Une Journée Ordinaire à Longjumeau !

Dans l'après-midi du 17 février 2017 à l'hopital de Longjumeau dans l'Essonne, une infirmière mettait fin à ses jours. Cette femme d'une cinquantaine d'années aurait été retrouvée inanimée dans les toilettes du personnel du service des urgences dans lequel elle effectuait sa première journée en tant qu'intérimaire.

Selon le parisien.fr qui relate les faits dans un article paru le 28 février 2017, ce décès n’est pas lié au malaise qui existe dans ce service, malmené par les restrictions budgétaires et le manque d’effectifs. Les délégués du personnel du syndicat Sud Santé indiquent d'ailleurs que "cette femme était en remplacement ponctuel, qu'elle venait d’arriver, que son suicide est un acte isolé qui serait davantage lié à des problèmes personnels".

Il est bon de rappeler qu'en date du 25 janvier 2017, le personnel des urgences de ce même  hôpital était en grève pour dénoncer des conditions de travail devenues difficiles face à une activité de plus en plus soutenue dans ce service. Tout comme il est aussi nécessaire de faire des calculs macabres. Combien de soignants ont mis fin à leurs jours en 2016 ? Quel est le bilan provisoire de cette année 2017 qui débute à peine ? Deux suicides de soignants pour ce seul mois de février, n'oublions pas qu'un infirmier s'est suicidé par défenestration le 06 févirer à l'hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris, plus d'un an après qu'un cardiologue de l'établissement se soit donné la mort de la même manière. Pendant que Madame Touraine fait de la médecine comptable, nous comptons nos morts !

La Seringue mène l'Enquête !

Lorsque l'on connaît la vitesse de propagation des informations, lorsque l'on sait que le moindre chien écrasé, le moindre fait divers susceptibles de faire de l'audience sont jetés en pâture au nez et à la face des lecteurs de manière quasi instantanée, on ne peut que s'interroger sur la parution tardive d'un tel scoop. Onze jours pour nous faire part de ce drame, onze jours qui s'apparentent à du dédain, du mépris, de la non-reconnaissance de la souffrance des soignants, onze jours pour nous la faire à l'envers, onze jours de silence parce qu'il nous faut entendre le bruit des bottes pour comprendre que c'est la guerre et que, faute de vacarme, les évènements s'éteignent d'eux-mêmes.

Y aurait-il eu une volonté de la part de l'administration de cet hôpital ou du ministère dont elle dépend de passer sous silence une information de taille à mettre le feu aux poudres ? Le personnel soignant aurait-il eu pour consigne de se taire ?

Selon le syndicat Sud Santé, "l'équipe des urgences est très choquée".  Certains membres du service n’ont pas eu la force d’aller travailler les jours qui ont suivi ce drame. "Mais il y a eu une énorme solidarité, certains ont prolongé leurs horaires, d’autres ont modifié leurs jours de repos, l’accueil des patients n’a pas été impacté"  .

Comme à l'accoutumée, il est navrant de constater que l'on joue sur les cordes sensibles du soignant. S'appuyer sur le dévouement, le professionnalisme, l'amour de son travail permet d'exploiter toujours un peu plus le personnel. Sous couvert de solidarité, on atteint des sommets en matière d'abus et de profits. Le lean management a encore de beaux jours devant lui... et Marisol a, de toute façon, LA SOLUTION à tous nos maux avec la mise en place de son observatoire national de la qualité de vie au travail et des risques psychosociaux censé nous rendre plus forts, plus performants, moins dépressifs, moins chochottes, plus compétitifs, moins asthéniques, plus énergiques, moins hypocondriaques et peut-être même moins cons.

Mon Travail m'a Tuer !

En France un homme ou une femme se suicide chaque jour à cause de son travail. Selon la sociologue Annie Thébaud-Mony, l'intensification du travail serait en lien direct avec cette hécatombe. "En quelques années, l’obligation de travail s’est transformée en obligation de résultat" nous dit-elle. La course au profit, la réduction des coûts, les contraintes de plus en plus fortes, une demande d'investissement personnel toujours plus grande seraient les principales raisons de la dégradation des conditions de travail. L'employé se retrouve souvent seul face à ces obligations de résultat.  Ces formes de management à la sauce personnalisée sont à l'origine de nombreux troubles psycho-sociaux dans le travail.

Selon Brigitte Font Le Bret, psychiatre spécialiste de la souffrance au travail, " depuis des années, tout est fait pour casser les collectifs de travail et les liens de solidarité. Or, le travail est collectif, et non individuel. Les drames sont l’expression de cet isolement des salariés ".

Durkheim dans son ouvrage Le suicide (1897) affirmait que le taux de suicide ne pouvait se comprendre que par une analyse globale de la société.

Peut-on alors parler de crise à l'hôpital ?... Madame Touraine, je ramasse les copies dans deux heures.
La Seringue.

 

http://www.leparisien.fr/essonne-91/longjumeau-les-urgences-sous-le-choc-apres-le-suicide-d-une-infirmiere-28-02-2017-6720426.php

http://www.leparisien.fr/longjumeau-91160/longjumeau-le-personnel-des-urgences-exprime-sa-colere-dans-la-rue-25-01-2017-6617328.php

http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2017/02/06/97002-20170206FILWWW00106-un-infirmier-se-suicide-a-l-hopital-georges-pompidou.php

http://www.psychologies.com/Travail/Souffrance-au-travail/Stress-au-travail/Articles-et-Dossiers/Quand-le-travail-fait-mal/Travail-pourquoi-tant-de-suicides

Annie Thébaud-Mony est sociologue et directrice de recherches à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Elle est l’auteur de Travailler peut nuire gravement à votre santé (La Découverte, mai 2008)