Très Chère No !

Si tu le permets, laisse moi t'appeler ainsi. No te va si bien. Il te réduit à la négation de ton existence et me conforte dans l'idée que j'ai de toi. Au diable les convenances, j'ai, aujourd'hui, envie de me faire plaisir à tes dépens. Je te trouve inapte, incompétente, déficiente et parfois même stupide.

J'aurais pu comme tout le monde te nommer Ngap. Mais il faut bien avouer que ce nom étrange a un parfum d'exotisme. Il semble suspendu entre l'Asie et le continent africain, incite à des envies de voyages extraordinaires qui ne te correspondent pas.

J'aurais pu également me la jouer apparatchik, épeler chaque lettre de ton nom, N.G.A.P et faire de toi un acronyme mais c'était déjà t'accorder trop d'importance. Et puis le sigle dissimule souvent dans sa forme un fond que l'on ne veut pas prononcer.

J'aurais pu tout aussi bien te nommer nomenclature générale des actes professionnels sans faire ni raccourcis ni tralala, comme on égrène des titres de noblesse mais c'était te faire trop d'honneur.

Finalement, No est un nom qui te colle comme un gant. Ces deux petites lettres innocentes sont ma façon à moi de te dire à quel point aujourd'hui, tu manques de sens à mes yeux. Chaque cotation m'est d'ailleurs devenue pénible.

Lorsque je t'ai découverte, il y a de cela quelques années, tu m'as tout d'abord beaucoup intimidée. Je ne t'ai pas trouvé très attirante de prime abord et pourtant, j'ai parcouru chacun de tes articles avec la ferme intention de te comprendre. Il nous fallait cohabiter, n'est-ce pas ? Il en allait de ma survie puisque c'est grâce à toi que je pouvais vivre et nourrir ma famille.

Tel un enfant malhabile qui fait ses premiers pas, j'ai quelquefois trébuché sur un mot, une signification, un code qui ne m'étaient pas familiers. Je me suis heurtée à toutes tes subtilités et j'ai tenté de m'adapter. J'ai même souvent courbé l'échine lorsque la réalité de terrain ne correspondait pas à tes desiderata. j'ai très vite compris qu'entre nous, ce serait un engagement à la vie, à la mort. Il n'y avait aucun espoir de sortir des mailles de ton filet si bien tissé. Tu as fait de l'ambiguïté ton cheval de bataille et tu excelles aujourd'hui dans l'art de l'interprétation. Grande tragédienne que tu es !

Je t'Aime Moi non Plus !

Je me suis tournée vers ceux qui, comme moi, te sont obligés et je me suis reconnue en eux. J'ai vu dans leurs yeux l'agacement et le désarroi de ne pouvoir travailler dans la sérénité. J'ai reniflé leur peur de se tromper, de se méprendre. J'ai mesuré la pression qu'ils avaient sur leurs épaules et l'étendue des dégâts en cas d'erreurs. J'ai entendu leur découragement et leur colère. J'ai découvert que, pour beaucoup, l'évocation de ton nom était synonyme de fraude, tribunal, avocat... Et j'ai surtout compris que chacun claquait des dents seul dans son cabinet en priant Dieu sait qui pour être épargné par la vague d'indus qui pleuvait dans la profession.

No, je peux t'assurer qu'à ce jour, je ne suis pas la seule à te maudire. Tu inspires le dégoût à bon nombre d'entre nous. S'attabler devant son ordinateur et facturer ses actes est devenu un tourment et il me tarde que tu disparaisses.

Il paraît que tu t'offres un ravalement de façade pour 2017.  J'imagine que nous n'aurons pas la primeur de ta nouvelle frimousse. Je pense surtout que tu nous mettras tous devant le fait accompli, il est vrai que la concertation n'est pas la principale qualité des professionnels de l'esthétique qui s'occupent de ton cas.

Bref, tu vas te la jouer petit cadeau surprise et j'ai comme le mauvais pressentiment que nous n'allons pas nous étouffer de joie en ouvrant ton emballage.

Très Chère No, certes, je ne regretterai pas ce que tu étais mais je crains cependant ce que tu seras...

La Seringue.

 

Sculptures : Souris de bibliothèque : «La liseuse à petits pois» 25x30cm Terre Cuite, Chamotée et Patinée http://didierlaurentveronique.com/sculptures.html