.

Le "délai de carence" ou jour de carence désigne la période entre le jour où la maladie d'un salarié est constatée et le jour où la Sécurité sociale lui verse une indemité. Il s'agit de la période où un employé est malade mais pas indemnisé. Le jour de carence a donc  la faculté de vous enlever des euros de votre salaire pour vous faire payer votre évidente paresse...

Le Prix de la Santé !

Nombreux sont actuellement les débats autour de la légitimité ou pas du rétablissement du jour de carence dans la fonction publique. On observe le plus souvent un grand "oui"  parmi les professionnels du secteur privé ou parmi les professions libérales qui ont des conditions bien moins favorables. En effet, le délai de carence est de trois jours dans le privé. Il est de 90 jours lorsque l'on exerce en libéral.

Les charges sociales et patronales pour les professionnels du secteur privé, les cotisations à une assurance avec une garantie "indemnités journalières" pour les libéraux devraient permettre à tout un chacun d'avoir une couverture du risque maladie qui soit optimale. Le produit de nos cotisations est là pour nous couvrir. La santé a un coût mais elle n'a pas de prix, il paraît donc aberrant de devoir brader des droits si durement acquis et de tendre vers le moindre plutôt que vers le mieux. Les professionnels de santé ne prendraient pas autant d'arrêts de travail si l'on prenait soin d'eux au sein de leurs établissements. La question n'est pas de savoir qui a des privilèges et qui n'en a pas. La question est que ces soit-disant privilèges deviennent accessibles à tous. Le principe de "diviser pour mieux régner" possède la grande vertu de faire passer sans heurts n'importe quelle réforme...Vous me direz, un jour de carence de plus ou de moins, un jour de congé de plus ou de moins, un RTT de plus ou de moins, un infirmier, une aide-soignante de plus ou de moins dans un service...

La Seringue.

 

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/04/20/20002-20160420ARTFIG00018-l-absenteisme-gangrene-fortement-l-hopital-public.php

http://www.lamarseillaise.fr/alpes/sante/48103-les-politiques-de-sante-en-question-a-l-hopital-de-manosque

http://www.lamarseillaise.fr/alpes/sante/45220-les-urgences-au-bord-de-la-rupture

https://communismeouvrier.wordpress.com/2014/04/11/manosque-les-salaries-de-lhopital-tirent-la-sonnette-dalarme/

http://www.hauteprovenceinfo.com/article-4013-l-39hopital-manosque-en-greve-pendant-une-heure.html