La Vie d'Idel en mode Bref !

Ce matin, je me suis réveillée avec la ferme intention de booster mon activité. L'évocation d'une forme de stagnation de la patientèle ressemblant fortement à une mer d'huile  commençait à me déprimer. J'ai regardé mon agenda. J'ai jeté un oeil furtif à mon dernier relevé de compte bancaire. J'ai frémi...Et puis, je me suis dit que la perte de deux de mes nonagénaires cette semaine n'allait pas abattre mon moral de winneuse. J'ai fait la moyenne d'âge de mes patients. J'ai trouvé 87 ans. Mon opitimisme en terme d'espérance  en a pris un coup, la prospérité future de mon activité aussi. J'ai songé qu'il fallait absolument que j'affine ma stratégie commerciale pour me remettre le pied à l'étrier.  Je me la suis jouée culottée, opiniâtre et pertinente. J'ai pensé qu'il fallait mettre un coup de "djeuns" à tout ça. Je me suis immédiatement revue moulée dans le short en jean de mes quinze ans. J'ai pensé à  mes vacances à la montagne...et à mon premier flirt...et j'ai bayé aux corneilles une bonne quinzaine de minutes à la recherche d'une madeleine de Proust !

Je me suis dit qu'avec une simple idée, je faisais parfois plusieurs fois le tour de la planète avant d'aboutir à l'essentiel. J'ai pensé au temps perdu et à Proust et je me suis concentrée sur mon objectif.

J'ai émis l'hypothèse que je pourrais passer  mon brevet de pilote pour survoler la ville et ses alentours avec une banderole accrochée à mon Cessna sur laquelle j'écrirais en lettres de feu "Infirmière libérale recherche patients désespérément - 06 45 45 45 45". J'ai réfléchi et je me suis dit qu'apprendre à piloter un zinc pourrait bien  me coûter une blinde. J'ai revu mon relevé de compte. J'ai compté le nombre d'heures et le pognon que m'avait coûté mon permis voiture.  J'ai immédiatement abandonné le projet .

J'ai alors eu l'idée ingénieuse de customiser mon bolide. J'ai songé à tout l'attirail pour être vu et reconnu. J'ai opté pour une bagnole couleur fluo comme le gilet jaune de signalisation cher à Karl Lagerfeld, visible de jour comme de nuit, reconnaissable n'importe où. J'ai imaginé que je pourrais planter une seringue sur le toit et coller subtilement des pansements  un peu partout sur la carrosserie pour que ce soit un maximum explicatif. J'ai pensé à prendre un nouvel abonnement pour mon portable avec un numéro du style "06 06 06 06 06", mémorisable par tous.  J'ai même envisagé l'acquisition d'un gyrophare et d'un klaxon italien jouant "la Cucaracha" pour être certaine de ne pas passer  inaperçue dans la jungle des soins à domicile.

Je me suis vue aller bosser en tee-shirt  avec un col en V parce que c'est plus "hot". J'ai imaginé les inscriptions "Meilleure infirmière de la Galaxie" écrites dessus  parce que je n'ai pas peur de l'inconnu et que je vise la lune et les étoiles. J'ai pensé à mon bonnet G. J'ai vu deux ballons de foot. J'ai eu la trouille qu'il m'arrive un truc au premier rendez-vous avec un pervers. J'ai instantanément remballé le tee-shirt dans son placard. J'ai ressorti la blouse taille 52 de ma dernière grossesse.

J'ai pensé à mes droits. L’article R. 4312-37 du code de la santé qui interdit la publicité pour les infirmiers s'est mis à clignoter devant mes yeux. J'ai vu l'Ordre infirmier me taper sur les doigts. J'ai songé à la place de la publicité dans notre société. Je me suis dit que nous étions encore à la ramasse et que, décidément, la coiffe de bonnes soeurs ne nous quitteraient jamais.

J'ai regardé mes cartes de visite minables en format 9 cm x 5.5 cm qui sont destinées aux patients qui me connaissent déjà. J'ai songé aux centres de soins à domicile et autres Had qui ne se privent pas pour faire de la publicité.

Je me suis dit qu'il fallait être hyper inventif pour avoir une visibilité lorsqu'on est infirmier libéral. J'ai alors décidé qu'à partir de demain, je porterais un nez rouge pour faire ma tournée...

Bref, j'ai fait de la pub !

La Seringue.