Une Force, un Pouvoir...

Tsst, Tsst, il est inutile de se faire un film ! Pour ces messieurs, remettez vos globes oculaires dans leurs orbites, rembobinez votre langue bien pendue et calmez-vous, douche froide si nécessaire !

La pin-up que vous avez sur votre droite est une pure fiction des années 50 ! Non, son arsenal ne réside pas dans sa paire de bas nylon, ses jarretelles que l'on devine ou le soutien-gorge à balconnets qu'elle tient dans sa main gauche. 

Considérez donc que ces atouts aguichants ne sont que des leurres dont l'effet immédiat est de propulser votre cerveau de mâle dans vos parties génitales en moins de temps qu'il ne faut pour vous faire une piquouze. A noter que ces ruses, toutes féminines qu'elles soient, fonctionnent encore auprès de la majorité des hommes plus d'un demi siècle plus tard.

L'arme fatale de cette demoiselle et de toutes ses consoeurs est tout autre. Elle se situe entre le pouce et l'index de sa main droite. Moment de concentration extrême pour ces messieurs toujours l'oeil aux abois ! Pour ces dames, n'hésitez pas à claquer dans vos doigts pour aider vos hommes à redescendre sur la planète terre. Vénus, prochaine station !

Vous pouvez toujours leur balancer la très célèbre citation de Confucius quelque peu modifiée pour l'occasion, à savoir :

 "Quand le sage montre l'aiguille, l'idiot, lui, regarde le décolleté."

Formule un peu vexante, je vous le concède mais salutaire. L'arme fatale 2 de l'infirmière serait donc la seringue avec ou sans aiguille, synonyme d'un certain pouvoir, d'une forme d'autorité et d'une joute qui peut parfois avoir des allures de plaisirs sadiques. Coure après moi que je t'attrape !

 

 

 

Un Ancêtre nommé Clystère !

Le clystère, du latin "clyster" emprunté au grec ancien "klustêr" qui signifie littéralement "lavement, seringue" est le nom anciennement donné au lavement mais c'est aussi celui de la seringue utilisée à cet effet. Le mot seringue vient du grec "syrinx" qui veut dire "tube".

Le clystère désignait à l'origine les substances médicamenteuses astringentes ou siccatives que l'on appliquait sur les plaies. Puis il devint "une sorte de lavement dans les bas-fondements de l'homme" ainsi que défini par l'Académie Française en 1694.

Le lavement fut très prisé tout au long du Moyen-Âge. Pour les médecins et les chirurgiens-barbiers qui ont le monopole de son usage, il était l'instrument indispensable dans le traitement des traumatismes. Il fut le roi de la purgation vermifuge et du lavement laxatif ou auriculaire. Ceci, à tel point qu'à l'époque, on le trouvait dans de nombreuses demeures.

Au début du 18ème siècle, le chirurgien français Dominique ANEL fit construire une seringue en argent à piston coulissant sur le modèle du clystère. Le corps de l'objet se terminait par un embout à base carrée sur lequel se vissaient différentes canules, sondes ou aiguilles. Les chirurgiens-barbiers l'utilisaient pour nettoyer les plaies ou irriguer les cavités.

En 1841, le chirurgien Charles Gabriel PRAVAZ améliore la seringue d'Anel en l'adaptant aux administrations parentérales. Ladite seringue est en argent, le piston avançait en se vissant et les canules et trocard étaient en or ou en platine.

En 1853, LENOIR de l'Hôpital Necker de Paris modifie la seringue de Pravaz. Il dote le corps métallique d'un fût en verre afin de rendre visible la solution injectée.

Les progrès de la médecine et des techniques médicales impliquent de nouveaux gestes d’hygiène et de stérilisation. Il faut former les infirmières pour aider les médecins. Celles-ci deviennent alors les gardiennes d'un savoir qui ne les quittera plus. Le maniement de la seringue, du piston et de l'aiguille n'aura alors plus de secret pour elles. La Première guerre mondiale amplifiera encore leur implication dans cette tâche jusque là dévolue aux médecins. L'avènement des antibiotiques pendant la Deuxième guerre mondiale parachèvera l'iconographie de l'infirmière qui dégaine sa seringue telle une arme fatale. Aujourd'hui, ces images clichés sont encore fréquemment vécues comme vecteurs d'angoisse et de douleur pour beaucoup de patients résignés à affronter un jour cette walkyrie en blouse blanche.

La Seringue.

 

 "L'homme à la seringue", école espagnole, 17ème siècle, Paris, Musée du Louvre.

http://citedesarts.com/fr/Aff.php?select_nom=72

http://alain.bugnicourt.free.fr/cyberbiologie/seringue/seringue.html