Très Chère Madame,

Je me suis levée ce matin aux aurores et j'ai pensé à vous. J'ai supposé que vous sommeilliez encore en ce dimanche de la Pentecôte. J'ai même émis l'hypothèse que vous étiez partie en week-end  dans un petit coin tranquille au bord de la mer ou à la montagne. Je me suis permis de vous regarder dormir. J'ai entendu votre respiration tranquille et régulière. Je n'ai rien remarqué de particulier qui laisserait supposer que vous êtes tourmentée ou simplement inquiète pour votre futur. Aucune tempête, aucune turbulence, tout va bien, vous poursuivez votre trajectoire, la même depuis le 16 mai 2012. Vous avez la détermination du boeuf tirant la charrue qui, concentré sur sa tâche, ne regarde pas les ornières qu'il est en train de tracer. Avancer, toujours avancer, telle est votre besogne. Demain, nous fêterons votre quatrième année au poste de Ministre des Affaires sociales et de la Santé. Le gouvernement a même élargi vos fonctions en vous octroyant le Droit des femmes lors de votre deuxième mandat.

Mais je m'égare et j'en oublie la bienséance... alors faisons connaissance si vous le voulez bien.

Je suis celle ou celui qui a pris ou prendra soin de vos grands-parents, de vos parents et de vous-même sans doute un jour ou l'autre. Je suis cette main expérimentée qui viendra vous panser, qui s'occupera de vos maux. Je suis sans doute l'oreille qui entendra votre dernier souffle. Je suis cet infirmier, cet aide-soignant, que vous avez oublié et peut-être même méprisé depuis toutes ces années.

Je suis ce personnel fatigué, accablé, démotivé, écoeuré et déçu. Je suis ces bataillons de soignants qui crient à l'aide et que vous n'entendez pas. Je suis l'hôpital malade de sa gestion.  Je suis un homme, une femme passionné par son travail  mais qui, usé par son quotidien, songe à quitter le navire et cherche désespérément une sortie de secours.

je suis étudiant en première, deuxième ou troisième année de soins infirmiers, je suis un aide-soignant en devenir. Je suis angoissé par un futur incertain. Je suis celui ou celle qui s'interroge chaque jour sur la voie qu'il a choisi parce que vous avez annoncé que 22 000 postes allaient être supprimés dans les hôpitaux d'ici à 2017, ce qui représente 2 % de la masse salariale et 860 millions d'économie sur votre budget.

Je suis l'exercice libéral que vous avez cloué au pilori dans le but de créer des  usines à soins dirigées par des mutuelles. Je suis le médecin qui perd petit à petit la foi.

Je suis le patient qui a cotisé toute une vie pour avoir une couverture médicale décente. Celui-là même que vous confiez imperceptiblement aux mains expertes et vénales des mutuelles citées plus haut.

Je suis la somme de ces millions d'individus qui, j'ai le regret de vous le dire, Madame la Ministre, ne vous pleurerons pas.

Je ne me fais pas de souci pour votre avenir, j'imagine qu'il est déjà tout tracé...

Joyeux Anniversaire, Madame ! Pas de petits fours ni de champagne pour l'occasion, restriction budgétaire oblige...

La Seringue.

 

 

 

 

 

http://tempsreel.nouvelobs.com/sante/20150302.OBS3663/22-000-postes-supprimes-dans-les-hopitaux-d-ici-fin-2017.html