Tout le monde ne s'appelle pas Lili Marlène ou Brando !

Il y eut une époque où fumer une clope, c'était la classe et pas qu'à Dallas !

Le cinéma n'est sans doute pas innocent à cette addiction pour la divine nicotive. Beaucoup de films sont truffés de héros ou d'héroïnes qui fument pour les besoins des personnages qu'ils interprétent. Brunes ou blondes, avec ou sans filtres, avec porte-cigarette parce que c'est plus chic ou parfois même en version fumeur de Havane, modèle barreau de chaise, les stars d'antan se devaient de baigner dans des volutes bleues pour être dans l'air du temps. Ainsi, en 1931, Marlène Dietrich est une femme fatale qui fume dans "Shangaï express" de Josef Von Sternberg. Elle arbore à nouveau sa légendaire cigarette en 1939 dans "Femme ou démon" de George Marshall. En  1951, Marlon Brando joue le rôle de Stanley Kowalski dans "Un tramway nommé désir" d'Élia Kazan. La photo extraite du film où l'on voit Marlon Brando en tee-shirt tenant une cigarette dans sa main gauche fera le tour du monde. En 1971, Romy Schneider joue le rôle de Lily, prostituée allemande qui s'en grille une dans "Max et les ferrailleurs" de Claude Sautet.

La cigarette au cinéma telle un symbole de liberté, d'indépendance et d'émancipation, a évidemment contribué à l'explosion des accros à la nicotine dans la population féminine des pays dits développés. La clope, équipement de base du bad boys insoumis a fait le reste auprès de la gente masculine.

En 2016, suite à une série d'études sur "l’industrie du cinéma et le tabac", l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) proposait l'interdiction aux mineurs des films où l'on voit les acteurs fumer. Il semblerait que ces films aient été responsables de près de 37 % des nouveaux fumeurs chez les jeunes pour l'année 2014. Affaire à suivre...

Fumer, c'est mal, fumer, ça tue !

 Mais tout ça, c'est du cinéma ! Parce que dans la vraie vie, fumer tue...Alors aujourd'hui, la frime, la rebelle attitude avec le mégot calé au coin du bec, c'est plutôt has been. Fini la classe à Dallas, le tabac est actuellement un des stigmates de la précarité.

En France, le tabagisme est le premier facteur d'inégalité sociale en matière de santé. C' est une addiction au même titre que la drogue ou l'alcool. En 2015, le tabagisme a fait 78 000 victimes soit plus de 200 décès par jour. 16 millions de français sont dépendants à  la nicotine et, parmi eux, 70 % ont déjà tenté un sevrage. Les hommes fument plus que les femmes.

A 17 ans, 40 % des jeunes filles et garçons confondus, fument.

 

Les Infirmiers fument comme des Sapeurs !

Depuis la loi de santé du 1er février 2007, il est absolument interdit de fumer dans les établissements de santé.

Selon l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies, 31 % des 638 248 infirmiers français*, (soit presque 200 000 personnes tout de même !)  étaient fumeurs en 2015. Pourquoi un tel taux d'addiction chez ces professionnels de santé souvent confrontés aux ravages du tabac dans leur quotidien ? Est-il concevable de voir des soignants en tenue vestimentaire professionnelle faire une pause clope à l'entrée de l'hôpital ?  La fatigue, le stress et la forte dimension émotionnelle de l'exercice infirmier auraient-ils un impact sur la consommation de tabac chez les soignants ?

Aux États-Unis, les infirmiers sont les professionnels de santé les plus touchés par le tabagisme. on estime qu'ils sont environ 540 000 à fumer dans le pays. Les facteurs de stress liés à cette profession sont également évoqués comme des raisons probables à un tel taux d'addiction parmi ces soignants.

Il est évident que pour être crédible, l'infirmier doit faire preuve d'exemplarité et avoir une vie saine. On ne peut à la fois exhorter les patients à adopter une bonne hygiène de vie et y déroger soi-même sans manquer de cohérence.

Cependant, si l'on veut supprimer les comportements addictifs des soignants à l'hôpital, il est impératif de ne pas occulter certaines causes susceptibles de générer ce besoin impérieux d'allumer une cigarette durant les pauses. Les problèmes de stress, de violences au travail, le manque de respect, les contraintes de plus en plus lourdes, le manque de personnel doivent être pointés du doigt si l'on veut avoir une chance de voir flêchir les statistiques. Beaucoup de fumeurs estiment que la cigarette leur permet de gérer les situations anxiogènes. Chaque bouffée semble être un sas de décompression, une respiration même si chacun sait que que la nicotine est un stimulant et non un calmant. Sous peine de voir flamber le pourcentage de décès liés au tabac chez les professionnels de santé d'ici quelques années, il serait sans doute utile que les établissements de santé prennent enfin soin de leurs soignants...

La Seringue.

 

http://www.20minutes.fr/sante/1778707-20160202-tabagisme-oms-veut-interdire-cigarette-grands-ecrans-mineurs

http://www.la-croix.com/Sciences/Sante/Les-chiffres-tabac-France-2016-11-10-1200802242

http://www.anpaa.asso.fr/presse/espace-presse/731-consommation-tabac-france-tue-prematurement-78-000-personnes-an

https://www.ofdt.fr/statistiques-et-infographie/sources-statistiques/barometre-tabac-personnel-hospitalier/

http://scrubsmag.com/the-irony-of-the-nurse-who-smokes/

https://www.canadian-nurse.com/fr/articles/issues/2013/avril-2013/la-perception-du-public-la-realite-du-travail-infirmier

https://hal.archives-ouvertes.fr/halshs-00361300/document

* Le nombre d'infirmiers en France s'élèverait à 638 248 (contre 616 573 en 2014), selon le rapport « La démographie des autres professions de santé (RPPS et Adeli) » publié par la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) le 8 avril 201