Le Déclin de l'Empire Infirmier !

Les infirmiers et les infirmières en exercice sont de plus en plus âgés. Ce qui semble logique puisque la plupart des populations des pays occidentaux vieillissent elles-aussi. Nous reprenons donc en coeur notre credo habituel pour tous ceux et celles qui n'auraient pas encore compris : La blouse blanche qui laissent entrevoir un corps de rêve, la grande séductrice qui vous fait des moues suggestives, la charmeuse qui papillonnent des cils, le beau ténébreux tout en muscles qui d'un regard  torride vous emmène au bord de l'évanouissement n'existent PAS ! Nous répéterons ce principe de base jusqu'à ce qu'il soit intégré par tous. Et nous sommes convaincus que l'affaissement démographique à venir nous y aidera, Sacrebleu !

L'âge moyen des infirmiers est à ce jour supérieur à 40 ans dont une proportion importante de plus de 50 ans.Il est passé de 34 ans en 1983 à près de 40 ans en 1998 pour atteindre 42,1 ans en 2012.

La maturité dans le travail est vectrice de qualités telles que l'expérience, l'expertise clinique et la compétence. Les patients âgés ont souvent plus de facilités à communiquer, à parler de leur maladie et de la dégradation de leurs corps avec un soignant sénior qui, selon eux, est plus à même de comprendre leurs situations.

Pourtant, vieillir et travailler nécessite parfois des adaptations. Le corps a des limites propres à chacun, les fonctions physiologiques déclinent avec l'âge et peuvent handicaper une vie tant personnelle que professionnelle.

 

L'Usure du Corps !

Comme tout individu, les infirmiers libéraux séniors n'échappent pas à la trahison de ce corps qui n'a, souvent, jamais failli.

Ainsi, vieillir, c'est voir sa capacité visuelle diminuer. Sans lunettes, la moindre prise de sang devient vite un jeu de colin-maillard où l'on cherche à tâtons une maudite veine  pendant des plombes. Ne parlons même pas des notices de médicaments rédigées en police lilliputienne.

Vieillir, c'est aussi voir sa masse osseuse subir l'érosion version Grand Canyon. C'est sentir ses cartilages, tendons et ligaments battre la chamade et ses articulations, vous faire crier "au secours". C'est, chaque matin, se lever avec le sentiment qu'on ne décollera jamais et être persuadé pendant quinze minutes que l'on a 80 ans.

Vieillir, c'est aussi constater que sa force musculaire décroit malgré toutes les potions magiques que l'on peut ingérer pour rester fort et svelte. Nous perdons 12 à 25 % de notre force entre 45 et 65 ans, plus fortement dans les membres inférieurs. C'est s'apercevoir que ses disques vertébraux sont en train de se faire la malle et qu'ils n'ont de disques plus que le nom. Ils subissent des détériorations identifiables chez 70 % des hommes et 50 % des femmes de 55 à 64 ans. Madame Irma, 105 kilos, grabataire n'a donc pas pris de poids, c'est vos biceps, quadriceps et tous leurs copains qui ne sont plus aussi performants.

Vieillir, c'est vivre pleinement les saisons et grelotter chaque hiver ou transpirer comme un âne chaque été avec ou sans canicule ou sans été d'ailleurs. La régulation de la témpérature corporelle perd en efficacité avec l'âge. Que les ménopausées et les andropausés lèvent le doigt !

Vieillir, c'est aussi moins bien dormir. Adieu donc les roupillons de nourrissons,  les ronflettes au milieu de la fanfare. Le sommeil est fragmenté et perd en qualité. Le besoin de récupérer devient plus important dès 45 ans.

L'audition en prend elle aussi un coup dans le cornet. La baisse de la localisation des sons et l'élévation du seuil auditif dans les hautes fréquences, entraînent une perte d’intelligibilité des propos. Les hommes sont plus sujets à devenir sourds comme des pots et l'on s'interroge parfois sur le pourquoi d'une telle injustice !

D'autre part, les infirmiers libéraux ont, pour la plupart, eu un passé de soignant dans le secteur privé ou public. Ils ont, à ce titre, été confronté aux horaires décalés avec des veilles jour/nuit. Le syndrome du travailleur posté regroupent tous les symptômes ou pathologies liés à ce type de travail. L'altération et la réduction du sommeil, les pathologies des sphères digestive et cardiovasculaire, les perturbations endocriniennes, l'anxiété, la fatigue, l'altération des performances et de l'efficience au travail, le manque de lien social, le risque accru de cancer du sein (selon le Centre international de recherche sur le cancer) font partie des risques induits par les horaires irréguliers. Le retentissement sur la santé de cette activité passée survient parfois de façon tardive dans la vie de ces professionnels.

Les infirmiers vivent les mêmes réalités biologiques liées au vieillissement que le restant de la population. Cependant, la manutention et la conduite de véhicule majorent les risques de lésion dorsale. Les infirmiers courent un risque de lésion dorsale de 14,7 % par an, contre 11,5 % chez les autres catégories de travailleurs.

En 2050, la population de l’Union européenne en âge de travailler (de 15 à 64 ans) aura diminué de 48 millions. D’ici 2050, il y aura deux fois plus de personnes de 65 ans et plus, que de personnes en âge de travailler. 

En conclusion, prenez soin de vous. Pour durer, ménagez votre monture.

Prochain chapitre : l'ergonomie pour essayer de tenir le plus longtemps et le mieux possible à défaut d'une piste de reconversion à Bora-Bora sous un parasol.

La Seringue.

 

 

https://www.cairn.info/revue-recherche-en-soins-infirmiers-2012-1-page-6.htm

http://www.maisonmedicale.org/La-morbidite-du-travail-a-horaires.html