Les Momies de la profession

A l'image de Florence Rigney, infirmière américaine qui a fêté ses 90 printemps en mai 2015 et qui travaille encore à l'hôpital de Washington, il n'est pas rare, en France, de rencontrer des infirmiers libéraux qui exercent toujours alors que l'âge de leur retraite a sonné depuis longtemps. Il en est même, qui, retraités de la fonction publique hospitalière s'engagent dans le libéral pour mettre du beurre dans leurs épinards.

Martine est l'une d'entre eux. Elle continue à travailler par vents et marées, non pas par profession de foi, mais plutôt parce que l'idée de la retraite la terrifie. Pour elle, quitter le monde du travail, c'est un peu faire le grand saut sans parachute dans les affres de l'inaction et de la précarité en version retour vers le futur. Pendant que certains ne rêvent qu'à la glandouille et aux joies du repos illimité, Martine, elle, songe à sa vie consacrée à soigner les autres qui va prendre fin et au repos éternel qui approche. Vous me direz qu'elle a de la marge pour aller saluer le bon Dieu mais l'angoisse, ça ne se commande pas et mourir, c'est tout de même une affaire sérieuse.

La Retraite n'est pas un long fleuve tranquille

Elle turbine depuis plus de 40 ans notre Martine et, dans le plus grand optimisme, sa caisse de retraite, la bien nommée Carpimko, ne lui versera qu'une pension d'environ 1200 euros par mois. Quarante années de cotisations retraite qui pètent le plafond pour se voir attribuer une malheureuse bouchée de pain pour finir ses vieux jours.

Liquider sa retraite, c'est un peu comme se tirer une balle dans le pied pour Martine. Non seulement, on vit fauché comme les blés mais en plus, la fin de l'activité professionnelle signe souvent le début des déboires liés à un corps qui commence à flancher. Elle sait trop bien pour les fréquenter tous les jours que les vieux, ça a toujours un pet de travers, ça crève souvent de solitude et d'ennui et c'est parfois extrêmement pénible pour les autres.

Martine a donc décidé bon an mal an de continuer à se lever chaque matin au chant du coq pour aller bosser parce que le travail, il n'y a pas mieux comme amnésie. Elle évite de penser à ses lombaires qui lui mènent la vie dure et elle poursuit son petit bonhomme de chemin la tête dans le sable en se disant que demain est un autre jour et que tant que la machine tient, on continue. Et puis, de toute façon, bientôt, des retraites, il n'y en aura peut être plus parce que les caisses sont vides et que nous sommes trop nombreux à devenir vieux.

 

La Seringue.