Il fut une époque où, à leur corps défendant, les infirmières ont participé à des campagnes de publicité qui, aujourd'hui, leur auraient valu la condamnation de toute une société. Mais c'était le temps d'avant...

Quand les Infirmières faisaient la Promotion du Tabac !

La publicité pour le tabac est interdite en France depuis la loi Evin de 1991. Fumer tue, ce n'est plus aujourd'hui une hypothèse mais une preuve scientifique. Pourtant, il n'en a pas toujours été ainsi. Dès la fin de la Deuxième guerre mondiale, la consommation de tabac, encouragée par les pouvoirs publics qui en détenaient le monopole, progressa de manière exponentielle. Les taxes sur le tabac correspondaient alors à presque 5 % des recettes de l'État.

Dans les années 50, Richard Doll et Austin Bradford Hill, tous deux scientifiques anglais, sonnent l'alerte sur les possibles méfaits du tabac. Les études suivantes confirmeront ces dangers sans pour autant que des mesures sanitaires soient prises. Le manque à gagner est, à cette époque, si important pour l'État que le silence est de mise dans les ministères. Pour vendre leurs produits, les géants de l'industrie du tabac ne reculent devant rien.

Aussi, n'hésitent-ils pas à mettre en scène des professionnels de santé sur les affiches de leurs campagnes publicitaires. C'est ainsi que des infirmières nous ont vanté les bienfaits de la cigarette Red Apple dont le slogan disait  "Vous êtes prêt à souffler, pour l'infirmière Bonnie, il n'y a qu'un seul goût qui donne réellement satisfaction" ou encore pour la marque Camel "Vous les aimez fraîches, moi aussi !

La cigarette tue 5.5 millions de personnes chaque année. Elle a fait 100 millions de victimes au 20ème siècle et aura probablement décimé un milliard d'individus à la fin du 21ème siècle. La quantité de cigarettes produites chaque année pourraient remplir 24 pyramides de Khéops et leur combustion déposer 60 000 tonnes de goudron dans les poumons humains.

 

 

 

Quand les Infirmières proposaient de l'Alcool !

La consommation d'alcool remonte à l'Antiquité. Son usage gardera cependant un caractère sacré et initiatique durant des siècles. Au Moyen-Âge, l'ivresse devient un péché. Le marché du vin s'accompagne de charges, d’impôts et de privilèges. Il faut attendre la renaissance pour que la notion de vin-plaisir apparaisse et avec elle, les grands crus. La France rurale utilisera le vin comme aliment et médicament jusqu'au début du 20ème siècle. L'alcoolisme devient un fléau au moment de la révolution industrielle. La loi du 13 février 1873 interdit la vente  d'absinthe, premier alcool vendu en France.

Les vertus certaines de l'alcool ont sans doute participé à son enracinement dans nos cultures occidentales. Bien avant Jésus-Christ, Hippocrate attribuait déjà des effets purgatifs et diurétiques à l'alcool. Au Moyen-Âge, le vin était susceptible de refaire la chaleur du corps et des membres, de dissiper les mauvaises humeurs, de déboucher les conduits du foie, de la rate, des reins et de la vessie et de faciliter la digestion. Le vin amer donne de l'appétit, le vin doux a des propriétés nutritives.  La bière, quant à elle, avait le pouvoir de vaincre des épidémies comme le choléra. Louis Pasteur considérait le vin comme "la plus saine des boissons" car bactériologiquement stérile contrairement à l'eau. Durant la Première guerre mondiale, la consommation d'alcool atteignit des sommets. Il fallait soigner tous les maux et principalement la peur de la Grande Guerre. Aussi, dès 1914, chaque soldat reçut-il une ration d'un quart de litre de vin et de 6 centilitres d'eau-de-vie. Cette ration augmenta  pour finir à une litre de vin et 50 centilitres d'eau-de-vie en 1918. Les vertus de l'alcool et principalement des apéritifs et digestifs aux propriétés médicinales furent vantées auprès des troupes. Notre infirmière italienne tend ici un verre d'Amaro, digestif amer italien fabriqué à base de 33 plantes aromatiques.

Ce n'est que très récemment que l'alcool est devenu une substance psycho-active considérée comme dangereuse. En effet, ce fut en 1999 que les compétences de la Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie (MILDT) furent étendues à l'ensemble des substances psychoactives licites, au rang desquelles figure l'alcool.

Quand les Infirmières buvaient du Coca-Cola !

Il y a 130 ans, John Pemberton, pharmacien à Atlanta aux États-Unis, inventait une boisson qui allait faire le tour de la planète. Le Coca-cola était né. Sa recette est, à ce jour, la mieux gardée au monde. Des huiles essentielles d'orange, de citron, de muscade, de coriande, de fleurs d'oranger, ainsi que de cannelle, de jus de citron, de vanille, de caramel, de colorant, de sucre et d'extraits de feuille de coca constituent l'essentiel de cette boisson. Le mystère reste entier sur les proportions de chaque ingrédient. Officiellement, le Coca-Cola n'est plus composé de cocaïne depuis 1903. Le Coca-Cola a été jugé "fourniture de guerre" par le président Roosevelt lors du débarquement des alliés. Le PDG Robert Woodruff s'est engagé à cette époque à ce qu'un soldat américain puisse s'en fournir n'importe où pour la somme maximum de cinq cents. Ces décisions contribueront à étendre le marché de Coca à la Libération, quand les populations ont réellement eu l'occasion de découvrir la boisson, bien qu'arrivé dès 1934 en France.

Chaque litre de ce breuvage contient 85 grammes de sucre ! Les américains sont les premiers victimes de cette boisson si addictive. Selon une étude publiée par l'Institut français des relations internationales (Ifri), entre 1988 et 1994, le nombre d'adultes en surpoids aux États-Unis touchait 30 % de la population. En 2012, 34 % des Américains adultes étaient obèses. Il semblerait que ce fléau se propage à tous les pays industrialisés.

Notre petite infirmière nous incite donc sur cette affiche, à consommer une boisson gazeuse qui contient 140 calories dont 0 gr de protides, 0 gr de lipides et 35 gr de glucides soit 12 morceaux de sucres par canette de 33 centilitres !

 La Seringue.

https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2009-2-page-105.htm

http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/02/25/les-conspirateurs-du-tabac_1647738_3224.html

http://www.vivelapub.fr/fumez-cest-bon-pour-votre-sante-selon-la-pub/

http://www.memoireonline.com/11/12/6522/m_Aperitif-et-sociabilite-Etude-de-la-consommation-ritualisee-et-traditionnelle-de-lalcool10.html

http://centenaire.org/fr/espace-scientifique/societe/la-consommation-dalcool-sur-le-front-14-18

http://www.archives-lyon.fr/archives/sections/fr/centenaire1gm/archives_racontent/alcool/

A lire :

"GOLDEN HOLOCAUST : ORIGINS OF THE CIGARETTE CATASTROPHE AND THE CASE FOR ABOLITION" de Robert Proctor (UniversityofCalifornia Press, 752p., 37€ ).