Mortelles Statistiques !

Le 06 juillet 2016. la Commission de Transparence s'est prononcée sur l'interêt d'ajouter ou pas de l'Avastin® (bevacizumab) à la chimiothérapie par Paclitaxel et Cisplatine ou Topotécan en cas d'inégibilité aux sels de platine chez les patientes atteintes d'un cancer de l'utérus persistant, en rechute ou métastatique. Cette instance scientifique, composée de médecins, pharmaciens, spécialistes en méthodologie et épidémiologie, dépend de la Haute Autorité de Santé (HAS). Elle est chargée, entre autres, de donner un avis aux ministres chargés de la Santé et de la Sécurité sociale sur la prise en charge des médicaments, en vue de leur inscription sur les listes des médicaments remboursables.

La commission a donc conclu que l'ajout d'Avastin® apporte une amélioration mineure du service médical rendu (SMR). Pour appuyer ses dires, elle se base sur le constat d'un gain modéré en survie globale chez les patientes incluses dans ce protocole. Elle cible également la fréquence élevée d'événements indésirables, plus particulièrement la survenue de fistules recto-vaginales chez les patientes concernées.

L'Avastin® ou bevacizumab est un médicament hospitalier utilisé chez les patients atteints de cancer colorectal métastatique, cancer du sein métastatique, cancer bronchique non à petites cellules,  cancer du rein avancé et/ou métastatique, cancer des ovaires, cancer de l'utérus persistant, en rechute ou métastatique. En fonction des protocoles de soins, il est administré seul ou en association avec d'autres médicaments de chimiothérapie.

L'Avastin® est le premier anticorps monoclonal dirigé contre le facteur de croissance de l'endothélium vasculaire. Lancée en 2004, cette molécule a la propriété d'assécher les tumeurs en les privant de nutriments. Le développement de ce traitement a valu le Prix Albert-Lasker pour la recherche médicale clinique à l'italo-américain, Napoleone Ferrara du laboratoire Genentech en 2010. Les ventes mondiales de l'Avastin® ont atteint les 2.5 milliards d'euros en 2008 et dépassé les 6 milliards d'euros cinq ans plus tard, ce qui représente 20 % du chiffre d'affaires du géant suisse Roche. Le laboratoire Roche a racheté sa filiale Genentech pour la modique somme de 43 milliards en 2009. Les médicaments pour traiter le cancer ont connu une croissance de 8,7% (+162,3 millions d'euros) en 2014.

Depuis avril 2015, le Laboratoire Roche a obtenu l'homologation européenne de l'association Avastin® plus chimiothérapie dans le traitement du cancer du col de l'utérus avancé. Le groupe suisse souligne à ce propos que cette molécule est le premier traitement en près de dix ans qui s'est avéré prolonger la survie de femmes atteintes de cette affection au stade avancé. L'annonce d'un cancer de l'utérus a concerné 90 femmes chaque jour en Europe en 2015, avec une issue fatale pour environ 35 d'entre elles. Ce type de cancer est la forme la plus courante chez la femme après le cancer du sein. Dans les formes avancées, son pronostic est souvent sombre.

La Mort en Sursis !

Une étude  parue dans le New England of Medecine en 2014 a montré que  l'adjonction d'Avastin® à une chimiothérapie pouvait améliorer la médiane de survie de 3.9 mois chez les patientes atteintes de cancer du col de l'utérus persistant, en rechute ou métastatique .

Suite au compte-rendu de la Commission de transparence, l'Avastin® a été rayé de la liste en sus des médicaments remboursés aux hôpitaux par la Sécurité sociale dans les indications de cancer du sein métastatique en association au paclitaxel ou à la capécitabine ainsi que dans le cancer du rein avancé et/ou métastatique en association avec l'interféron alfa-2a. Cette décision prise par le Ministère de la santé a pris effet au 1er septembre 2016. Fin décembre 2016, un arrêté publié au journal Officiel a étendu l'agrément de l'Avastin® aux collectivités pour le cancer du col de l'utérus persistant, en rechute ou métastatique  en association à la chimiothérapie. Ce qui signifie que la dépense liée à l'usage de ce traitement incombe aujourd'hui soit à l'établissement de santé qui en fait usage, soit aux patientes incluses dans ce type de protocole. En France, elles sont environ 400  femmes de tous âges potentiellement impactées par cette dernière mesure qui devrait les priver de ce traitement onéreux.

Un gain de survie de 3.9 mois, une centaine de petits jours gagnés sur la maladie, quelques milliers d'heures en plus, une nique à la mort de quelques semaines que l'on qualifie de mineure dans les hautes instances et qui, pourtant, peuvent être si précieuses pour les patientes concernées.

Que peut-on expliquer à ces femmes en âge de procréer ou pas, à ces mères ou grands-mères, à ces épouses qu'elles n'auront plus accès à un traitement leur permettant de gagner quelques semaines, quelques mois sur la maladie ? Y-a-t-il une seule raison valable que nous puissions invoquer pour amputer la vie d'un individu ne serait-ce que de quelques secondes ? Comment peut-on se permettre d'accorder ou pas du temps de vie supplémentaires sur des critères économiques ? Que dire aux enfants de ces femmes, que dire à ces futurs orphelins, à ces maris, à ces parents ? 

A n'en point douter, nous serions des milliards à nous emparer furieusement de ces quelques moments volés à la mort si nous étions à leurs places. Nous serions des milliards à lutter becs et ongles pour quelques secondes, une rallonge, un extra, un petit supplément, un peu de rab sur cette bonne vieille Terre. Nous serions tout autant à prier, à supplier pour avoir juste le temps pour un aurevoir, une confidence, pour prendre nos enfants dans nos bras, pour regarder encore le soleil qui se lève, pour dire à l'autre que nous l'aimons, ou pour simplement nous préparer...

La protection brevetaire de l'Avastin® prend fin cette année. Les génériques ou biosimilaires devraient arriver sur le marché dans très peu de temps entraînant une baisse sensible du prix de vente de cette molécule... Il aurait donc été judicieux d'attendre un peu avant de prendre un mesure aussi injuste pour ces centaines de patientes...

La Seringue.

 
https://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_412210/fr/commission-de-la-transparence

https://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2658489/fr/avastin-bevacizumab-anticorps-monoclonal-col-de-l-uterus

http://www.roche.fr/content/dam/roche_france/fr_FR/doc/Produits/Avastin/Avastin_EIC_06-07-2016.pdf

https://www.lesechos.fr/01/12/2009/LesEchos/20563-050-ECH_l-avastin--modele-exemplaire-des-biomedicaments.htm

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/chimie-pharmacie/cancer-la-france-face-au-cout-des-nouveaux-traitements-et-de-l-innovation-557352.html

http://www.roche.com/dam/jcr:6a419569-4d77-4d4f-b563-120cdebf243a/en/med-cor-2015-04-08-f.pdf

https://www.lesechos.fr/05/08/2016/LesEchos/22249-067-ECH_jean-david-zeitoun-----l-etat-commence-a-conditionner-le-remboursement-a-la-valeur-du-medicament--.htm

https://www.lesechos.fr/05/08/2016/LesEchos/22249-064-ECH_cancer---la-france-limite-le-recours-au-produit-phare-de-roche.htm#rqvzWkzUZL1H8Bvg.99

http://www.roche.com/dam/jcr:2fbbfbe2-6228-4d72-8d03-88f1d61fb429/en/med-cor-2013-06-02-f.pdf

http://www.directmedica.com/content/uploads/2013/03/MPL2974_P026_P033_DOSSIER.pdf