Quand on vous dit qu'il n'y a plus de sous !

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Le droit à la santé est apparu pour la première fois dans la Constitution de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en 1946. Les états parties réunis à New York déclarent alors que "La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité. La possession du meilleur état de santé qu'il est capable d'atteindre constitue l'un des droits fondamentaux de tout être humain, quelles que soient sa race, sa religion, ses opinions politiques, sa condition économique ou sociale. La santé de tous les peuples est une condition fondamentale de la paix du monde et de la sécurité. Elle dépend de la coopération la plus étroite des individus et des Etats. Les gouvernements ont la responsabilité de la santé de leurs peuples; ils ne peuvent y faire face qu'en prenant les mesures sanitaires et sociales appropriées."

La Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 mentionne dans son article 25 que "Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté."

Ainsi, dès la fin de la deuxième guerre mondiale, l'application du concept de "la santé pour tous" fut-il un voeu pieu pour de nombreux pays. La France devint, à ce titre, l'un des meilleurs systèmes au monde en matière de soins et de prises en charge. Et puis, et puis sont venus les crises de 1973, 1980, 1993 ou encore 2008, le chômage, l'espérance de vie qui s'est mis à augmenter, les maladies chroniques qui ont flambé et tout un paquet de grains de sable qui, au final, ont grippé une mécanique qui tournait au quart de tour.

En 2015,  la direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) évaluait la consommation de soins et de biens médicaux à 194,6 milliards d’euros. A cette même date, La France consacrait 11 % de son PIB à la santé, tout comme la Suède, l’Allemagne et les Pays-Bas.

Les ménages ont, pour leur part, affecté la somme d'environ 250 euros par habitant et par an à leur consommation de santé, soit moins que la plupart de leurs voisins européens. Cette part restant à leur charge recule pour la quatrième année consécutive et atteignait 8,4 % de leur budget en 2015. Soyons donc heureux, chers concitoyens car, selon les dires des statistiques, notre santé se porte plutôt pas mal... Même si en 2013, selon le 7ème baromètre d'Europ Assistance, 33% des Français renonçaient à se soigner ou reportaient leurs soins, faute de moyens... Même si trois ans plus tard, selon un baromètre Ipsos/Secours populaire, six foyers modestes sur dix indiquaient avoir eu des difficultés pour payer certains soins comme les consultations chez un ophtalmologiste ou un dentiste.

La facture est donc aujourd'hui très lourde pour l'État et surtout très douloureuse pour les français. Malgré des cotisations sociales qui ne cessent d'augmenter, la conclusion est simple : Y'a plus d'sous ! Cependant, inutile de vous inquiéter si les caisses sont vides parce que, quand y'a plus d'sous ben y'a quand même des solutions... La première option pour venir à bout d'une difficulté, c'est bien sûr de s'en séparer...La sécu nous emmerde ! Jetons-la en pâture aux assurances privées... Nous allons donc progressivement basculer vers une libéralisation totale du système d'assurance maladie. . Libérés, délivrés, diront certains. Pourtant, l'histoire ne nous dit pas encore si nos prélévements sociaux vont baisser... Par contre, tout laisse à présager que les assurances privées, quant à elles, s'en mettront pleins les fouilles... La libéralisation du système d'assurance maladie sera, de plus, une solution à effet dominos qui permettra à terme de régler divers problèmes, des petits détails de l'histoire comme aurait dit un certain Jean-Marie, quelques broutilles. Petite explication par le texte...

Et si y'avait trop de Vieux !

Vous le savez tous, notre bilan démographique est catastrophique ! 66.6 millions d'âmes occupaient ce pays en 2016. La France compte 25.8 millions d'actifs et un peu plus de 12 millions de personnes âgées de plus de 65 ans, parmi ces derniers, 1.3 millions de personnes dépendantes. Un indicateur conjoncturel de fécondité qui est passé sous la barre des deux enfants tout en sachant qu'il faut 2,1 enfants par femme pour renouveler une population à terme. En 2014, 8,8 milliards d'euros ont été consacrés aux soins de longue durée aux personnes âgées hébergées en établissement. Le coût de la dépendance explose et celui des maladies chroniques aussi. Le coût mensuel moyen de la dépendance est de 2 200 euros par mois pour la personne âgée qui reste à domicile. Il est de 2 500 euros par mois pour celle qui réside dans un établissement spécialisé. La retraite moyenne d'une personne âgée est de 1 288 euros par mois. Malgré la retraite et les aides perçues telle l'Allocation Personnalisée d'Autonomie (APA), le reste à charge pour la personne dépendante varie entre 400 et 700 euros par mois.

En quelques mots, y'a trop de vieux, ils coûtent trop cher et la libéralisation de l'assurance maladie pourrait bien devenir THE solution.

Par quel miracle, me direz-vous ? Et bien, on peut considérer que si l'assurance maladie se désengage au profit des assurances privées, ces mêmes assurances ne vont pas tarder à augmenter leurs cotisations de manière significative. On peut aussi supposer qu'avec une retraite à 1200 patates, on ne peut s'offrir la super-extra-magnifique mutuelle de nos rêves qui nous garantira une prise en charge de qualité. Aussi, on peut facilement en conclure que les personnes âgées seront sans doute les premières à se priver de soins par manque de moyens et nous connaissons tous les conséquences tragiques d'un tel renoncement. Les vieux, déjà pas mal abandonnés dans nos sociétés dites développées mourront en masse faute d'avoir été pris en charge. Ainsi, le trou béant de la sécurité sociale commencera-t-il à se combler par tous les cadavres de ces pauvres malheureux qui n'ont pu accéder au droit fondamental de pouvoir se soigner. Les statistiques ne s'en porteront que mieux. Seule ombre au tableau, l'espérance de vie qui se mettra à chuter de façon vertigineuse. On ne peut pas tout avoir hélas et puis d'ailleurs, cette planète est déjà surpeuplée...

Et si y'avait trop de Chroniques !

La France comptait dix millions de patients en Affection Longue Durée (ALD) en 2014. Ce nombre a bondi de 10 % en dix ans. Diabète, cancers, affections psychiatriques, maladies coronariennes, ect...le coût annuel des soins s'élève à 9.200 euros par personne, soit 90 milliards d'euros au total.

La Direction générale du Trésor a émis récemment l'idée de  supprimer le régime des ALD. Elle nous a concocté un petit projet pas piqué des hannetons avec la mise en place d'un "bouclier sanitaire" où tous les assurés auraient un plafond de reste à charge.

Rien de nouveau sous le soleil puisque le reste à charge est déjà bel et bien présent. Selon une étude menée par la Ligue contre le cancer en 2013, 47% des personnes atteintes de cancer déclarent avoir subi des restes à charge du fait de la maladie. Selon une étude menée par le Collectif interassociatif sur le santé (Ciss), 60 millions de consommateurs et le cabinet Cemka Eval, le reste à charge (hors prise en charge par la sécurité sociale et les mutuelles) des personnes atteintes d'un diabète, d'un cancer, du VIH, ou encore d'une insuffisance rénale chronique, atteignait en moyenne 752 euros par an. En somme, les dépenses totales de santé des Français touchés par une Affection de longue durée (ALD) sont prises en charge à 88%. Et 10% d'entre eux paient de leur poche 1.700 euros par an en moyenne.

Et si les Labos se sucraient moins ...

La personne malade est de plus en plus stigmatisée parce qu'elle coûte une blinde à la société. Pourtant, ces frais sont également imputables aux prix de certaines molécules dont les coûts sont exhorbitants. A ce propos, Médecins du Monde n'a pas hésité à réaliser une campagne d'affichage dénonçant ces dérives chiffres à l'appui. Les réseaux d'affichage ont d'ailleurs refusé ses panneaux et Médecins du monde a dû se rabattre sur internet pour faire passer son message.

Puissance des lobbies, me direz-vous ...?

 

Et si y'avait pas assez de Prévention ?

N'omettons pas de souligner que la prévention reste le parent pauvre de notre système de santé. L'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) souligne à ce sujet que la France ne consacre que 2% de ses dépenses de santé à la prévention, alors que ce chiffre atteint 3% en moyenne dans l'Union européenne. Rappelons pour finir la définition de la prévention selon l'OMS : La prévention est l'ensemble des mesures visant à éviter ou à réduire le nombre et la gravité des maladies ou des accidents. Et qui dit réduction des risques dit réduction des coûts, CQFD...

La Seringue.

 

http://drees.social-sante.gouv.fr/etudes-et-statistiques/publications/recueils-ouvrages-et-rapports/recueils-annuels/panoramas-de-la-drees/article/les-depenses-de-sante-en-2015-resultats-des-comptes-de-la-sante

http://www.lefigaro.fr/conso/2014/01/23/05007-20140123ARTFIG00312-les-francais-reduisent-leur-budget-sante.php

http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/de-plus-en-plus-de-francais-renoncent-a-se-soigner-faute-d-argent_1827604.html

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/10/15/21392-francais-sur-trois-renonce-se-soigner

https://www.insee.fr/fr/statistiques/1908103

https://www.generali.fr/dossier/cout-dependance/

http://www.lesechos.fr/10/03/2016/LesEchos/22147-015-ECH_la-france-compte-10-millions-de-malades-de-longue-duree.htm

http://www.latribune.fr/economie/france/ces-restes-a-charge-qui-pesent-sur-les-malades-du-cancer-610704.html