Soulager sa Peine !

Cinq suicides et de nombreuses dépressions plus tard, les langues se délient et les infirmiers commencent à parler de leur mal-être. Il faut avouer que parler de soi dans cette situation précise est un acte quasiment héroïque. Les réseaux sociaux qui permettent de se confier de manière anonyme apportent d'ailleurs une aide non négligeable à la verbalisation de cette détresse qui contamine bon nombre de collègues aujourd'hui.

Dépeindre son parcours, exprimer ses tourments sur la toile s'apparente pourtant à une confession pour le soignant qui s'expose au jugement de ses pairs.

Parler, c'est tout d'abord reconnaître et accepter sa propre souffrance. C'est attendre que l'autre la légitime. C'est se sentir écouté et compris. C'est aussi découvrir que l'on n'est pas seul à éprouver les mêmes sentiments.

Pourtant, cette démarche qui consiste à se mettre à nu devant des inconnus est quelquefois mal perçue par le lecteur. Les réponses de celui-ci peuvent alors se traduire par des jugements de valeurs, une négation de la souffrance, une dévalorisation ou une humiliation de l'autre.

La tentative du soignant de mettre des mots sur sa douleur se mue dès lors en un réquisitoire dans lequel la perspective d'être compris devient une certitude d'être jugé. On peut facilement imaginer le sentiment d'échec éprouvé par celui-ci.

Nurse Anatomy !

L'image véhiculée par l'infirmière est avant tout liée à un passé monastique. Les religieuses qui nous ont précédées dans cette profession se devaient de taire leurs maux pour s'occuper du corps et de l'âme des malades. A ceci s'ajoutait la notion de souffrance et de douleur pour pouvoir expier ses fautes. Aucune plainte n'émanait donc de ces petites mains qui ne coûtaient rien. Elles étaient simplement dévouées à Dieu. 

Il semblerait que le mal-être des infirmiers soit encore de nos jours perçu par certains comme une faiblesse ou une incapacité à exercer ce métier et que la vie monacale ne soit pas qu'un lointain souvenir. Ainsi, le malaise ambiant n'est pas reconnu par une partie de la profession qui déplore beaucoup de jérémiades de la part de leurs collègues.

L'écoute et l'empathie dont les infirmiers se font les chantres sont dès lors très vite remplacées par les bons conseils d'amis qui ne vous veulent pas que du bien. Les "moi, je fais comme ci ou comme ça" ; les "vous devriez changer de métier" ; les "le métier d'infirmière est un métier difficile et vous le saviez"...sont alors prodigués comme des cataplasmes sur une plaie béante. Il semblerait que, pour le soignant, la tolérance s'arrête parfois à la sphère du malade.

Ces jugements de valeurs sont, semble-t-il, propres à notre profession. Il serait inconvenant de dire d'un praticien déprimé qu'il n'était pas fait pour exercer la médecine, tout comme il serait incongru de dire qu'il pleurniche sur sa vie...

Pourtant, les témoignages de nos confrères et consoeurs en difficulté ne peuvent, à terme, que servir la profession. Les problèmes liés à l'exercice de ce métier sont bien réels. Chacun peut d'ailleurs les nommer. Le temps est à l'union si nous voulons un jour être entendus.

 

La Seringue.