Rose c'est parfois Morose ...

Ah ! le mois d'octobre, le mois des vendanges, des cueillettes des noix, des noisettes, des champignons, le mois où les journées raccourcissent, où le froid s'installe doucement et... le mois rose/morose dédié au cancer du sein.

31 jours pour parler de cette maladie qui touche de plus en plus de femmes. 31 jours pour évaluer l'ampleur de ce que certains qualifient d'épidémie dans le monde occidental, 31 jours pour parler de prévention et de nouveaux traitements, 31 jours pour courir, danser, chanter, peindre, relever des défis pour participer et se sentir concerné. 31 jours entièrement dédiés à nos lolos, nos miches, nos nichons, nos nénés, nos doudounes, nos nibards, nos roberts, nos pare-chocs, nos mamelles, nos tétés, nos roploplos, nos airbargs... A ce propos, le terme "roberts" a pour origine le biberon inventé par l'ingénieur français Eugène Robert au 19ème siècle.

Enfin bref, un mois entier pour célébrer cet attribut féminin qui fait chavirer le coeur des hommes et nourrit ses enfants. Un mois pour s'inquiéter, un mois pour se rassurer grâce à la prévention, un mois tout en couleur pastel ou acidulé fait de multiples questions et de quelques pistes de réponses sur une pathologie qui nous fout tous les jetons...

Beaucoup de femmes atteintes d'un cancer du sein se demandent quelle est l'origine de leur mal et qu'ont-elles pu bien faire pour que ça leur arrive à elles. Pour certaines, la génétique a en partie répondu à leur interrogation. Pour d'autres subsistent un sentiment de culpabilité liés à leur mode de vie. Pilule et tabac, tabac et alcool, obésité, inactivité physique, alimentation, stress, utilisation d'antisudorifiques, de désodorisants, antécédent d'avortement, implants mammaires, port de soutiens-gorge sont autant de raisons de se sentir coupables de ce mal qui les étreint. Pourtant, l'impact de l'environnement sur la survenue du cancer du sein est aujourd'hui une certitude. Certains agents, chimiques, physiques ou biologiques sont classés comme cancérigènes avérés et certains types de cancers leur sont imputables. Parmi eux, le DDT...

DDT, un demi-siècle plus tard ...

Nous nous en doutions un peu. Comme à l'accoutumée, certains niaient l'évidence. Et pourtant, le constat est sans appel, le dichlorodiphényltrichloroéthane ou plus simplement dit le DDT pourrait en partie expliquer l’épidémie actuelle de cancers du sein. Selon une étude publiée en 2015 dans le Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism sur un échantillon de plus de 20 000 femmes, celles  fortement exposées  au DDT in utero au cours des années 1960 auraient un risque quatre fois supérieur de développer un cancer du sein. Le DDT est un perturbateur endocrinien et les formes hormonodépendantes de ce cancer sont les plus fréquentes dans ce groupe de femmes. En France comme dans tous les pays industrialisés, l’incidence de cancer du sein, tout comme celle de la prostate également hormonodépendant, a fortement augmenté ces dernières décennies. Selon l’Institut national du cancer (Inca), elle est passée de 56,3 cas pour 100.000 femmes en 1980 à 97,8 cas pour 100.000 en 2005, avant de redescendre à 88 cas pour 100.000 femmes en 2012.

Le DDT ou dichloro-diphényl-trichloréthane est un insecticide organo-chloré. Synthétisé par Othmar Zeidler en 1874, ses propriétés insecticides ne furent découvertes qu’en 1939 par Paul Hermann Müller qui reçut en 1948 le Prix Nobel de Médecine avec cette mention : « Grâce à vous, la médecine préventive peut à présent combattre de nombreuses maladies transmises par les insectes… ». Les personnes nées avant les années 70 à la campagne ont toutes connu et sans doute sniffé les pulvérisations de DDT sur les champs de pommes de terre pour lutter contre les doryphores. Elles se sont également aussi toutes frottées aux produits anti-poux fabriqués à base de DDT.

Après avoir sauvé des millions de vies humaines pendant des dizaines d’années, le DDT fut interdit en France en 1971 et en Europe à partir de 1970. Classé Polluant Organique Persistant (POP) depuis la conférence de Rio en 1992, le DDT est déclaré toxique. Il s'accumule dans la chaîne alimentaire, a une demi-vie de 15 ans et voyage sur de longues distances.

Pourtant, le site http://www.societechimiquedefrance.fr s'interroge sur la toxicité du produit et affirme qu'en terme de santé humaine, aucun risque n’a pu être démontré ! Un long paragraphe est consacré à l'usage du DDT dans la lutte contre le paludisme dans les zones endémiques. L'auteur déclare que nul ne conteste l’interdiction du DDT en tant que pesticide d’épandage dans les pays riches et conclut avec sa petite pensée du jour d'un cynisme effarant  "POP, POP, POP, sauver la biodiversité ou sauver les pays pauvres, faut-il vraiment choisir ? ".

La Seringue.

 

http://curie.fr/actualites/ddt-l%E2%80%99exposition-utero-augmente-risque-cancer-sein-006311

http://www.societechimiquedefrance.fr/ddt