L'Hôpital-Usine pour plus de Rentabilité !

Fin juin, Marisol Touraine, Ministre de la Santé a annoncé la création de 130 groupements hospitaliers de territoire (GHT). La création des ces groupements est, selon l'article 27 de la Loi de santé, une obligation pour les centres hospitaliers.

L'objectif  officiel de ces fusions prochaines est de "permettre aux établissements de mettre en œuvre une stratégie de prise en charge commune et graduée du patient, dans le but d'assurer une égalité d'accès à des soins sécurisés et de qualité. Il assure la rationalisation des modes de gestion par une mise en commun de fonctions ou par des transferts d'activités entre établissements. Dans chaque groupement, les établissements parties élaborent un projet médical partagé garantissant une offre de proximité ainsi que l'accès à une offre de référence et de recours" (article L.6132-1 II CSP).

Officieusement, en tout cas, ça transpire les coupes franches dans les budgets et par effet rebond, dans les effectifs.

Selon notre Ministre de la Santé, "Les Groupements hospitaliers de territoires sont une opportunité pour renforcer le service public hospitalier, en conciliant la nécessaire autonomie des établissements et le développement des synergies territoriales. Autrement dit : pas de subordination, pas d’uniformisation. Les acteurs de l’hôpital doivent construire des GHT adaptés à leur territoire".

A terme, les 1100 hôpitaux français devront fusionner en 200 groupements hospitaliers de territoire. Ce projet de grande ampleur, mis en application depuis le 1er juillet 2016, sera accompagné par un budget de 10 millions d'euros. Chaque établissement actuel devra donc conclure une convention pour être intégré dans un GHT et un seul. Cette convention constitutive intègrera le projet médical partagé, les délégations d'activité, les transferts d'activités de soins ou d'équipements de matériels lourds, ainsi que les modalités de constitution des équipes médicales communes et, le cas échéant, des pôles inter établissements.

Les établissement de soins vont donc, dans un avenir proche ressembler à des super-structures, des usines à soins où les patients seront traités à la chaîne. Quelle est la place de l'humain dans un système productiviste dont le but avéré est la rentabilité ? L'hôpital doit-il dégager des profits ?

Que se cache-t-il derrière ces fusions et les voeux pieux de prises en charge holistiques des patients ? Quelles en seront les conséquences pour le personnel soignant et administratif ?

Ainsi font, font, font les petites marionnettes !

 Ces petites merveilles de management qui se profilent à l'horizon dans ces futurs GHT vont sans doute épuiser un peu plus les soignants qui y travaillent. Aujourd'hui, disponible dans le temps, demain, mobile géographiquement, le soignant pourrait devenir un pion que l'on utilise et déplace au gré des besoins du GHT dans lequel il exerce. Il sera donc, tout aussi corvéable qu'auparavant.  Il sera sans doute, tout autant sollicité sur ses repos pour remplacer un collègue au pied levé et il verra probablement ses projets de vacances avortées comme à l'accoutumée. Le petit plus, non négligeable dans cette histoire, est qu'il pourra être catapulté dans n'importe quel hôpital dépendant de son GHT. Et la mobilité, mes amis, ça n'a pas de prix pour les managers de l'hôpital de demain. Ces restructurations se traduiront aussi par la suppression de 22 000 postes prévue à l'horizon 2017.

Quant aux patients, ils seront contraints de parcourir parfois des centaines de kilomètres pour être pris en charge. Cet allongement des distances engendrera, sans nul doute une augmentation importante des frais de transport (ambulances, taxi...) à la charge de l'assurance maladie mais aussi, bon nombre de complications médicales liées au délai d'acheminement. Cette réforme prévoit, entre autres,  la suppression de 15 960 lits d'ici à 2017 et la fermeture de nombreux services.

Le gouvernement  estime que cette réforme générera environ 400 millions d'euros d'économies sur trois ans soit 270 millions au titre de la réduction du coût des fonctions techniques, administratives et logistiques, traduisez réduction du personnel ; 50 millions au titre d'une réduction de 10% du recours à l'intérim médical d'ici à 2017, traduisez encore une fois réduction du personnel et non remplacement des arrêts maladie ; et 38 millions au titre d'une réduction de 5% du nombre de gardes et astreintes. Pour ce dernier point, c'est le flou total ! On peut juste supposer que certains jours, il n'y aura pas d'abonnés au numéro que vous avez demandé à l'hôpital.  Traduisez, personne pour vous prendre en charge ou plutôt si... des internes qui, déjà travaillent 80 heures par semaine pour un salaire de misère et qui devront non pas seulement bosser à l'hôpital mais aussi y vivre, enfin y bosser surtout...

Évidemment, les mauvaises langues vous diront que ces techniques managériales ont été mises en place pour une meilleure organisation et, par conséquent, des prises en charge plus efficientes. Elles vous prouveront que travailler en réseau est une nécessité, que la création du dossier médical partagé permet de ne pas faire de doublons en matière d'examens, ce qui se traduit par des économies. Elles feront état de tous les avantages financiers de telles structures et vous parleront d'efficience et de qualité. Bref, elles vous démontreront ô combien, ces mesures sont faites pour le bien du patient.

Pourtant, il est manifeste que le but avéré des regroupements hospitaliers de territoire, n'est pas de répondre aux besoins de la population mais de réduire les dépenses d’assurance maladie au détriment de la qualité des soins.

La Seringue.

https://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006072665&idArticle=LEGIARTI000006690869&dateTexte=&categorieLien=cid

http://www.ouest-france.fr/sante/sante-130-groupements-hospitaliers-de-territoire-seront-constitues-4336725

http://www.ars.sante.fr/GHT-groupements-hospitaliers.190673.0.html

http://sante.pcf.fr/69663

http://www.lemonde.fr/sante/article/2012/10/10/futur-medecin-bac-10-80-heures-par-semaine-2-000-euros_1770243_1651302.html