La Reconnaissance a la Vie Dure !

Ce mardi 7 mars, jour de grève nationale des infirmiers devrait être "the day to be" pour les quelques 600 000 hommes et femmes que comptent cette profession dans l'Hexagone. Cet énième appel à manifester sera-t-il enfin entendu par notre gouvernement ? Les professionnels vont-ils suffisamment se mobiliser pour un évènement susceptible d'ouvrir les portes du changement ? Quelles peuvent bien être les raisons de ce manque d'adhésion et de cohésion dont sont atteints les infirmiers de ce pays ? Pourquoi ont-ils tant de difficultés à être entendus ? Pourquoi certaines corporations telles que les chauffeurs routiers ou les cheminots sont-elles plus à même de se défendre ?

En dehors des difficultés à se mobiliser liées à une obligation de continuité des soins, la féminisation de la profession d'infirmier pourrait être un embryon de réponse à cette désaffection générale lors des appels à manifester. Car voyez-vous, chers amis, la grève, c'est un truc de mec, un truc viril ! La grève, cela nécessite de porter en soi une lourde dose de testostérone, cela implique d'avoir une paire de belles "cojones", du poil aux pattes et de la sueur sous les aisselles. Cela  suppose d'avoir le poing levé, ce qui sous-entend une main de malabar, de la poigne, une main de colosse qui bosse, une paluche rugueuse qui vous réduit vos métacarptes en bouillie lorsqu'elle vous étreint. Cela impose d'avoir une capacité vocale digne d'un ténor, capable de vociférer des slogans qui percutent et qui foutent la trouille à nos gouvernants. En conclusion, une femelle avec sa voix de crécelle et ses poignets graciles a peu de chance d'être crédible lorsqu'elle manifeste. A la femme, faible et soumise, le foyer et la marmaille et au mâle, brave et courageux, les luttes en tous genres. L'homme est un guerrier, rappelons-le, dont les pulsions destructrices ressurgissent  régulièrement de manière atavique. Il semblerait donc que la crédibilité passe par les hormones.

L'histoire des grèves nous confirme d'ailleurs cet état de fait. "La grève est un acte viril au point de départ, le travail productif ce sont les hommes", selon Michelle Perrot, professeure émérite d’histoire de l’université Paris-Diderot. Les droits des femmes sont une avancée que l'on peut considérer comme étant récente. Jusqu'à il y a peu, les femmes étaient assujetties à leurs époux et ce n'est qu'en 1946 que le principe de l'égalité absolue entre hommes et femmes fut inscrit dans la Constitution de la IVe République.

Avoir des droits, c'est être entendu et être entendu, c'est exister. Et pour ce faire, la femme aura lutté pendant presque 2000 ans. Deux longs millénaires pour gagner son autonomie et il semblerait qu'il y ait encore quelques efforts à faire en la matière. C'est, en tout cas, ce que l'on a pu constater lorsque le député européen polonais Janusz Korwin-Mikke affirme, il y a quelques jours, dans une session sur les inégalités salariales entre hommes et femmes au Parlement européen que "Les femmes doivent gagner moins que les hommes. Elles sont plus faibles, plus petites et moins intelligentes. Elles doivent gagner moins. C'est tout". Et Paf ! dans ta tronche, la femelle, retourne à tes casseroles et ne nous fais pas chier suer !

Rappelons -nous que, jusqu'en 1938, l'épouse a un devoir d'obéissance envers son mari. Qu'elle est donc, aux yeux de la loi, une incapable civile qui ne peut pas avoir de carte d'identité, de passeport ou de compte en banque sans l'autorisation de son époux pas plus qu'elle ne peut s’inscrire en faculté,  passer un contrat pour ses biens propres, accepter une donnation, séjourner dans un hôpital ou une clinique sans être accusée d’abandon de domicile. Soulignons que l'égalité professionnelle homme/femme ne date que de 1983. Éh ouais, mon gars, 1983, personnellement, j'en ai les yeux qui se révulsent.

Quelques Grèves de Femmes !

Les grèves strictement féminines, demeurent des épiphénomènes.  Jusqu'à la moitié du 20ème siècle, elles sont souvent limitées aux secteurs appliquant une stricte division sexuée comme la confection. Les femmes, peu syndiquées, ont souvent recours aux hommes pour les représenter ou pour négocier avec des employeurs qui refusent toutes tractations avec la gente féminine. Le mari devient fréquemment un deuxième obstacle lorsqu'une femme veut faire grève. Celles qui ont des velléités de se défendre ou de manifester sont souvent considérées comme des filles de mauvaise vie.

Les premières femmes à battre le pavé sont sans doute les parisiennes qui, en octobre 1789, marchent sur Versailles pour réclamer du pain au roi.  Elles sont quelques milliers ce jour-là à manifester contre la cherté de la vie et la disette avec, à leur tête, un homme, l'avocat Jean-Joseph Mounier. Ben ouais, seules et pourtant des milliers, on ne les aurait jamais entendues sans le soutien d'un mâle pardi !...

En 1869, à Lyon, 1800 ovalistes (ouvrières de la soie), cessent le travail dans les ateliers et se mettent en grève. Ces femmes, issues des campagnes ou venant d'Italie, travaillent douze heures par jour, debout, dans le bruit et l’humidité. Elles reçoivent un salaire de misère et vivent entassées dans les dortoirs patronaux. Elles demandent une augmentation de salaire et une diminution du temps de travail. Elles tiendront ainsi un mois, répandant la grève de fabrique en fabrique. A l'issue de la grève, elles demandèrent d'adhérer à l'Association Internationale du Travail.  Karl Marx accepta de faire d'une des meneuses, Philomène Rozan, une déléguée au congrès de Bâle.

En 1917, les "Midinettes", ouvrières parisiennes de la couture, déclenche une mobilisation qui va changer l'histoire du mouvement ouvrier français. Les conditions de travail dans les ateliers sont insupportables. Les salariées  travaillent dix heures par jour pour des salaires de misère. En quelques jours, la grève partie des Champs Elysées, se généralise dans les maisons de couture avant de s’étendre dans les usines d’armement et les établissements bancaires. La syndicalisation féminine, jusqu'alors très faible, va connaître un flambée vertigineuse. Les midinettes, mobilisées de mai à juillet 1917, gagneront le droit au repos le week-end et les accords de branche qui, plus tard, donneront les conventions collectives. L'année 1917 fut l'année de tous les conflits sociaux. On comptabilise ainsi 700 conflits, 300 000 grévistes, 565 succès ou accords collectifs.

En 1924, les "Penn Sardin", ouvrières de conserverie de sardines de Douarnenez dans le Finistère font grève pendant cinquante jours en chantant pour obtenir une revalorisation de leur salaire et une reconnaissance syndicale.

En 1966, plus de 3 000 ouvrières de l’usine d’armement d’Herstal, en Belgique, vont mener douze semaines de débrayage sur la seule revendication de la parité salariale avec un slogan qui marquera les esprits : "À travail égal, salaire égal". Cette lutte sociale reste un mythe fondateur pour la classe ouvrière féministe.

En 1988, 100 000 infirmiers  descendent dans la rue et vont paralyser pendant sept mois une partie des hôpitaux et des cliniques françaises. La grève est menée non pas par des syndicats mais par une coordination infirmière où sont représentés tous les établissements en grève. les infirmiers réclament l'abrogation du décret Barzach qui définit les nouvelles modalités d'accès à l'école d'infirmière, des embauches, une hausse des salaires et l'égalité des statuts entre secteur privé et public. La détermination de ces professionnels portera ses fruits puisque leurs revendications seront entendues. 

Flop ou pas Flop !

 Que nous manque-t-il alors pour aboutir là où d'autres ont réussi ? Notre condition de femmes serait-elle un obstacle à nos revendications ? Quelles sont nos armes et nos faiblesses ?

Demain, 08 mars 2017, à l'occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, les femmes se mettront en grève contre les nombreuses violences physiques, économiques, politiques, verbales ou morales qui leur sont infligées sous toutes les latitudes. Ainsi, elle seront dans la rue autour d'un slogan commun dont toute l'humanité a besoin en ces temps troublés : "La solidarité est notre arme". Et de solidarité, c'est bien de cela dont nous avons le plus besoin aujourd'hui. La journée internationale des femmes est l'histoire de femmes ordinaires qui ont fait l'histoire.

Entrez dans la légende, Soyez cette femme, rendez-vous demain si vous le voulez bien ...

La Seringue.

 

Ce sont les Américaines qui ont commencé, lit-on dans Antoinette (n° 1, mars 1964), c’était le 8 mars 1857… Pour réclamer la journée de 10 heures, elles ont envahi les rues de New York ”. Et quelles que soient les variantes de l’événement décrit – grève de couturières ou manifestation de rue – quelles que soient les revendications mises en avant – journée de 10 heures, à travail égal salaire égal, des crèches ou le respect de leur dignité – quels que soient les détails – journée printanière ou procession dans la neige – tout le monde s’accorde, de Mignonnes allons voir sous la rose à Des femmes en mouvement hebdo tant sur la date originelle que sur les jalons de l’histoire de la journée internationale des femmes.
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Source : http://www.archivesdufeminisme.fr/ressources-en-ligne/articles-et-comptes-rendus/articles-historiques/kandel-l-journee-des-femmes-le-mythe-des-origines/
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http://www.regards.fr/web/article/les-greves-de-femmes-ont-elles-un-genre-particulier

https://www.scienceshumaines.com/chronologie-les-droits-des-femmes-en-france_fr_14412.html

http://8mars.info/fin-de-l-incapacite-civile-des-femmes

https://www.scienceshumaines.com/chronologie-les-droits-des-femmes-en-france_fr_14412.html

http://tempsreel.nouvelobs.com/histoire/20161228.OBS3136/le-jour-ou-les-femmes-ont-fait-greve-pour-la-premiere-fois.html