Ô Patience, Reine des Vertus !

Il y a quelque temps, j'ai eu l'occasion d'accompagner un proche aux urgences pour une crise de colique néphrétique. Pour ne pas déroger à une habitude commune à beaucoup d'entre nous, cette expédition eut bien sûr lieu un dimanche. Tu sais, ce jour où tu as réservé un resto, où tu as payé à l'avance des billets pour toute la famille pour aller voir un match de foot, où tu as invité ta belle -mère, où tu as promis à tes gosses que tu les emmènerais au cinéma. Bref, ce jour béni de repos tant attendu qui attire souvent les emmerdes façon "loi des séries".

Nous arrivons mon ami et moi tant bien que mal à l'hôpital, lui, plié de douleurs et moins passablement agacée par le nombre de personnes qui attendent leur tour. Dans ce cas de figure, il existe plusieurs options.

Option 1 : l'infirmière que je suis dit qu'elle est infirmière et grâce à ce sésame miraculeux, elle espère bien remonter 92 numéros d'une traite dans la file d'attente ni vu ni connu.

Option 2 : l'infirmière que je suis ne profite pas de son statut pour passer dans le peloton de tête et elle a bien tort.

Option 3 : l'infirmière que je suis abandonne son ami sur la chaise où elle l'a déposé et se barre.

Je choisis l'option deux, je sais que j'ai bien tort et je me dis que, grâce à cet acte héroïque, j'y serai encore demain matin...On dit merci à cet excès de zèle qui consiste à se la boucler !

La Vie, c'est pas du Cinéma !

Durant ce long dimanche à l'hôpital, l'infirmière que je suis n'a pu s'empêcher d'éplucher et d'analyser chaque situation avec son oeil de soignant.

Ainsi, j'ai passé quasiment douze heures à attendre dans ce service des urgences. Douze heures à observer les allées et venues de chacun. Douze heures à regarder les portes automatiques s'ouvrir et se fermer. Douze heures à entendre des alarmes. Douze heures à voir entrer et sortir des brancards. Douze heures debout parce qu'il n'y avait plus de chaises disponibles. Douze heures sans boire parce que le distributeur de boissons était en panne. Douze heures sans papier toilettes dans les wc.

Durant ces douze heures, j'ai vu une salle d'attente prête à exploser. J'ai vu l'agacement des patients, leur découragement, leurs angoisses, leurs exaspérations, leurs incivilités aussi. J'ai vu une personne âgée sans doute oubliée,  garée dans un coin en attendant une place dans un service quelconque. J'ai songé alors qu'il faut avoir la force de se manifester pour être entendu dans un tel brouhaha. J'ai vu des enfants fièvreux dans les bras de leurs mères inquiètes. J'ai vu des personnes agressives menacer des soignants. J'ai vu des familles exigeantes, sûres de leurs droits mais pas de leurs devoirs. J'ai songé alors qu'il n'y avait jamais d'émeutes ni de violences lorsque ces mêmes personnes font la queue dans les grands magasins pour acheter la dernière version d'un Ail-phone à 700 patates.

Durant ces douze heures, j'ai vu un personnel débordé qui court après le temps ou le matériel mais qui, malgré tout, tente de rester disponible. J'ai vu des médecins soucieux, désespérés ou contrariés de ne pas trouver de lits pour leurs patients. J'ai vu des soignants qui n'avaient pas même le temps de satisfaire des besoins vitaux comme boire, manger ou uriner  J'ai vu une machine en panne garée dans un coin, un brancard très abîmé. J'ai vu toute l'énergie qu'il faut déployer lorsqu'un malade décompense. J'ai vu avec quel professionnalisme tous ces soignants travaillent de concert pour que les autres patients ne s'aperçoivent de rien. J'ai vu une infirmière qui, m'a-t-elle dit, était là hier après-midi et qui est revenue travailler ce matin pour remplacer au pied levé sa collègue tombée malade. J'ai vu un interne épuisé par sa garde. J'ai vu un étudiant en soins infirmiers perdu. J'ai vu la bienveillance d'une aide-soignante envers une personne âgée incontinente. J'ai vu un agent hospitalier faire son travail consciencieusement. J'ai vu la secrétaire à l'accueil se faire insulter par un monsieur qui ne voulait pas attendre son tour. J'ai vu un personnel compétent, soucieux de bien faire son travail, mais submergé par l'impressionnante tâche qu'il a à accomplir chaque jour.

J'ai pris la mesure des effets désastreux et destructeurs des coupes budgétaires dans le secteur de la santé. Je me suis dit que je trouvais l'hôpital malade de sa gestion, il y a de cela plus de dix ans et que c'était la raison pour laquelle je l'avais quitté. J'ai pensé qu'il était aujourd'hui à l'agonie. J'ai compris pourquoi certains soignants ne tenaient plus le coup.

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La Seringue..... Une plume à la place de l'épée (Les 4 Mousquetaires)