Vieillir et se Taire !

Il semblerait que, pour beaucoup d'entre nous,  vieillir soit synonyme de solitude, d'ennui, de maisons trop grandes ou de jardins trop vastes, de résignations, d'abstinence, d'austérité et de détachement. Le vieux doit être sage, docile, discipliné et soumis et il n'a souvent plus voix au chapitre.

Pourtant, la logique voudrait que, plus nous entrons dans la maturité, plus nous sommes responsables et capables d'un pouvoir décisionnaire. Un vécu de plusieurs décennies devrait être assimilé à l'expérience, la connaissance et le charisme.

Ainsi, la personne âgée devrait être intégrée dans sa société comme une référence, une sorte d'oracle, de consultant à qui nous nous référerions pour avancer dans nos vies.

Et bien rien de cela ! Ce concept qui donne un rôle social aux personnes âgées est aujourd'hui suranné. Plus ils vieillissent, plus on se met à penser à leur place et à juger en permanence de ce qui est bon ou mauvais pour eux. Leurs capacités à décider s'amenuisent au fur et à mesure que leurs vies s'étriquent.

 

Home Sweet Home !

Vieillir, c'est voir venir le temps où il faut faire un autre choix de vie qui peut être pleinement décidé, mais qui est la plupart du temps subi  et qui se concrétise par un placement en "institution".

L’institution est un terme qui désigne communément des structures organisées ayant pour fonction de maintenir un état social. Le mot vient du verbe latin instituo, instituere qui renvoie à la contraction de in statuo signifiant « placer dans », « installer », « établir ». La notion d’institution fait donc référence à une idée de mouvement précédant une situation et tendant vers un équilibre.

Les lieux d'hébergement pour personnes âgées ne sont pas tous de qualités égales que ce soit sur le plan humain ou sur le plan matériel. Les places y sont souvent rares et onéreuses. Les endroits les plus abordables sont manifestement ceux où il y a un manque cruel de personnel et d'activités mises à disposition des séniors. Les opinions sont unanimes sur le sujet, l'institution est fréquemment perçue comme un mouroir. Elle fait peur au plus grand nombre, jeunes et moins jeunes.

Les vieux se rebiffent  !

 Pourtant, de-ci, de-là, dans l'hexagone, des initiatives de cohabitations solidaires commencent à voir le jour. Il s'agit de mettre en oeuvre des projets d'habitats groupés et participatifs de ses membres dans une démarche écologique. L'objectif de cette approche est de favoriser le lien social par la solidarité, la mixité générationnelle et culturelle, la mutualisation des espaces communs de service dans le respect de l'espace privé.

C'est le cas de la maison des Babayagas, maison de retraite autogérée, citoyenne, écologique, pour « changer l'imaginaire social de la représentation des vieux » inaugurée en 2012. Le projet a été initié par Thérèse Clerc en 1997 avec un petit collectif de femmes âgées, désirant foncièrement garder leur indépendance le plus longtemps possible, en vivant librement ensemble, en s’entraidant, en se soutenant. Aujourd'hui, la maison des Babayagas se constitue de 20 studios de 35 m² pour préserver l’intimité de chacune, de grandes pièces communes pour l'échange et le partage, la mutualisation des services entre résidentes pour éviter les interventions extérieures, repas collectif, répartition des tâches...

L'association "Eh, cohabitons solidaires !" ou  l'association "Boboyakas" travaillent aussi sur des projets d'habitats groupés conçus et gérés ensemble, dotés de services et d'équipements partagés.

Ces habitats collectifs s'inspirent directement de nos voisins des pays nordiques dont l'expérience en la matière est plus que centenaire. Le Danemark, la Suède, la Norvège et la Finlande ont toujours été avant-gardistes sur le sujet de la démocratie des habitants. L'idée de l'intervention des habitants de manière créative dans le processus de la construction et l'espoir selon lequel une nouvelle esthétique sociale stimulerait tout ce qui touche au domaine de la planification, de l'espace urbain et de l'urbanisme ont déjà été évoqués au début de ce siècle entre autres par les créateurs des cités-jardin. Ces principes inspirent encore aujourd'hui les promoteurs du logement social dans les pays nordiques.

La participation des résidents aux décisions relatives à leur habitat est un principe de base du logement social. Ils ont le droit d'être informé, consulté, ils ont droit à la négociation, ils ont un pouvoir de décision dans le cadre d'un conseil, ils ont le droit de décider en toute autonomie et la responsabilité de transmettre les informations.

Karen Zahle, architecte danoise,  travaille sur le logement des personnes âgées avec comme objectifs son intégration dans la ville et le développement d'une solidarité intergénérationnelle. Elle croit au dialogue entre la forme, l'environnement et la vie sociale et culturelle. Il s'agit, dit-elle, d'éviter les homes dans lesquelles les personnes se retrouvent isolées, frustrées et privées d'action sur leur environnement.

Il est à noter que l’Agence Régionale de Santé peut participer au financement de projets en santé dans son champs de compétence, qu'ils soient proposés par des professionnels ou des associations... A méditer

La Seringue.


 

https://www.cairn.info/sociologie-des-institutions--9782130585565-page-3.htm

http://www.famidac.fr/?Pourquoi-les-maisons-de-retraite

http://www.habiter-autrement.org/04_co-housing/15_coh.htm

http://www.onpassealacte.fr/initiative.les-babayagas-maison-de-retraite-autogeree.personnes-agees-intergenerationnel.653568.html

http://www.lanouvellerepublique.fr/Vienne/Loisirs/Livres-cd-dvd/n/Contenus/Articles/2015/10/09/Elle-defend-le-vieillir-ensemble-2494414