Vive Internet !

Y'a pas à dire, on vit vraiment dans un monde merveilleux ! Les différents appareils d'imagerie médicale sont aujourd'hui capables de nous analyser ou de nous découper virtuellement en tranches dans un but diagnostique. Les informations circulent plus vite que la pensée. Aussi les examens aussitôt faits peuvent-ils être aussitôt réceptionnés dans notre messagerie personnelle.

C'est, en tout cas, ce que propose certains cabinets de radiologie. Vous passez donc votre examen, inquiet ou pas, détendu ou pas, affolé ou pas, désespéré ou pas. Vous vous soumettez à l'absorption de produits radio-opaques ou pas d'ailleurs. Vous attendez que tout soit dans la boîte. Vous rejoignez ensuite le secrétariat où l'on vous convie à vous connecter sur votre boîte mail pour récupérer le compte-rendu signé par le radiologue d'ici une à deux jours.

On ne s'embarrasse donc plus d'une visite chez le médecin pour parler des résultats de votre examen qui atteste de votre bon état de santé ou, au contraire, de votre futur cancer ou de vos métastases qui se baladent un peu partout dans votre organisme. On fait ça tranquillou, tout seul façon "homemade" en sirotant son infusion ou son double whisky pour digérer la pilule.

Dans la Série "Je me débrouille tout seul" !

 Vous êtes donc pété de trouille juste à l'idée de vous connecter. Vous passez trois jours à regarder votre écran comme s'il y avait une bombe à l'intérieur. Il faut avouer que parfois, il y en a une voire même plusieurs et que forcément, vous avez toutes les raisons du monde de trembler comme un gosse devant le logo de votre boîte mail. Au quatrième jour, vous prenez votre courage à deux mains et vous tapez fébrilement sur votre touche "courrier". Bingo, le cadeau tant attendu est enfin "in the bottle". Il vous faut maintenant l'ouvrir. Vous retenez votre respiration, à la une, à la deux, à la trois... Open ! Yes, you can ! A la première lecture, vous vous demandez si le papier a bien été traduit dans votre langue maternelle et vous reprenez votre souffle. Finalement, vous arrivez à déchiffrer deux ou trois termes compréhensibles parmi ce jargon médical. Vous vérifiez qu'il s'agit bien de vous et qu'il n'y a pas d'erreur. Ben ouais, y'a pas photo, c'est bien votre nom, votre date de naissance.  Vous êtes donc bien l'heureux destinataire de ce foutu torchon. Vous relisez la prose et là, vous tombez sur les mots nodule, images ganglionnaires, aspect séquellaires, macro-nodule, avis pneumologique... et vous vous dites c'est foutu, je vais crever...

Un puissant instinct de survie vous amène à la touche "google" de votre téléphone androïd, vous tapotez comme un forcené et vous en concluez que non seulement "vous allez crever" et qu'avant "vous allez souffrir". Vous vous faites le film de tous les crabes à petites cellules ou à pas petites cellules qui ont pu envahir vos poumons. Vous imaginer le schéma de toutes les métastases. Vous vous voyez malade comme un chien lors de votre prochaine chimiothérapie. Vous vous imaginez sans un cheveu sur le caillou avec trente kilos en moins. Vous vous sentez surtout désespéré et seul. Vous êtes passé du mode "je vais bien" au mode "je ne veux pas vivre tout ça". Vous avez déjà fait vos adieux en pensée à vos enfants, mari ou femme, parents et amis. Une idée suicidaire qui, dans la plupart des cas ne dure pas, s'insinue doucement dans votre esprit...Vous êtes au bout du rouleau, devant un précipice et il en faudrait peu pour que vous ne sautiez !

C'est à peu près l'état d'esprit que beaucoup d'entre nous ont, ont eu ou auront devant une telle annonce en mode solo. Dans le cas du cancer, l'annonce du diagnostic est une étape qu'il ne faut absolument pas vivre seul. L'accompagnement fait partie des mesures du Plan cancer 2003-2007 qui prévoit de faire bénéficier aux patients de meilleures conditions d'annonce du diagnostic de leur maladie .

La consultation d'annonce est un temps médical obligatoire. Laisser un patient livré à lui-même face à un compte-rendu radiologique qu'il n'est pas à même d'interpréter est une attitude risquée voire dangereuse. Qui d'entre nous n'a jamais consulté internet au moindre petit bobo ? Qui n'a jamais découvert un petit bouton suspect sur son corps ressemblant à une piqûre de moustique mais qui, au fil des consultations sur les sites médicaux s'est transformé en horrible maladie incurable ? C'est une bombe entre les mains des patients que de les laisser seuls devant un compte-rendu médical. A titre de comparaison, c'est un peu comme si les résultats d'une prise de sang contenant un contrôle VIH vous étaient envoyés directement chez vous sans aucune autre forme de procès. Autre temps, autres moeurs, les prises en charge des patients ne s'embarrasseraient-elles plus aujourd'hui des précautions élémentaires ?

La Seringue.