Love is All ?

 Être infirmier, prendre soin de l'autre demande des compétences techniques et relationnelles propres à tous les professionnels de santé. Devenir soignant est un choix qui peut être précoce ou tardif. Il est souvent motivé par l'amour de son prochain, le désir de "faire du bien autour de soi" ou de "réparer". C'est un métier fréquemment idéalisé par la population. L'acte de soigner ou de soulager place généralement le soignant sur un piédestal aux yeux du soigné. Il n'est donc pas surprenant de constater que les métiers de la santé soient dans le peloton de tête des professions les plus aimées en France. En 2014, les infirmiers arrivaient en 14ème position des métiers préférés des français. En 2015, ils sont plus de 90 % à avoir une bonne opinion de cette profession et à la plébisciter pour son professionnalisme, sa disponibilité et son engagement. Remarquez que je ne parle pas de dévotion,  de dévouement ou de sacerdoce...qui sont des mots à rayer voire interdire de notre vocabulaire !

Ce métier qui apporte l'estime de soi, en regard des statistiques précitées, demande cependant beaucoup d'amour et d'investissement pour pouvoir être exercé sur le long terme. La réalite de terrain, l'ingratitude de certaines tâches, le manque de reconnaissance, l'assimilation de la profession à une vocation usent parfois les meilleures volontés. Pourtant, parmi celles et ceux qui poursuivent le chemin sur cette voie, l'amour du métier demeure une constante qui permet de continuer. Définitivement, nous aimons notre job...

Les infirmiers libéraux, au même titre que les hospitaliers auraient donc toutes les raisons du monde d'être épanouis. Ils aiment leur travail tout autant que leurs alter ego hospitaliers. Ils bénéficient d'une marge non négligeable de liberté que n'ont pas leurs confrères ou consoeurs salariés. Pourtant, lorsqu'ils sont interrogés sur le sujet, peu d'entre eux semblent satisfaits de leur situation. Aimer son travail ne suffirait-il donc pas pour être comblé ?

Lost in Tranlation !

L'amour, aussi grand soit-il s'érode parfois sous des pressions extérieures ou des tracasseries administratives. Le statut de travailleur indépendant offre certes des avantages mais aussi de nombreux inconvénients. Les infirmiers libéraux comme bon nombre d'indépendants se plaignent aujourd'hui d'être noyés sous les charges. Ils craignent pour leur avenir et voient leur mode d'exercice menacé. Ils appréhendent les contrôles provenant des caisses d'assurance maladie dont ils dépendent et ne savent plus à quel saint se vouer pour facturer leurs actes. Ils sont épouvantés à l'idée de tomber malade parce que les prises en charge dans ce genre de situation sont indigentes au même titre que leurs retraites. Ils redoutent les maladies professionnelles, les accidents et tous évènements qui les priveraient du gagne-pain qui leur permet de vivre et de s'affranchir de taxations toujours plus conséquentes. Ils renoncent à prendre des congés. Comme beaucoup de chefs d'entreprises, ils dorment de moins en moins pour travailler plus, passent de moins en moins de temps avec leurs familles pour les mêmes raisons. Ils ont peur du téléphone qui ne sonne plus, des agendas aux pages devenues désespérement blanches qui annonce forcément une baisse de revenu et des charges toujours aussi lourdes.

Les infirmiers libéraux sont aujourd'hui préoccupés, ils pensent huissier, redressement judiciaire, avocat, tribunal, indus, faillite, jugement, reconversion... Ils sont révoltés face à des instances qui les ignorent ou les méprisent. Ils sont seuls aussi, et leurs cris aussi puissants qu'il puissent être se figent sur le clavier de leur ordinateur.

Les tourments qui les animent nuisent à la qualité des prises en charge et signent le désamour envers cette profession qu'ils ont souvent tant chérie.

Photo : Sandro Giordano

Et si...

En France, l'entreprenariat se meurt. A ce propos, les résultats de l'étude "Amarok" faite par un observatoire de Montpellier en 2014 sont édifiants : un chef d'entreprise se suicide tous les deux jours.

Y aurait-il une volonté affirmée de léguer certains secteurs à de grands groupes ?

On peut facilement imaginer les structures telles que les HAD (Hospitalisation à domicile) se regrouper sous le drapeau d'un seul assureur avec toutes les conséquences que l'on devine.

On peut tout aussi bien supposer qu'un géant de l'agro-alimentaire puisse un jour être le seul et unique maître de millions d'hectares de terre avec toutes les répercussions imaginables. A ce propos, rappelons que 25 000 agriculteurs étaient au bord du dépôt de bilan en 2015.

On peut tout aussi bien soupçonner que l'idée générale est de faire disparaître les petites et moyennes entreprises au détriment de grosses sociétés qui utiliseraient une main d'oeuvre malléable et corvéable à merci, temps de crise oblige... Il est probable, à ce propos, que la loi El Khomri signe la fin des conventions collectives et prive donc les salariés de certains droits et avantages.

Il semblerait enfin que le travailleur, l'humain avec un grand "H" soit le grand perdant de la mondialisation...! Vive le capital...

La Seringue.

http://www.observatoire-amarok.net/fr

http://www.caducee.net/actualite-medicale/13061/souffrance-au-travail-50-des-professionnels-de-sante-en-situation-de-burnout.html

http://www.egaliteetreconciliation.fr/Selon-les-chiffres-du-gouvernement-l-agriculture-francaise-se-meurt-34064.html