Oyez, oyez, C'est la crise !

Cela fait maintenant plusieurs années qu'on vous le rabâche en boucle, que l'on vous en parle chaque jour à la télé ou à la radio, et visiblement, vous ne voulez pas l'entendre et l'intégrer. C'est la crise nom de Dieu, et qui dit crise dit restrictions, et qui dit restrictions dit serrage de ceinture  !

On arrête de penser aux trente glorieuses, on redescend sur terre et on regarde autour de soi. Le monde va mal, there is no future, tout fout le camp, on prend donc ses dispositions pour affronter le pire.

On commence par trucider son petit cochon parce que les économies, ça va pas être pour tout de suite. On se met  ensuite en mode "j'ai peur de l'avenir", ce qui se traduit par "j'accepte quasiment tous les compromis particulièrement dans mon boulot, parce que le boulot, c'est ce qu'il y a de plus sacré en temps de récession". On met le masque des jours heureux, ce qui s'exprime par "je fais la gueule le plus souvent possible parce que forcément, faire des compromis vous aura coûté le prix de votre sourire et de votre bonne humeur".

L'approche holistique anémique de la santé !

Si crise il y a, les secteurs médicaux et paramédicaux ne sont pas épargnés, loin de là. Dans notre pratique quotidienne, nous ressentons de plus en plus les restrictions budgétaires que l'on veut nous infliger et nous en payons le prix, nos patients aussi d'ailleurs.

Beaucoup d'entre nous se plaignent d'avoir moins de malades qu'auparavant. La patientèle chute et par effet rebond, les chiffres d'affaires aussi. C'est d'ailleurs à se demander, s'il n'y aurait pas des consignes de moins prescrire venant de l'au-delà...

On nous a pourtant assommer pendant des années avec l'approche holistique du patient, la prise en charge d'une personne dans sa globalité incluant les facteurs physiques, psychologiques, environnementaux et spirituels. On nous a largement servi ce long blablabla comme étant le must en matière de soins infirmiers. Et bien que nenni, en cette période de disette, on mange maigre et c'est Carême tous les jours. Autant dire que cette approche holistique tant encensée a pris du plomb dans l'aile et s'est paupérisée avec la récession.

Les aveugles et les malvoyants doivent se débrouiller seuls avec leurs gouttes oculaires et faire eux mêmes la différence entre le flacon A et le flacon B ou C. Les personnes âgées qui ont un peu la tête à l'envers doivent gérer leurs traitements seules elles aussi et faire le distinguo entre les boîtes de génériques qui changent de forme et de couleur tous les trois mois.

Il n'est pas rare de rencontrer des patients à qui l'on a dit de faire eux-mêmes leurs pansements ou leurs injections sous-cutanées, comme des pros qu'ils ne sont pas puisqu'ils nous contactent en retour pour des plaies infectées.

La santé à tout prix !

Les instances dont nous dépendons comptent sans doute sur notre conscience professionnelle pour faire certains soins au rabais voire gratuitement. Il n'y a pas de petites économies me direz-vous !

Selon un sondage IPSOS sur l'égalité d'accès aux soins, pour 92 % des français, avoir de l'argent accroît les possibilités de se faire soigner convenablement.

La Fédération Hospitalière de France a proposé en avril 2014 un plan de 5 milliards d'économies, visant notamment la chasse aux actes et prescriptions inutiles. On peut d'ailleurs s'interroger sur la notion d'utilité et d'inutilité et faire le parallèle avec nos téléphones qui restent muets.

La loi santé de Marisol Touraine ne résoudra hélas pas ces problèmes puisqu'elle va donner le champ libre aux assurances privées et ouvrir définitivement la porte à un système de santé à deux vitesses où les plus vulnérables seront bien entendus lésés.

La Seringue.