147 Jours Plus Tard !

147 jours que je flotte bien au chaud dans le ventre de ma mère. Je suis un foetus de 21 semaines mais pour la femme qui me porte, je suis avant tout son enfant depuis la rencontre de l'ovule et du spermatozoïde à l'origine de ma venue dans ce monde. Je suis celui qu'elle attendait. Je suis celui qu'il désirait. Je suis leur espoir, leur projet, leur réussite et le fruit de leur amour

Je mesure à peu près 23 cm et je pèse environ 350 grammes. Cette semaine, j'ai pris 100 grammes. Je grandis vite. Dans mon nid douillet, je bouge, je m'agite et chacun de mes coups de pieds émerveille mes parents. Je joue avec mes mains et mes pieds, il m'arrive de porter mon pouce à ma bouche. Mes poumons ne sont pas encore prêts à respirer l'air du dehors mais je m'exerce à gonfler les muscles de mon torse afin de préparer ma sortie en fanfare. Mes globes oculaires sont formés mais leur iris n'a pas encore de couleur. Bleu ou marron, papa ou maman, les mystères de la génétique restent encore entiers à ce stade de mon développement. La forme de mes lèvres se dessinent et j'ai de plus en plus de cheveux. J'entends et je reconnais la voix grave de mon père et celle, si douce de ma mère. Fille ou garçon, je garde précieusement le secret de mon sexe, mes parents veulent préserver la surprise jusqu'au dernier moment. L'échographie faite il y a deux semaines les a rassuré, mon coeur bat normalement, 120 pulsations par minute avec des pointes à 160. Tout baigne ! Boum, boum, boum, je poursuis mon développement et je me prépare à naître. Mon coeur tel un guerrier tambourine pour annoncer ma venue prochaine. Ces percussions mêlées au coeur de ma mère jouent inlassablement l'hymne à la vie.

Boum, boum, boum, mon coeur ce soir s'est arrêté.  Je ne ressens pas l'inquiètude puis l'affolement de celle qui me porte. Je n'entends pas ses cris lorsqu'elle va faire une échographie, pas plus que ses larmes et celles de mon père. Je ne peux imaginer le sentiment d'échec qui l'envahit à l'annonce de mon décès. Je ne réalise pas que son ventre arrondi est devenu un tombeau. Je n'ai aucune idée de son effroi et de son désespoir lorsque mon corps sans vie est expulsé de ses entrailles. Je ne sais rien de tout cela, je flotte dans le néant... je n'ai pas encore 22 semaines et je ne suis rien parce que je n'ai jamais été...

Qu’est-ce que Naître sans Vie ?

Pour le droit français, l’entité "enfant sans vie" concerne un enfant déclaré à l’état civil mais pour lequel aucun certificat de naissance ou acte de naissance n’a été établi. Et ce, du fait de l’absence de certificat médical indiquant que l’enfant était bien né vivant et viable.

L’enfant vivant est inscrit sur les registres d'état civil. Il possède une pleine personnalité juridique et sa naissance ouvre droit à un certain nombre de droits sociaux comme les congés de maternité et de paternité et la prise en charge des soins médicaux. Il en va de même avec "l'enfant sans vie" lorsque ce dernier est né vivant et viable et qu’il est mort avant sa déclaration de naissance.

Depuis la loi du 22 août 2008, l'enfant sans vie "mort-né" de moins de 22 semaines d’aménorrhée (quatre mois et demi de grossesse) ou d'un poids inférieur à 500 grammes peut-être inscrit sur les registres d'état civil et sur le livret de famille. Toutefois, aucun nom de famille ne peut lui être donné et aucune lien de filiation ne peut être établi. Un enfant sans vie n'a ni filiation, ni personnalité juridique, ni nom de famille puisqu’il n’y a pas, le concernant, d’acte de naissance. La mort d'un foetus ne peut donc pas donner lieu à une action pour homicide involontaire.

L'officier d'état civil établit un acte d'enfant sans vie sur présentation d'un certificat médical d'accouchement établi par le praticien. si vous n'êtes pas marié et que l'enfant sans vie est votre 1er enfant, vous pouvez demander un livret de famille à l'officier d'état civil qui a établi l'acte d'enfant sans vie.

Cet acte a pour but de permettre aux femmes ayant accouché d’un enfant mort-né de disposer d’une forme de mention symbolique de cet enfant. Il s’agit notamment de disposer d’un prénom sur le registre d’état civil ou sur le livret de famille et d’un traitement funéraire décent. Les parents peuvent ainsi réclamer le corps de l'enfant et organiser des obsèques.

Un acte d'enfant sans vie ne peut d’autre part être établi qu'en cas d'accouchement spontané ou provoqué pour une raison médicale. Il ne peut jamais l’être en cas d’interruption volontaire de grosses ou de fausse couche précoce.

 Un lieu Pour  Exister !

Dans le cimetière de Clamart (94) se trouvent le Jardin des Ephémères, petit carré fleuri où les parents peuvent venir disperser les cendres de leur enfant mort-né. Au milieu trône une stèle de l’artiste Luc Talarn. Il n’existe que trois jardins de ce type en France.

La création de ce jardin répond à une demande de l’hôpital Béclère, mais il n’est pas réservé aux enfants mort-nés là-bas. En outre, puisqu’il s’agit de dispersion de cendres et non d’inhumation, le lieu est ouvert à tous et pas seulement aux habitants des villes membres du syndicat.

La majorité des couples acceptent la crémation collective, pour ne pas avoir à gérer l’organisation des obsèques. En revanche, ils n’auront pas de cendres car le bébé est trop peu ossifié. Ils ne connaîtront pas non plus avec précision la date de la crémation, qui est pratiquée en fin de mois pour tous les bébés des hôpitaux de Paris, au cimetière du Père-Lachaise, à Paris. Les parents n’y assistent pas...

La Seringue.

 

 

http://lenfantsansnom.free.fr/page/PJ%20circulaire-enfants-sans-vie%20du%2019%20juin%202009.pdf

https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F19224

http://rue89.nouvelobs.com/2008/09/01/a-la-maternite-quand-il-sagit-de-nommer-un-bebe-mort-ne-64071