La vie d'Idel en mode Bref !

Cette nuit, je me suis rejoué le film en version longue et sous-titrée de "l'insomniaque". J'ai d'abord eu trop chaud ! Je me suis dit que c'était juste une affaire d'hormones et que ça allait passer. J'ai pensé aux troubles du climatère et à toutes les joyeusetés qui l'accompagnent. J'ai maudit ma ménopause galopante avec ses sautes d'humeur, ses douleurs articulaires, ses problèmes gynécos, sa baisse de libido, ses bouffées de chaleur incontrôlables et ses nombreuses nuits blanches pour débattre de la question. J'ai regardé l'homme de ma vie plongé dans un coma avancé. Je me suis dit que l'andropause l'avait oublié. Je l'ai détesté lui et sa narcose légendaire durant quelques secondes. J'ai eu envie de commettre l'irréparable en lui demandant s'il dormait. J'ai craint les représailles. J'ai pris la décision de renoncer pour la survie de notre couple. Ça m'a donné encore plus chaud. J'ai descendu la clim à 16°. Je me suis retrouvée au pôle Nord en moins de deux. J'ai fait trois tours dans la couette en attendant le dégel. J'ai pensé à la canicule et aux millions de vieux qui ont la visite de la faucheuse à la moindre vague de chaleur. J'ai entendu des dents qui claquent. Je me suis aperçu que c'était mon léthargique qui grelottait les fesses à l'air. J'ai partagé la couette équitablement. J'ai jeté un oeil au radio-réveil vintage à affichage lumineux qui trône sur ma table de nuit. Je me suis mis à compter les secondes...

Et puis, je me suis dit que ça faisait des mois que je manquais de motivation. J'ai songé à Gaston Lagaffe. Je me suis marrée. J'ai pensé à mon boulot. Ça m'a fait moins rire. J'ai réalisé que j'avais plus la même niaque et que le feu sacré était bel et bien sur le point de s'éteindre. Je me suis vu m'extraire de mon pieu chaque matin en mode "éléphant de mer", l'oeil triste et le pas hésitant. J'ai bien senti que j'avais tout le temps mal au bide. J'en ai conclu que ces petits épisodes que je qualifiais d'épiphénomènes étaient en  fait bien enkystés. J'ai compris que la flamme ne se raviverait peut-être pas...J'ai cherché un pourquoi. Ça m'a pas aidé à dormir.

Je me suis souvenue du plaisir que j'avais eu à soigner l'autre. Je me suis revue avec le palpitant qui palpite, la sensation d'être vivante, la satisfaction d'être utile et d'avoir rempli ma tâche avec amour et compassion. J'ai songé à tous ce qui m'avait poussé à faire ce métier et à l'exercer en libéral. Les visages de nombreux patients ont défilé devant mes yeux. J'ai entendu leurs mercis, leurs adieux. J'ai vu leurs sourires ou leurs larmes couler. J'ai senti leurs étreintes joyeuses ou désespérées. J'ai cru que la flamme était en train de renaître sous la braise et puis...

J'ai songé à la psychose lors de la facturation de nos actes. J'ai vu des notifications d'indus, des lettres recommandées, des juges, des huissiers et même le fantôme de Maître Vergès flotter au dessus de ma tête. J'ai paniqué et je me suis dit que j'avais peut-être besoin d'une thérapie. J'ai pensé au nombre incalculable d'ordonnances rédigées n'importe comment par certains médecins. J'ai vu des hiéroglyphes, des signes cabalistiques dignes de Champollion à décrypter. J'ai mesuré toute l'énergie qu'il me faut, à chaque fois, pour les faire rectifier et ne pas me faire allumer par les caisses. Je me suis vu me faire éjecter dans les services ou les cabinets médicaux par des praticiens trop occupés, trop débordés, trop épuisés par la paperasserie.

J'ai repensé aux patients, heureusement peu nombreux, qui m'ont jetée comme un torchon ; à ceux qui se la sont joué enquêteur de la sécu en épluchant chaque relevé de remboursements à la recherche d'une faille qui aurait pu m'envoyer directement en prison sans passer par la case départ ; à ceux qui ont reluqué ma nouvelle caisse ou ma nouvelle robe d'un air suspicieux. J'ai vu la rapacité de certains libéraux, l'avidité et l'ambition de structures comme l'Had et le détournement de patientèle. J'ai songé à tous les collègues déprimés qui sont dans la galère. Je me suis dit que je ne valais pas mieux côté moraloscope. Je me suis enfin offert le chapitre Urssaf, Carpimko et consorts. Je me suis dit que le voyage n'en valait pas forcément la chandelle. J'ai compris pourquoi j'avais de moins en moins envie de me lever aux aurores pour aller bosser chaque jour..J'ai fait l'état des lieux. J'ai pesé le pour et le contre. J'ai immédiatement pensé "plan de carrière", "bilan de compétence", "changement de cap", "super cagnotte du loto", "épouser mon psy", "écrire"...

Bref, j'ai plus envie...et vous ?

La Seringue.